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Chiffres de la Banque d’Algérie sur la situation financière du pays : les bonnes et les mauvaises nouvelles

Chiffres de la Banque d’Algérie sur la situation financière du pays : les bonnes et les mauvaises nouvelles

Les députés et les médias qui s’attendaient hier à un rapport du Gouverneur de la Banque d’Algérie sur la situation financière du pays à fin 2016 ont eu une bonne surprise.

Une fois n’est pas coutume, c’est un bilan économique et financier précoce au titre de l’année 2017 qui a été dressé hier, devant l’APN par Mohamed Loukal.

Un bilan qui dessine un portrait assez contrasté de la situation de l’économie algérienne au cours de l’année dernière.

Au chapitre des mauvaises nouvelles, il confirme d’une part le ralentissement de la croissance économique et d’autre part la persistance d’importants déficits extérieurs.

Ces derniers sont à l’origine de la baisse sensible des réserves de change qui sont passées officiellement sous la barre des 100 milliards de dollars à la fin de l’année dernière.

La situation des finances publiques en revanche est en voie d’amélioration avec un déficit budgétaire qui enregistre une forte baisse.

Ralentissement de la croissance économique

“Nous avons enregistré une croissance économique de 2,2% en 2017 en dépit d’un fort recul de la cadence de croissance des hydrocarbures”, a indiqué M. Loukal.

Ce chiffre, inédit, sur le niveau de la croissance économique pour l’année dernière est inférieur aux prévisions du gouvernement. Il est également en recul sensible par rapport au 3,3% de croissance enregistré en 2016.

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La cause essentielle de ce tassement de la croissance semble être, ainsi que le précise le Gouverneur de la Banque d’Algérie, un recul de l’activité du secteur des hydrocarbures.

Il s’agit, là aussi, d’une information inédite. Le rapport du Gouverneur de la Banque d’Algérie mentionne en particulier « une baisse en volume des exportations d’hydrocarbures après une hausse de 10,8% en 2016 ».

Les « vrais chiffres » du déficit commercial

Mais le principal enseignement des informations communiquées hier de façon précoce aux députés est sans aucun doute la révision en hausse, par la principale institution intéressée et la plus autorisée, du montant des déficits de nos échanges extérieurs en 2017.

C’est ainsi que selon la Banque d’Algérie, le déficit de la balance commerciale s’est élevé à 15,8 milliards de dollars en 2017. Il s’agit d’un chiffre sensiblement plus élevé que celui des douanes algériennes qui évoquaient voici quelques semaines un déficit de « seulement » 11, 2  milliards de dollars pour la même période.

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Une différence de près de 4,6 milliards de dollars imputable essentiellement à une révision en hausse du montant des importations estimées par la Banque d’Algérie à 48,7 milliards de dollars l’année dernière (45,9 milliards selon les douanes algériennes).

On connait la cause de cet écart « traditionnel » entre les estimations des 2 institutions : la Banque d’Algérie prend en compte la totalité des importations tandis que les douanes ne « tiennent pas compte » des importations de matériel destiné à la défense nationale.

Les exportations de leur côté sont également revues en baisse par l’institution dirigée par Mohamed Loukal et ne s’élèvent plus qu’à 32,9 milliards de dollars.

La balance des paiements en déficit de 23,3 milliards de dollars

Dans le sillage de la révision en hausse du déficit commercial, le déficit de la balance des paiements, chiffré à 23,3 milliards de dollars, est également sensiblement plus élevé que prévu.

Bien que ce résultat soit meilleur que les 26 milliards de 2016, il fait peser désormais un doute très sérieux sur les perspectives de redressement rapide de nos comptes extérieurs évoquées par la « trajectoire financière 2017- 2019 » rendue publique  par le gouvernement à la fin de l’année dernière.

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On peut rappeler dans ce domaine un commentaire de la Banque d’Algérie publié en octobre dernier et qui reste en pleine actualité : « Compte tenu du déficit encore élevé des comptes extérieurs, notamment leur principal déterminant (la balance des biens et services), des efforts supplémentaires sont requis pour réduire l’absorption et augmenter l’offre domestique de biens pour assurer la viabilité, à moyen terme, de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change ».

Les réserves de change sauvées par l’ « effet de valorisation »

Une des rares bonnes surprises du rapport de la Banque centrale se situe dans le montant communiqué pour les réserves de change qui étaient encore de 97,3 milliards de dollars à la fin du mois de décembre dernier.

Même si ce dernier chiffre confirme le passage annoncé et attendu de longue date sous la barre des 100 milliards de dollars et traduit une nouvelle érosion de 16,8 milliards de dollars en un an, c’est beaucoup moins que ce qu’on pouvait attendre compte tenu des 23 milliards de dollars du déficit de la balance des paiements.

En cause, le désormais célèbre « effet de valorisation » qui joue depuis le début de l’année un rôle « positif » en raison de la forte appréciation de l’euro, dans lequel sont libellées près de la moitié de nos réserves de change, par rapport au dollar.

Des finances publiques en meilleure santé

En matière de finances publiques, les informations communiquées par la Banque d’Algérie ne sont pas de « première main » puisqu’elle reprend dans ce domaine les chiffres émanant du ministère des Finances et l’administration du Trésor.

Les données pour l’ensemble de l’année dernière ne sont pas encore disponibles et les chiffres communiqués par la Banque d’Algérie concernent seulement les 9 premiers mois de 2017.

Ils confirment et amplifient clairement la tendance à la réduction du déficit du budget de l’État déjà enregistrée en 2016. À fin septembre 2017, les recettes budgétaires effectives sont en  hausse de 21,5%, à 4740 milliards de DA.

Comme les dépenses budgétaires se sont sagement comportées l’année dernière et sont restées quasi-stables à 5535 milliards de DA à fin septembre 2017, le déficit budgétaire a quasiment été réduit de moitié à 795 milliards de DA durant les premiers mois de 2017.

Pour l’ensemble de l’année 2017, on peut donc désormais s’attendre à un déficit budgétaire qui reviendra à un niveau compris entre 6 et 7% du PIB après les records historiques et vertigineux de 15 et 13% enregistrés au cours des années précédentes.

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