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Blé : pourquoi l’Algérie multiplie les importations

L’Algérie remplit massivement ses silos de céréales en recourant aux importations. Quelles sont les raisons ?

Blé : pourquoi l’Algérie multiplie les importations
l’Algérie importe massivement du blé / Par branex / Adobe Stock
Djamel Belaid
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L’Algérie, à travers, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), a acheté entre 500.000 et 550.000 tonnes métriques de blé dur lors d’un appel d’offres international organisé mardi, ont indiqué mercredi des traders européens, cités par l’agence Reuters.

Le prix d’achat serait en moyenne de 315 à 325 $/tonne selon la taille des navires utilisés. Un prix qui comprend les coûts de transport et d’assurance.

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Les expéditions devraient s’étaler du 1er février jusqu’au 31 mars 2026. Cet achat de blé tendre fait à la suite de quatre autres achats de blé tendre et blé dur réalisés à partir de la fin octobre.

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Sur le dernier trimestre, l’OAIC a donc acquis une moyenne de 2,5 millions de tonnes de blé tendre et blé dur.

En matière de blé tendre, il a été ainsi dénombré l’acquisition fin octobre de 600.000 tonnes, entre 150.000 à 170.000 tonnes à la mi-novembre et entre 810.000 à 900.000 tonnes début décembre.  À cela s’ajoute une commande d’environ 400.000 tonnes de blé dur début novembre.

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Pour Brahim Mouhouche de l’Ensa qui commentait ces jours-ci ces achats lors d’un entretien sur la Chaine III de la Radio algérienne, le programme actuel d’augmentation des capacités de stockage au niveau de l’OAIC représente une stratégie assumée : « Un pays qui a les moyens d’acheter et si à un certain moment les prix sont abordables, il achète une quantité très importante. Mais s’il n’a pas de silo, même s’il le veut, il ne peut pas ».

OAIC, profiter de la baisse des prix

La multiplication des achats de l’OAIC peut s’expliquer par la faiblesse des prix actuels du blé sur le marché mondial. La disponibilité actuelle en blé fait baisser les prix.

Euronext affiche des prix de vente de l’ordre de 190,25 €/tonne pour des livraisons en mars prochain. À ce niveau les céréaliers français déclarent perdre de l’argent.

À la mi-décembre la presse agricole française se félicitait que « la France profite de l’intérêt des fabricants d’aliments pour le blé tendre ».

La revue La France Agricole notait la faiblesse actuelle des exportations européennes de blé tendre vers les pays tiers et laissait entendre que si les rythmes de vente n’évoluaient pas à la hausse, l’objectif de vendre 31 millions de tonnes serait « difficilement atteignable ».

Des semis qui restent tardifs 

Cependant, comme le fait remarquer, dans un commentaire écrit, un auditeur ayant suivi l’entretien de la Chaîne III, si l’augmentation des capacités de stockage est une bonne chose, l’idéal serait d’augmenter la production locale de blé.

Lors d’une de ses interventions, le président Abdelmadjid Tebboune a eu l’occasion de pointer l’insuffisance des emblavements de céréales en faisant remarquer que : « si les tracteurs ont des phares, ce n’est pas pour pratiquer la chasse aux lièvres la nuit ».

Il soulignait ainsi le défi posé à la céréaliculture de semer des centaines de milliers d’hectares en un temps très court et donc de rechercher la meilleure organisation des chantiers de semis.

Les semis de céréales accusent régulièrement des retards de semis en Algérie. De façon paradoxale, ce ne sont pas les semoirs qui manquent.

L’entreprise CMA de Sidi Bel Abbès en produit sous licence Sola et plus récemment a élargi sa gamme. Quant aux semences, elles sont disponibles. Sauf quelques tensions ponctuelles, ce sont 4,2 millions de quintaux de semences certifiées qui sont mises sur le marché par les Coopératives de Céréales et de Légumes secs (CCLS).

Il arrive qu’en pleine période de semis, des semoirs restent garés sous les hangars des CCLS. En cause, l’absence de pluies. Les agriculteurs préfèrent attendre, mais ils peuvent se retrouver dépassés par l’ampleur de la tâche lorsqu’elles arrivent tardivement.

Une fois les pluies arrivées, d’autres problèmes se posent. Ainsi dans son intervention, Brahim Mouhouche a fait remarquer que si les barrages ont besoin de précipitations continues pour reconstituer leurs réserves, les agriculteurs ont besoin de séquences de pluies plus courtes : « Il suffit qu’il y ait deux jours, trois jours sans pluie pour permettre aux exploitants de travailler ». Le temps nécessaire au ressuyage du sol afin que les tracteurs ne s’embourbent pas dans les champs.

Si les techniques de récolte ont gagné en efficacité avec la production locale de moissonneuses-batteuses de marque Sampo, actuellement le type de matériel de semis mis à la disposition des agriculteurs ne permet pas d’éviter les pointes de travail automnales.

Au sud, sous pivot d’irrigation, plusieurs investisseurs utilisent les semoirs fabriqués en Algérie mais importent aussi des semoirs modernes.

Certains d’entre eux disposent de mécanismes spécifiques qui améliorent de 30 % la germination des semences. C’est le cas cet automne à Ngoussa (Ouargla) sur la ferme de la Laiterie Soummam de 2 000 hectares où a été utilisé un semoir à distribution pneumatique muni de roues plombeuses.

L’amélioration de l’implantation des céréales constitue un nouveau chantier pour le Conseil national scientifique de la sécurité alimentaire installé fin octobre et dont les analyses devraient proposer des stratégies afin de réduire les importations de céréales.

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