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Ce qui attend Abdelmadjid Tebboune

Ce qui attend Abdelmadjid Tebboune

Le pouvoir est allé jusqu’au bout de son projet. Ce jeudi 12 décembre, il a organisé la présidentielle malgré son rejet par un hirak populaire qui ne faiblit pas.

Il a donc réussi à faire élire un président. Dans quelques jours, lorsque le Conseil constitutionnel aura validé les chiffres communiqués ce vendredi par l’Autorité électorale, Abdelmadjid Tebboune succédera officiellement à Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’État.

Un peu plus d’un tiers des Algériens en âge de voter sont allés aux urnes (un taux de participation de 39.9%) et près de 60% de ceux qui ont fait le choix de se rendre aux urnes ont opté pour Tebboune.

Pour faire plus simple, celui-ci a récolté un peu plus de quatre millions de voix, sur un corps électoral de 24 millions et une population totale de 43 millions d’habitants.

Comparé aux précédents scrutins et vu le caractère présidentiel du régime qui donne de larges prérogatives au chef de l’État, le taux d’abstention est trop élevé.

Pour exercer pleinement ses missions et ne pas être un « trois-quarts de président » comme disait Bouteflika, une assise populaire plus forte est nécessaire.

Or, les autorités reconnaissent officiellement que 60% des Algériens ont boycotté l’élection et qu’une région aussi importante que la Kabylie, soit deux grandes wilayas et une partie de quatre autres, s’est distinguée par un « zéro vote » historique qui restera comme l’autre tâche noire de ce scrutin.

Au moment même où se déroulait le vote, les rues d’Alger étaient noires de monde, vivant une journée improvisée de hirak.

Le mouvement populaire, qui maintient le cap de la mobilisation depuis dix mois, promet de mettre le départ du nouveau président en tête de ses revendications.

Ce n’est pas toujours facile pour un responsable d’être contesté avant même son élection. En un mot, c’est mal parti pour Abdelmadjid Tebboune et le plus dur ne fait peut-être que commencer pour lui, avec le feu de la contestation politique déjà ardent et celui des revendications sociales qui s’apprête à prendre dans une conjoncture économique que toutes les prévisions annoncent ingérable.

Sa première mission sera de convaincre les Algériens qui manifestent depuis le 22 février chaque mardi et vendredi, de rentrer chez eux, sans recourir à la répression violente avec ses risques de dérapages incontrôlés.

Au départ de Bouteflika, le 2 avril, la rue avait signifié qu’elle continuera à réclamer un changement réel et le démantèlement de tout le système, et elle a tenu parole.

Les tenants du pouvoir, avec eux tous les partisans de « la solution électorale » et les cinq candidats, ont expliqué que l’élection sera un pas de franchi vers la nouvelle république et que celui qui sortira des urnes aura à satisfaire une à une le reste des « revendications légitimes » du hirak.

Le pouvoir, à travers Abdelmadjid Tebboune, qui vient d’être élu, tiendra-t-il à son tour parole ? C’est la grande question qui se pose dès l’annonce du nom du vainqueur.

Les caprices du calendrier ont fait coïncider ce lendemain de vote avec un vendredi. C’est le quarante-troisième depuis le 22 février et il n’y avait aucun motif raisonnable pour ne pas marcher, d’autant que l’organisation même de l’élection était perçue comme un coup de force contre la volonté du hirak.

Ceux qui avaient l’habitude de marcher sont donc sortis de nouveau dans la rue, portant les mêmes revendications. Continueront-ils à le faire pendant les prochaines semaines, avec la même ampleur et le même pacifisme ?

Pour le nouveau président, la suite des événements dépendra plus de son discours et des premières mesures qu’il prendra.

Les Algériens attendent un discours franc, rassurant, loin de toute langue de bois. Et surtout des actes pour redresser une économie en dérive, et tendre la main aux Algériens qui n’ont pas voté, avec des mesures d’apaisement. La balle est dans le camp du nouveau chef de l’État pour lequel la tâche semble difficile mais qui peut encore espérer une période de grâce.

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