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Algérie – France : pas de crise, mais des susceptibilités à gérer

Algérie – France : pas de crise, mais des susceptibilités à gérer

Les récents épisodes impliquant l’Algérie et la France ne semblent pas représenter les symptômes d’une crise qui couve entre les deux pays, mais sont plutôt révélateurs des susceptibilités naturellement présentes entre des pays à l’histoire aussi émotionnellement chargée que celle entre la France et l’Algérie.

Dans un entretien accordé au Figaro, vendredi, l’ex-patron de la DGSE et ancien ambassadeur de France à Alger Bernard Bajolet a critiqué de manière frontale le pouvoir algérien. Interrogé sur la nature et l’avenir des relations franco-algériennes, Bajolet a estimé que « la nomenclature algérienne, issue ou héritière de la guerre d’Algérie, a toujours besoin de se légitimer en exploitant les sentiments à l’égard de l’ancienne puissance coloniale ».

« Le président Bouteflika, avec tout le respect que j’éprouve pour lui, est maintenu en vie artificiellement. Et rien ne changera dans cette période de transition », a également affirmé Bernard Bajolet.

Cette déclaration particulière a créé une mini-onde de choc en Algérie. Et pour cause : en tant qu’ex-patron des services de renseignements extérieurs français, Bernard Bajolet aurait-il eu accès à des informations privilégiées ? Ou s’exprimait-il en simple observateur sur l’état de santé du président Bouteflika, comme n’importe quelle autre personne ayant accès aux images de la télévision ? Le principal concerné, qui vient de publier un livre dans lequel il revient notamment sur ses années algériennes en tant qu’ambassadeur, ne précise pas.

Pour la partie algérienne, le doute réside surtout dans l’apparente conviction que Bernard Bajolet n’aurait pu émettre ces remarques sans l’aval des plus hautes autorités françaises. Doute que la partie française semble réfuter, Bajolet ayant quitté sa fonction de directeur de la DGSE en 2017 et ne s’exprimant à priori qu’en tant que simple citoyen. En France, les hauts fonctionnaires sont soumis à un devoir de réserve, même après leur départ à la retraite.

Deux jours avant ces déclarations, l’Algérie avait décidé, mercredi 19 septembre de suspendre la protection policière au niveau de toutes les représentations diplomatiques françaises en Algérie. La mesure concerne les structures d’Alger telles que l’ambassade et la résidence de l’ambassadeur, mais aussi les structures consulaires à Oran et Annaba. La partie algérienne explique que cette décision intervient en réponse à celle prise par la France de retirer l’effectif policier présent devant la résidence de l’ambassadeur d’Algérie à Paris.

Ce n’est pas la première fois que les autorités françaises prennent une telle décision. Une mesure similaire avait été prise par la France l’année dernière avant d’être annulée suite aux protestations d’Alger. L’Algérie semble donc penser qu’il s’agirait d’une décision délibérée. Du côté français, on semble estimer au contraire qu’il ne s’agit que d’un malentendu, puisque c’est la préfecture de Paris qui prend de manière indépendante les décisions concernant les affectations des policiers.

L’Algérie était l’un des rares pays à bénéficier de cette mesure exceptionnelle, avec les États-Unis et Israël. Si la justification d’une protection pour ces deux pays s’explique par des raisons évidentes, celle concernant l’Algérie l’est moins, estime la partie française.

Dans un pays comme la France en proie aux menaces terroristes extrémistes, il est difficile de concevoir que la résidence de l’ambassadeur d’Algérie à Paris puisse être une cible crédible. La réaction de l’Algérie semble donc être plus le reflet d’une susceptibilité hypertrophiée qu’une réelle inquiétude quant à la sécurité de l’ambassadeur.

Néanmoins, de l’autre côté de l’échiquier, les autorités françaises connaissent leurs interlocuteurs. La susceptibilité de la partie algérienne ne pouvait être ignorée, d’autant que l’épisode de l’année dernière avait donné un aperçu de la réaction bien trop prévisible de l’Algérie.

Malgré cela, la France n’a pas semblé y réfléchir à deux fois avant d’ouvrir une nouvelle polémique avec le pouvoir algérien en retirant ses policiers. Cette décision laisse donc entrevoir soit une forme d’incompétence de la part de la France caractérisée par l’absence d’anticipation, soit une indifférence manifeste à la notion de prendre soin de la relation franco-algérienne. Un entretien de la relation qui, face à un interlocuteur grognon et boudeur, passe malheureusement par ce genre de délicatesses.

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