
L’Algérie a considérablement durci les conditions d’importation, ce qui suscite le mécontentement des importateurs qui veulent des explications.
Depuis le 24 avril, les importateurs sont obligés de présenter un document délivré par l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur et de consulter une plateforme électronique pour vérifier l’indisponibilité des produits à importer dans le pays.
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Autrement dit, les produits disponibles en Algérie sont interdits d’importation. Cette mesure imposant aux opérateurs d’ajouter un document délivré par l’Agence nationale de la promotion du commerce extérieur (Algex) au dossier de domiciliation bancaire des opérations d’importation, a suscité cafouillage et incompréhension.
L’introduction de cette mesure a été annoncée le 24 avril dernier par l’Association des banques et établissements financiers (Abef).
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L’entrée en vigueur de cette mesure a mis à mal de nombreuses activités industrielles. Deux ministères, l’Industrie pharmaceutique et l’Agriculture, ont annoncé que les médicaments ainsi que les intrants agricoles étaient dispensés de cette mesure.
Le département dirigé par le Dr Lotfi Benbahmed a été le premier à réagir en annonçant le 26 mai dernier que les importateurs de produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux étaient dispensés de cette mesure « eu égard à leur spécificité ».
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Le 29 mai, c’est le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Henni, qui a annoncé dans un communiqué que les opérateurs importateurs des produits agricoles d’origine végétale et animale destinés à la revente en l’état, sont dispensés de l’obligation de présenter le document délivré par l’Algex et ce « eu égard à leurs spécificités ».
Les importateurs, pour leur part, ont tenté d’attirer l’attention du ministre du Commerce sur l’occasion d’un rassemblement devant le siège de son département, mardi 7 juin.
Un sit-in qui a tourné court après l’intervention des services de sécurité, selon Smail Namane, président de l’Association nationale des opérateurs économiques algériens (ANOEA), contacté par TSA, ce mercredi.
Il a précisé que son association a déjà informé via un courrier le Directeur de la réglementation et des affaires générales (Drag) de la wilaya d’Alger de la tenue du rassemblement.
« Qu’on nous explique !»
« Le ministre est en train d’entretenir des contre-vérités en faisant croire que nous sommes contre la plateforme numérique. Au contraire, nous sommes pour la généralisation de la numérisation dans toutes les administrations algériennes », a corrigé Smail Namane.
« Néanmoins, complète-t-il, avant de mettre en place une plateforme numérique, il faut d’abord avoir une base de données de la production nationale. Or, il n’y en a pas ».
« Quand vous avez une base de données, il est possible de vérifier si un produit qu’on veut importer est disponible localement ou pas. Si c’est le cas, on signifie à l’importateur une fin de non-recevoir, et dans le cas où il n’y en a pas, qu’on lui donne l’autorisation », poursuit-il.
« Nous voudrions savoir sur quelle base fonctionne cette base de données. En notre qualité d’association nationale agréée par l’Etat et représentant les importateurs, qu’on nous explique pour qu’on puisse de notre côté expliquer à nos adhérents. Même s’il y a une insuffisance, nous ne demandons qu’à nous écouter, qu’on dialogue avec nous. Or, le ministre du Commerce nous a fermé toutes les portes », a déploré M. Namane.
Dans la plateforme de revendications de l’association figure la demande de repousser l’application de l’autorisation d’Algex jusqu’à finalisation de la base de données du produit national et le degré de sa couverture du marché local.
De plus, les importateurs réclament la libération des conteneurs bloqués dans les ports à la suite de la mise en place de l’autorisation d’Algex, en vue d’éviter le paiement des indemnités de retard.
La mesure prise par le ministère du Commerce a eu des répercussions concrètes sur certaines activités industrielles. Il cite le cas des industriels qui utilisent les grains de sésame dans la fabrication du halwa (Halwa turc).
« Étant donné qu’il n’en utilise pas beaucoup, le fabricant ne peut pas importer un conteneur de grains de sésame de 20 tonnes pour qu’il les stocke chez lui au risque de se dégrader. Dès lors, le fabricant achète entre 100 et 200 kg auprès de l’importateur qui, lui, fait dans la revente en l’état. Toutes charges comprises, l’importateur vendait les grains de sésame à 260 DA le kilo. Ce montant comprend les droits de douane, les taxes, etc. Après l’instauration de la nouvelle mesure, ce produit est importé frauduleusement de Tunisie et le kilogramme des grains de sésames coûte désormais 450 DA voire plus », explique Smaïl Namane.
Il qualifie de « courageuse » la démarche des ministères de l’Industrie pharmaceutique et de l’Agriculture qui ont décidé successivement de dispenser les opérateurs activant dans ces deux secteurs de l’autorisation de l’Algex.
M. Namane précise que cette dispense est valable pour 6 mois, et qu’au-delà les opérateurs vont se référer à l’avis du ministère du Commerce, et ce via la plateforme numérique d’Algex.
La viande espagnole interdite d’importation
Par ailleurs, un importateur de Maghnia dans l’ouest du pays a déclaré à RadioM que les services des douanes l’ont informé que les produits originaires d’Espagne sont interdits d’importation et qu’il lui fallait trouver un autre pays pour remplacer les produits espagnols.
Interrogé par TSA sur cette question, le président de l’ANOEA a indiqué : « Pour l’heure, il n’y a aucune décision officielle émanant du ministère du Commerce ou d’Algex… Cependant, nous recevons des appels de la part d’opérateurs de produits d’origine espagnole pour lesquels les banques refusent la domiciliation ».
« J’ai demandé à ces opérateurs d’aller voir leurs banquiers et leur demander sur quelle base on leur refuse la domiciliation », a ajouté Smail Namane. Cependant, le représentant des importateurs confirme que la viande espagnole est interdite d’importation en Algérie.
« Le ministère de l’Agriculture a interdit l’importation de viande espagnole et même le bétail. Les importateurs ont été orientés vers la France, sachant que le rapport prix est plus favorable aux Espagnols qu’aux Français, ce qui fait que les importateurs n’ont pas importé de viande. Autrement dit, si un importateur a une facture d’importation de la viande espagnole, il ne va pas bénéficier d’une licence d’importation », a poursuivi Smail Namane.
Sur ce point, notre interlocuteur précise que son association n’a aucun problème par rapport aux décisions souveraines que prennent les autorités algériennes, ajoutant que les importateurs sont capables de s’adapter à toutes les situations.
« Nous ne sommes pas contre cette décision. Nous sommes en revanche contre la mesure relative à Algex qui a fait beaucoup de mal aux opérateurs algériens », note M. Namane.