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Après la chute de Bouteflika : gare au faux départ !

Après la chute de Bouteflika : gare au faux départ !

Bouteflika n’est plus président de l’Algérie depuis ce mardi 2 avril 2019. Une nouvelle ère commence et il appartient maintenant aux Algériens de faire en sorte de ne pas tomber de Charybde en Scylla et qu’ils ne soient pas un jour amenés à regretter celle qui vient de s’achever.

Ils sont sortis par millions dans les rues pour réclamer le départ du système et ils doivent maintenant continuer le combat, pacifiquement, pour faire aboutir le rêve de l’édification d’une société démocratique et d’un Etat de droit.

Le départ de Bouteflika n’est qu’une étape de franchie. Ce mercredi 3 avril, toute l’Algérie s’est réveillée avec le sentiment du devoir à moitié accompli et forcément beaucoup d’appréhensions.

On s’interroge d’abord sur les intentions réelles des chefs de l’armée. Ils ont donné un coup de main décisif, ils ont contribué à arracher le pouvoir des mains de la famille Bouteflika, ils doivent maintenant le remettre à son dépositaire légal, le peuple, et à personne d’autre. Peu importe la formule. En ce premier jour de l’après-Bouteflika, rien n’indique que l’état-major de l’ANP ne tiendra pas parole.

Une issue heureuse à la crise est toujours possible, pour peu que les comportements qui ont fait la triste réputation du système, qui lui ont valu d’être aujourd’hui d’être unanimement décrié, soient combattus. Hélas, le risque de les voir se reproduire est réel. Bouteflika n’était pas encore tombé que ses plus zélés soutiens d’hier s’étaient empressés de précipiter sa chute, de l’humilier lui et sa famille. Comme ils l’avaient fait avec Zeroual, Chadli et les autres.

Le peuple a bien raison d’exiger le démantèlement du système. Car le système c’est d’abord ces comportements indignes. Le FLN, le RND, TAJ et une kyrielle d’autres partis aux acronymes difficiles à retenir, tous leurs cadres et militants, les organisations dites de masse, les associations fantoches de la société civile, la famille dite révolutionnaire, certains patrons de presse et faux hommes d’affaires ont tous prouvé, en retournant la veste toute honte bue, qu’ils sont imperméables au changement et qu’ils sont le véritable mal du pays.

Il y a encore à peine un mois, ils adulaient Bouteflika jusqu’à en faire un prophète, courbaient l’échine devant ses frères, insultaient ses opposants. Aujourd’hui, le héros c’est Gaïd-Salah. En attendant le prochain. Tous ceux qui ont soutenu le cinquième mandat et même le quatrième doivent comprendre que l’Algérie nouvelle ne pourra pas se faire avec eux et leurs bassesses.

Le commandement de l’armée, qui dit avoir la même vision pour l’avenir que le peuple, et qui se présente comme le garant d’une transition apaisée, doit se montrer vigilant. Entamer la nouvelle ère avec ce que le système a produit de plus méprisable, équivaudrait à effectuer un faux départ qui nous ramènera à la case départ avec encore plus de risques pour le pays.

Les responsables de l’armée doivent aussi veiller à ce que leur implication et leur positionnement contre le maintien de Bouteflika ne soit pas perçus comme un simple épisode d’une guerre des factions au sein du régime. Poursuivre dès maintenant des corrompus et les jeter à la vindicte populaire et ne pas inquiéter d’autres sur lesquels pèsent de sérieux soupçons n’a rien de rassurant.

Les Algériens ne se sont pas révoltés pour permettre à quelque partie de régler ses comptes avec une autre, à un clan de se venger d’un autre. Ils l’ont fait pour changer leur quotidien en mieux et pour justement que cessent ces pratiques qui ont terni l’image du pays et ébranlé la confiance du citoyen dans les institutions.

Aussi, le plus urgent est de donner des garanties pour que la période de transition qui commence débouche sur un véritable changement et en aucun cas sur un recyclage du système et de ses pratiques. Le futur de l’Algérie se dessinera dans les trois prochains mois et toute tentative de manœuvrer dans le dos du peuple dans cette période cruciale sera lourde de conséquences. L’armée n’aura pas alors une nouvelle chance de prouver que son destin et celui du peuple sont liés.

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