
Nombreuses sont les innovations agricoles dans les oasis du sud algérien : plantations d’agrumes, de vignes, de mangues et même d’oliviers.
À Ouargla, à proximité de palmiers, un agriculteur a planté des oliviers et la récolte est prometteuse. Verra-t-on un jour des oliviers à proximité des puits de pétrole d’Hassi Messaoud ?
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
Après la steppe où l’olivier prospère depuis quelques années, le Sahara deviendra-t-il le nouveau territoire de cet arbre emblématique de la Méditerranée ? Une telle perspective pose le problème de la disponibilité et de la gestion de l’eau.
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
Avec ses 160 litres, la valeur d’un baril de pétrole oscille actuellement au-dessus de 60 $. Quant à la tonne d’huile d’olive, sa valeur en juin 2025 était de 5.075 $ sur le marché mondial.
Un rapport qui donne le tournis et explique le terme « d’or liquide » parfois accolé à l’huile d’olive Extra Vierge. À elle seule, la Tunisie en exporte pour une valeur annuelle qui atteint 1,5 milliard de dollars.
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
Sur la page « Tout sur l’Agriculture » et face à la caméra, un jeune agriculteur de Ouargla plonge ses deux mains dans un sac et en retire une pleine poignée d’olives d’une belle couleur violette. A proximité une douzaine de caisses remplies d’olives sont alignées à proximité de rangées de palmiers-dattiers.
« Ce sont des olives que nous a ramené un agriculteur d’Aïn Moussa » précise-t-il en lançant d’un air de défi : « À ceux qui se demandent si les oliviers peuvent pousser à Ouargla, voilà la preuve vivante ». Il ajoute « des olives de la variété Chemlal » originaire de Kabylie.
Des oliveraies à Ouargla
Lors d’un Workshop sur l’agriculture saharienne tenu en 2017 à Ouargla, des participants faisaient état d’une surface de 50 hectares plantées d’oliviers contre plus de 200 hectares 4 années plus tard.
Parmi toutes les plantations dans cette wilaya, celle d’Abdeldjabbar Bensaci propriétaire de la marque Faucons du Désert est la plus importante. A l’image de la marque Dahbia de Hakim Allilèche, l’oliveraie est dotée d’une huilerie qui permet de triturer les olives récoltées le jour même.
En 2017, cet investisseur confiait à El Watan son ambition de « planter 1 million d’oliviers » grâce à la micro-irrigation. À l’époque, l’oliveraie en comptait déjà 100.000 arbres et cet investisseur ajoutait : « Mon grand-père avait 700.000 palmiers dattier, moi je rêve d’oliviers. »
Les régions semi-arides sont intéressantes pour planter de l’olivier; comme en Tunisie, les maladies du feuillage sont plus rares à l’image de « l’œil de paon ».
Mais pour cela, il faut disposer d’eau. A. Bensaci indique : « Au début de la plantation, l’arbre requiert de 8 à 15 L/jour, de 3 à 5 ans, la dotation journalière passe à 20 L deux fois par semaine en hiver et un jour sur deux en été. »
À raison d’une saison d’été du 15 juin au 15 septembre, il faut compter 45 jours d’arrosage avec 20 L/arbre, soit 90 000 m3. L’objectif de l’investisseur de planter un million d’oliviers décuple ces besoins en eau.
Le paradoxe est que si l’irrigation localisée est plus économe que les techniques anciennes, elle permet à l’agriculteur d’augmenter les surfaces irriguées et donc d’augmente l’utilisation d’eau par le secteur agricole au détriment de l’adduction en eau potable et de l’industrie.
Pour économiser l’eau, A. Bensaci mise sur l’utilisation d’un hydro-rétensseur ; un produit que lui a fait découvrir son partenaire espagnol Spanish Olive Technology. Un fois mélangé au sol à proximité des racines, il retient l’eau sous forme d’un gel.
D’autres techniques existent à l’image de la Smart irrigation qui utilise des capteurs d’humidité du sol et de l’air permettant de délivrer la quantité d’eau nécessaire.
Lors de la dernière édition du Club Energy, Abdelmadjid Attar, ancien ministre des Ressources en eaux a souligné l’intérêt de l’utilisation de la terre de diatomée. Avec une capacité d’absorption allant jusqu’à 130 fois son poids, elle améliore considérablement la rétention d’eau dans le sol.
C’est également le cas de l’apport de bentonite, une argile qui améliore également la rétention d’eau dans les sols sableux ; une pratique ancestrale dans les oasis du sud algérien.
En 2006, l’enseignant chercheur Mohammed Tahar Halilat de l’université de Ouargla a montré que l’apport au sol de 12% de bentonite provenant d’un gisement situé à Mostaganem était suffisant pour « améliorer considérablement les propriétés de rétention de l’eau de matériaux sableux » provenant de Gassi-Touil.
Actuellement, dopées par les subventions, de nombreuses régions se couvrent d’oliveraies et d’arbres fruitiers avec leur corollaire : des bassins-réservoirs d’eau.
L’emploi de géomembranes a révolutionné le stockage de l’eau ; plus besoin de parois en ciment. Il suffit de creuser une immense fosse de la taille d’un terrain de football et de la tapisser de ces membranes dont les bords sont thermo-soudés à l’aide d’un engin de la taille d’un gros fer à repasser.
Des bassins remplis d’eau provenant des nappes d’eau souterraines. Or, Mustapha Kamel Mihoubi, professeur en hydraulique, s’est récemment alarmé de la rareté des ressources en eau en Algérie. Pour ce spécialiste, on prélève plus que la nature ne peut régénérer.
« D’ici à 2040, les eaux renouvelables ne représenteront plus que 40 % du mix hydrique alors que le 1/3 des ressources proviennent déjà de nappes fossiles non renouvelables », a-t-il dit à TSA publié.
De son côté, M. Attar a alerté concernant l’augmentation de la demande en eau, expliquant que l’option de « soutirer 5,35 milliards de m³ des nappes fossiles du Sahara (…) représente un risque à éviter pour en préserver la durabilité et la qualité ».
Recharger les nappes d’eau souterraine
De l’eau au sud, s’il y en a dans le sous-sol, il en existe également en surface à l’image des crues d’oued lors des orages comme ceux des dernières semaines.
Problème, seule une faible partie de l’eau s’infiltre dans le sol. Le reste aboutit dans des dépressions (sabkha) et finit par s’évaporer.
Il est possible d’injecter une partie de cette eau dans les nappes, l’avantage est de conserver la ressource à l’abri de l’évaporation contrairement à l’eau des lacs de barrage. Les spécialistes algériens maîtrisent la technique et l’on appliqué avec succès en Mitidja à proximité de l’oued Hammam Melouane.
Dans le sud, le défi est d’orienter les crues vers des zones où le sol est perméable et permet l’infiltration. Il s’agit d’éviter que l’eau soit boueuse, car les fines particules de limon qu’elle transporte finissent par se déposer et colmater le sol réduisant drastiquement l’infiltration de l’eau.
La plantation d’oliviers au sud mais aussi de l’extension de la monoculture du palmier en dehors des oasis posent en fait une question : comment gérer durablement l’eau des nappes souterraines.