
À Oued Rhiou dans la wilaya de Relizane, et comme partout en Algérie, la récolte d’orge 2026 s’avère exceptionnelle. Les excédents pourraient-ils être exportés bien que cette céréale soit très recherchée par les éleveurs ? Il faut cependant compter avec des utilisations encore insoupçonnées.
En 2010, après une récolte exceptionnelle, l’Office algérien des céréales (OAIC) a exporté 100 000 quintaux d’orge vers la Tunisie. Sur les quais du port d’Alger, le ministre de l’agriculture parlait alors d’un « événement historique (…), après une absence de 43 ans».
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Avec près de 12,3 millions de quintaux, le département américain de l’agriculture a classé en 2026 l’Algérie au deuxième rang des pays arabes et africains producteurs d’orge.
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En ce mois de juin, la récolte bat son plein. Près des silos de la CCLS d’Oued Rhiou, Abed, un agriculteur à la soixantaine avancée confie à Ennahar TV : « Après cette livraison, on va encore en amener une autre ». Il ajoute que le personnel de la CCLS apporte toute l’aide nécessaire.
Dans un champ, une moissonneuse-batteuse à récolte en vrac vide sa trémie dans la remorque d’un camion en bout de la parcelle. Aussitôt le blé moissonné, une botteleuse s’emploie à presser l’abondante paille sous forme de bottes d’une vingtaine de kilos. Un produit recherché en élevage et donc exporté hors de la parcelle au dépend de la fertilité du sol.
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Plus loin, un engin à récolte en sac sillonne le champ en laissant après son passage des sacs remplis de grains éparpillés au milieu des chaumes.
Un œil sur les engins de récolte, l’agriculteur Abdelkader confie pour sa part : « dès notre demande auprès de la CCLS, on a bénéficié d’une moissonneuse-batteuse.
À la CCLS d’Oued Rhiou, les livraisons d’orge se suivent. Les unes sous forme de vrac dans des camions semi-remorques, les autres plus modestes dans sacs transportés par des camions de petit tonnage.
Mahiedine Allem, technicien à la CCLS confie : « Nous disposons de 17 moissonneuses-batteuses. Et un programme a été établi sur le secteur pour l’ensemble des agriculteurs » ajoutant que les retardataires peuvent toujours faire une demande.
Après le passage du camion sur le pont bascule, le technicien monte sur la remorque et enfonce une longue sonde sur le tas de grains pour prélever des échantillons.
De l’Est à l’Ouest du pays, les mêmes scènes se reproduisent. Abdelghani Benali, le secrétaire général du Conseil national de la filière des céréales (CNIFC), n’hésite pas à parler d’« année de l’orge ».
Des couloirs verts pour séduire les agriculteurs
La céréale occupe près du tiers des surfaces, son utilisation pour l’engraissement des moutons en fait une culture particulièrement rémunératrice. Elle constitue ce qu’Alain Bourbouze, spécialiste de l’agropastoralisme au Maghreb, la base du système dominant « orge-moutons ».
Très rustique, l’orge s’avère bien adaptée aux conditions du climat semi-aride et aux préparations simplifiées de bon nombre d’agriculteurs. La vitalité de ses semences permet de germer rapidement et cette vigueur l’aide à affronter la concurrence des mauvaises herbes. De nombreux agriculteurs préfèrent conserver leur récolte et alimenter un marché parallèle à celui des CCLS.
En hiver la demande est élevée et les prix atteignent 6.000 DA le quintal. « Parfois, même à ce prix on n’en trouve pas » se plaignait un éleveur durant l’hiver dernier. Le commerce informel est prospère au niveau de points de vente discrets. Cette orge des « garages », comme la nomme les éleveurs, cristallise leur ressentiment en période de soudure. Aussi, l’abondante récolte de grains et de paille de cette année est une aubaine.
Mais l’informel nuit à la production de semences certifiées notamment celle des variétés locales.
Des couloirs verts pour séduire les agriculteurs
En Juillet 2021, face à une collecte insuffisante d’orge, les services agricoles lancent l’opération « Couloirs verts ». Il s’agit d’accorder un coupe-file aux agriculteurs livrant leur récolte d’orge aux CCLS. Pour eux, plus question d’attendre jusqu’à 48 heures dans la file d’attente pour vider leurs remorques.
Puis en 2022, l’OAIC relève ses prix d’achat. Le quintal passe de 2 500 DA à 3 400 DA. Pour faciliter les démarches administratives, un guichet unique est instauré et les opérations de récolte sont menées gratuitement par les CCLS de même que le transport des grains jusqu’aux silos. Le succès est immédiat. À Tighenif, un professionnel confie à Ennahar TV : « Depuis que je suis dans l’agriculture, je n’ai jamais vu autant d’orge à la CCLS ».
Cette année, la multiplication des centres de collecte a facilité les livraisons vers les CCLS.
Orge, une recherche agronomique active
De la Syrie à l’Algérie en passant par la Tunisie, les importations d’orge augmentent. En février 2026, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), en a importé 200 000 tonnes. En Tunisie, sur les 23 millions de quintaux de céréales importées, 24% sont constitués d’orge. Quant à la Syrie, pour ses moutons, elle importe de l’orge venu d’Ukraine.
Partout la recherche agronomique s’affaire pour réduire la tension sur l’orge. Grand producteur d’olives, la Tunisie dispose de grandes quantités de grignons. En 2010, la recherche locale suggérait leur introduction comme aliment de sauvegarde en période de disette avec à la clé une réduction des importations de 27 millions €.
En Syrie, des essais ont montré que la plantation d’arbustes fourragers dans des zones où il ne pleut que 200 mm par an permettrait à chaque hectare de nourrir un mouton pendant près d’un an sans plus dépendre d’orge. Les 7,5 millions d’hectares de parcours pourraient nourrir 8 millions de brebis, conclut un chercheur.
À l’Ecole nationale supérieure d’agronomie, Ali Daoudi plaide pour une stratégie de développement des 30 millions d’hectares de steppe et parcours. Quant au département de zootechnie, dès le milieu des années 1970, il a suggéré l’emploi d’une complémentation azotée pour valoriser l’orge distribuée aux moutons. Pour sa part, le Haut-commissariat au développement de la steppe, il expérimente avec succès un matériel de semis simplifié importé de Syrie.
Du maïs pour les poules
Outre les moutons, la demande en orge pourrait venir du secteur avicole qui dépend actuellement du maïs importé. Les importations atteignent 4 millions de tonnes par an. Fin 2025, face à un risque de pénurie de maïs, l’Office national des aliments de bétail (ONAB) décide l’importation d’un million de tonnes « supplémentaires ». Un maïs qui pourrait être partiellement remplacé par l’orge produite localement, une stratégie développée dès 1990 en Espagne.
En 2012, l’institut de l’élevage de Baba Ali (ITELV) publie des résultats d’essais et affirme que le maïs importé peut être remplacé avec succès à hauteur de 20 – 25% dans les élevages de poulets de chair et poules pondeuses.
L’intérêt de l’orge ne se limite pas aux seuls moutons et poules. Sa richesse en fibres fait que sa consommation sous forme de pain est recommandée par les nutritionnistes aux diabétiques et aux personnes souffrant d’hypercholestérolémie.
Face à la demande de l’élevage ovin, du secteur avicole et de la boulangerie serait-il possible d’envisager l’exportation d’éventuels excédents ? La question mérite d’être étudiée.