
Il faut un certain aplomb pour tenir le discours surréaliste que tient l’ambassadeur marocain auprès de l’UE et de l’OTAN.
Face à la résolution, sévèrement à charge, du Parlement européen sur Ceuta, il joue l’innocent outragé en soutenant effrontément que son pays ne fait l’objet d’aucune incrimination ni d’aucune injonction, et que tout se réduit à de vilaines campagnes de propagande qui inventeraient des dispositions imaginaires. Ce procédé de déni est classique.
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Le Parlement européen charge le Maroc
À la lecture du texte accablant de la résolution (disponible sur le site du Parlement européen), il est impossible à soutenir.
Car, que dit réellement cette résolution ? Elle parle noir sur blanc d’« instrumentalisation de la migration irrégulière comme outil de guerre hybride contre l’intégrité territoriale d’un État membre ».
Elle situe les franchissements massifs « depuis le Maroc », par terre et par mer. Rien d’ambigu, rien d’interprétable, sauf pour qui a intérêt à ne pas lire.
Le Parlement européen ne se contente pas de constater. Il exige et il demande à Rabat d’intensifier la coopération sur les retours et les réadmissions.
Il l’appelle « explicitement » à respecter ses engagements, une formule qu’on n’emploie pas quand on n’a rien à reprocher.
Et surtout, il utilise l’arme qui fait mal : lier les financements européens à cette coopération, avec la possibilité de couper les vannes si le Maroc traîne les pieds ou met en danger les intérêts d’un État membre.
Ce n’est plus de la diplomatie feutrée, c’est une mise en garde sévère et assumée.
Enfin, le texte tranche une bonne fois la question de souveraineté : Ceuta et Melilla sont espagnoles et européennes, un point c’est tout.
Alors quand l’ambassadeur assure qu’il n’y a « aucune injonction », on est en droit de se demander de quel texte il parle.
Respecter ses engagements, coopérer sur les retours, voir son financement conditionné à sa bonne volonté, se faire officiellement qualifié d’instrument d’une « guerre hybride » . Si ce n’est pas une mise en cause, qu’est-ce que c’est ?
Un exercice pathétique de communication
Derrière cet exercice pathétique de communication, un fait résiste : 339 voix contre 225, 16 abstentions.
Le Parlement européen a placé la coopération marocaine sous surveillance, réaffirmé la souveraineté espagnole, et rangé le chantage des flux migratoires au rayon des menaces hybrides.
Politiquement, le Maroc est cloué au pilori et le nier ne fait que confirmer, un peu plus, l’irritation et le malaise profond que ce texte provoque à Rabat.
*Ancien Ambassadeur