
Comme chaque année, le Ramadan révèle les dysfonctionnements de la filière agricole algérienne. Les Algériens, à qui on promet des produits agricoles disponibles à des prix raisonnables, se heurtent à chaque fois avec la réalité du marché.
L’oignon rouge dont le prix a dépassé la barre des 300 dinars durant ce Ramadan 2023 contre 60 dinars l’année passée et les prix élevés d’autres légumes remettent sur la table la problématique de la régulation en Algérie.
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
L’oignon rouge n’est pas une exception. Au niveau des marchés des fruits et légumes, la tomate se maintient au-dessus de 120 dinars, le poivron est à un minimum de 160 dinars, le piment vert au même prix, les petits pois à 220 dinars. Même l’oignon vert qui se vendait à des prix plus ou moins abordables a fini par flamber pour atteindre les 160 dinars le kilo.
Oignon : « les agriculteurs ont subi d’énormes pertes l’année passée »
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
Contacté par TSA, Hadj Tahar Boulenouar, le président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (ANCA), dresse un constat sombre sur la situation du marché des produits agricoles en Algérie.
« On ne peut pas réguler les prix des produits agricoles si on n’augmente pas la production », note-t-il.
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
Abordant la flambée des prix de l’oignon, le président de l’Association des commerçants et artisans algériens a donné des chiffres : l’Algérie produit annuellement à peine 1,5 million de tonnes d’oignons tandis que la demande dépasse les deux millions de tonnes.
« L’année passée, l’oignon se vendait à 10 dinars chez les agriculteurs qui ont essuyé d’énormes pertes. Personne ne s’était soucié de leur sort. Ni le ministère de l’Agriculture ni aucun autre organisme. Un agriculteur qui perd va produire moins pour la saison prochaine par peur de perdre encore. C’est ce qui est arrivé cette année, peu d’agriculteurs ont produit cette année de l’oignon et ceux qui l’ont fait ont diminué », développe M. Boulenouar, tout en évoquant le grand problème de l’absence de statistiques fiables.
Flambée des prix des produits alimentaires : où réside le problème ?
Hadj Tahar Boulenouar a également pointé le « manque de marchés de proximité, ce qui fait que les agriculteurs ne sont pas encouragés à produire et par conséquent à stabiliser les prix ».
Le président de l’Association de protection et d’orientation des consommateurs, l’Apoce, Mustapha Zebdi, estime de son côté qu’il s’agit « d’un problème de régulation avant tout ».
« Un produit doit être vendu par rapport à son coût. On n’est pas condamné à vivre avec ces prix. Il faut plafonner la marge de bénéfice des produits de première nécessité. Je demeure convaincu que c’est la seule solution à l’heure actuelle pour protéger le pouvoir d’achat du consommateur », propose le président de l’Apoce.
Mustapha Zebdi prédit la flambée d’autres produits agricoles pour la saison prochaine, à l’image du chou-fleur dont les producteurs ont beaucoup perdu cette année, ce qui va, selon lui, produire le même scénario de l’oignon.
Le président de l’Apoce déplore « l’absence de numérisation, de statistiques, d’orientation agricole » en Algérie.