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Boudjedra continue de régler ses comptes avec Daoud, Khadra et les médias

Rachid Boudjedra est présent au 23e Salon international du livre d’Alger (SILA), qui se déroule au Palais des expositions des Pins maritimes (Safex) jusqu’au 10 novembre, avec deux nouveaux ouvrages parus aux éditions Frantz Fanon, « Les fornicateurs de l’Histoire » (en arabe) et « Chroniques d’un monde introuvable » (en français).

« Les fornicateurs de l’Histoire », un livre de 126 pages, n’est pas une traduction du pamphlet « Les contrebandiers de l’Histoire », publié en français en 2017. Un texte qui avait suscité la polémique en raison des critiques à l’égard des romanciers Yasmina Khadra, Kamel Daoud et Boualem Sansal. « C’est une réécriture avec beaucoup de rajout. En une année, beaucoup de choses se sont passées. Kamel Daoud, par exemple, m’a poursuivi en justice. Il a perdu son procès contre moi », explique l’écrivain , dans une déclaration à TSA.

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Dans le nouvel ouvrage, Rachid Boudjedra enfonce le clou en écrivant que Kamel Daoud était un islamiste « qui épousait les thèses radicales ». Il s’est appuyé sur deux livres de « Kamel Daoud : Cologne, contre-enquête » d’Ahmed Bensaâda et « Je n’ai qu’une langue et elle n’est pas la mienne » de Kaouthar Harchi. « Cet écrivain n’a pas hésité à insulter les Algériens, les arabes et les musulmans d’une manière hystérique et blessante. Il a écrit dans Le Quotidien d’Oran le 18 août 2014, sous le titre, « Une Algérie incroyablement sale : l’autre peuple plastic », que « la terre appartient à ceux qui la respectent. Si on en est incapable, autant la redonner aux colons ». J’ai écrit que Kamel Daoud était islamiste durant son adolescence, j’ai peut-être commis une erreur. Ce qui me dérange réellement, c’est sa haine pour les Palestiniens, les Algériens, les arabes et les musulmans », écrit Rachid Boudjedra dans « Les fornicateurs de l’Histoire ».

Séance de vente-dédicace de Rachid Boudjedra au salon du livre SILA 2018 (© TSA)


« Complexe du colonisé »

Il a également de nouveau tiré à boulets rouges sur Yasmina Khadra. « Contrairement à ce que tu as dis, je n’ai pas quitté l’Algérie durant la décennie noire. J’ai vécu en clandestinité, sous la protection des services de sécurité qui m’ont remis une arme. J’habitais dans un appartement au complexe de Moretti à côté du général Liamine Zeroual et du romancier Waciny Laredj. Je me déguisais pour me déplacer. Et toi, tu étais officier des services secrets qui touchait un gros salaire, pas moi. J’ai publié à l’époque un livre contre les terroristes, « Le FIS de la haine » au moment où toi tu gardais le silence », a-t-il accusé.

« Les fornicateurs de l’Histoire » sont, selon lui, les intellectuels, les historiens, les sociologues, les psychologues, les politiques, les écrivains et les cinéastes qui ont écrit et filmé en montrant que la guerre de libération nationale était « une histoire sanguinaire ».

« C’est une falsification. Ces gens là souffrent du complexe du colonisé comme l’ont écrit Frantz Fanon et Ibn Khaldoun. L’esclave est ébahi devant son maître. L’ex-colonisateur a attiré des gens de ce type. Peut-être qu’il y a de l’argent et des intérêts derrière. Ils sont devenus des politiques qui écrivent des livres sous le titre « roman » pour défendre des idées réactionnaires et anti-Histoire », a-t-il accusé.

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« On a fermé les portes devant moi »

Dans « Chroniques d’un monde introuvable », Rachid Boudjadra a collecté des écrits et des chroniques publiés par le passé dans Révolution africaine, El Watan, Le Figaro (France), Il Manifesto (Italie). « Là, je n’écris plus parce qu’on a fermé les portes devant moi. Étant écrivain dans ma tour d’ivoire, je veux écrire comme je veux. Qu’on me comprenne ou pas, je m’en fous ! J’avais une certaine présence au sein de la société en écrivant ces articles. La presse me censure. Il ne s’agit pas de toute la presse. Je n’ai pas d’espace où m’exprimer », a-t-il regretté.

Le romancier refuse d’être présent sur les réseaux sociaux, surtout Facebook. « Je n’aime pas Facebook. Je considère que c’est dangereux. Cela me fait peur. C’est devenu un espace de scandales et de règlements de comptes. Une rumeur y devient une vérité. C’est un mal social qui peut faire beaucoup de dégâts. Cela dit, je n’ai pas dit qu’il faut fermer Facebook. Je dis simplement que moi j’évite d’être la-dedans. J’ai appris que certains ont ouvert un ou deux comptes en mon nom sur Facebook », a confié Rachid Boudjedra.

Il a accusé les médias publics de lui avoir fermé l’antenne. « Je n’ai plus d’accès à la télévision (ENTV) depuis plus de dix ans. Il n’y a que Youcef Saieh qui m’invite de temps à autre (sur Canal Algérie). La radio m’a fermé les portes depuis plus de 15 ans. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une censure ordonnée par le pouvoir. Il s’agit de comportements de certains individus islamistes. D’autres agissent par jalousie et d’autres ne m’aiment pas », a-t-il dit.

Rachid Boudjedra au SILA 2018 (© TSA)


Pas d’accès à l’université

Il se plaint également d’une marginalisation décidée par les universités. « Auparavant, j’étais invité souvent pour des conférences. Là, ce n’est plus le cas. Il n’y a que l’université de Tizi Ouzou qui m’invite. Je devais intervenir à l’université de Constantine en février 2018. La conférence a été annulée. Je pense que tout cela est lié à mes déclarations, à ma sincérité et à ma franchise qui gênent beaucoup », a-t-il soutenu.

L’écrivain a démenti l’information sur le retrait de ssa plainte contre la chaîne privée Ennahar, déposée après la diffusion d’une caméra cachée pendant le Ramadan 2017. « Non, je n’ai rien retiré du tout. Je n’ai pas lâché l’affaire », a-t-il précisé. En juin 2018, Ennahar a avancé que les avocats de Rachid Boudjedra ont retiré la plainte déposée au tribunal d’Alger contre « un arrangement à l’amiable ».

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