
On croyait le feuilleton Boualem Sansal clôt, mais il se poursuit plus de dix mois après la remise en liberté de l’écrivain. Sansal est la nouvelle star des plateaux télé et des journaux français, qui l’invitent avec une régularité qui pose question. Et ce n’est pas pour dire du bien de l’Algérie ou plaider l’apaisement entre les deux pays.
L’écrivain franco-algérien a été arrêté à l’aéroport d’Alger en novembre 2024 à son retour de France où, quelques semaines plus tôt, il avait tenu de graves propos sur l’histoire de l’Algérie et l’intégrité de son territoire. C’était dans un média français d’extrême droite, Frontières, dont il avait intégré le “comité stratégique” en compagnie de Xavier Driencourt devenu, après deux mandats d’ambassadeur de France à Alger, un fervent défenseur de la rupture entre les deux pays.
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Devant la justice algérienne, Sansal a écopé de cinq années de prison ferme. Il en a purgé une avant d’être remis en liberté en novembre 2025, sur un geste humanitaire consenti par le président Abdelmadjid Tebboune qui avait accédé à une sollicitation du président allemand Frank-Walter Steinmeier.
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Un timing qui soulève des interrogations
De retour en France, Sansal a repris ses attaques contre son pays d’origine où il fut pendant plusieurs décennies un haut cadre de l’administration centrale. Très vite, une polémique a éclaté concernant ses penchants politiques et idéologiques, notamment après sa décision de laisser tomber son éditeur historique Gallimard (qui l’avait soutenu pendant sa détention) pour opter pour Grasset, une maison d’édition de la galaxie de l’homme d’affaires d’extrême droite Vicent Bolloré.
C’est chez cet éditeur que sort ce mardi 2 juin le nouveau livre de Sansal intitulé “la Légende” dans lequel il raconte essentiellement son année de détention en Algérie.
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L’ouvrage bénéficie d’une hyper médiatisation pour le moins suspecte. Bien que ses liens avec le courant extrémiste soient maintenant établis, Boualem Sansal multiplie les plateaux et les podcasts. À chaque passage, il répète ses diatribes contre l’Islam et évidemment l’Algérie, ces deux uniques sujets en dehors desquels il n’a aucun avis et ne s’exprime jamais.
Cela semble dépasser le souci de faire vendre le livre d’un romancier qui n’a rien d’une légende. Ce qu’il réitère inlassablement est aussi vendeur sur le plan politique. Il est d’ailleurs à se demander si le timing choisi pour sortir l’ouvrage n’a pas un lien avec l’échéance électorale de 2027 qui se rapproche.
Un livre truffé de gros mensonges
Selon des extraits divulgués par des médias français d’extrême droite ou de la droite dure, dont le Figaro Magazine, Sansal encense particulièrement un candidat déclaré. Son ami Bruno Retailleau “apparaît comme une figure centrale du récit”, écrit Cnews. Le président des Républicains est couvert d’éloges par l’écrivain pour le simple fait d’avoir poussé au “rapport de force” avec l’Algérie pendant son passage comme ministre de l’Intérieur entre septembre 2024 et octobre 2025.
Le reste est une succession de mensonges sur l’Algérie, ses dirigeants et son système carcéral. Six mois après sa libération, Sansal ne digère pas que l’épilogue de son affaire soit une “victoire diplomatique” du président Tebboune.
Son ouvrage, soutient-il, est un “combat” pour la liberté d’expression. Sauf qu’il est truffé de contre-vérités qui dévoient ce noble concept. Il prétend par exemple avoir été incarcéré avec une centaine de prisonniers dans une cellule conçue pour 15 détenus. Un tel mensonge le discrédite plus qu’il n’affecte l’image de l’Algérie. La “pression islamiste omniprésente” ou encore l’ “humiliation quotidienne” qu’il prétend aussi avoir subi ne sont pas plus vraies.
Outre la période pré-électorale et la volonté manifeste de mettre l’épreuve de Boualem Sansal au service d’un courant politique ou d’un candidat, le contexte est aussi celui d’un réchauffement diplomatique entre les deux capitales après près de deux ans de crise.
Le livre de Sansal sort précisément au moment où le ministre de l’Intérieur algérien Saïd Sayoud effectue une visite en France, une première pour un responsable algérien de ce rang depuis le début de la brouille en juillet 2024. Le courant anti-algérien ne désespère visiblement pas de provoquer un retour à la case départ, comme il l’avait fait lors d’une première tentative de rapprochement en avril 2025. Sansal est-il devenu l’outil d’une stratégie qui le dépasse ?