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Chronique d’un génocide à ciel ouvert à Gaza : « trente à quarante » par nuit !

La cause palestinienne conserve une place centrale dans les discours officiels arabes. Mais elle cesse d’être une ligne rouge pour certains pays arabes dès que leurs intérêts apparaissent.

Chronique d’un génocide à ciel ouvert à Gaza : « trente à quarante » par nuit !
Le ministre israélien des Finances revendique ouvertement la « recolonisation » de Gaza / Photo par Mohamed Zarandah | Dreamstime.com pour TSA
Amar Belani
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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TRIBUNE. Cette semaine, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale de l’entité sioniste, a suggéré, avec un flegme glaçant, qu’Israël devrait tuer « 30 ou 40 » personnes chaque nuit à Gaza, évoquant un quota de morts parmi des civils innocents vivant sous le joug de l’occupation.

Le plus glaçant n’est pourtant pas la phrase elle-même. C’est le fait qu’elle ne constitue pas un dérapage isolé.

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Ce sinistre Ben Gvir n’est pas un responsable politique marginal. Il a été condamné pour incitation au racisme. Il est issu d’un mouvement d’extrême droite interdit pour terrorisme.

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Il a défendu publiquement des colons impliqués dans des agressions contre des Palestiniens. Il occupe aujourd’hui l’un des postes les plus importants de l’appareil sécuritaire israélien.

Une orientation politique assumée

Sa déclaration ne relève donc pas d’un simple accident de communication. Elle s’inscrit dans une orientation politique assumée, portée par un responsable qui dispose du pouvoir nécessaire pour influencer les décisions de l’État.

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Dans le même temps, la réalité sur le terrain continue de produire des chiffres qui donnent le vertige. Le jour même où ces propos étaient rapportés, les autorités sanitaires de Gaza faisaient encore état de morts causées par les frappes israéliennes, parmi lesquelles figuraient des mineurs.

Ce n’est pas un épisode isolé. C’est devenu la réalité quotidienne d’une guerre qui combine opérations militaires, blocus et déplacements massifs de populations civiles.

C’est précisément pour cela que les mots comptent. Parler d’un « quota » de morts par nuit dépasse la simple provocation. Ce vocabulaire révèle une forme de déshumanisation qui s’est installée dans le discours politique au plus haut niveau.

Lorsqu’un ministre transforme des vies humaines en variable arithmétique, un seuil est franchi. Les victimes ne sont plus présentées comme des individus ou comme des civils dont la vie doit être protégée. Elles deviennent une masse anonyme, à laquelle on peut attribuer un nombre de morts considéré comme acceptable.

Cette évolution ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une orientation politique plus large, portée par plusieurs membres de la coalition au pouvoir.

Le ministre israélien des Finances revendique ouvertement la « recolonisation » de Gaza. Il défend également l’annexion de la Cisjordanie. Ces positions ne viennent donc pas d’acteurs extérieurs au pouvoir. Elles sont portées par des figures centrales du gouvernement israélien.

Face à cette situation, les condamnations verbales des gouvernements occidentaux apparaissent de plus en plus insuffisantes. On condamne les propos. On convoque des ambassadeurs. On interdit parfois l’accès au territoire à certains responsables. Puis la guerre génocidaire continue.

Le coup de poignard dans le dos des Palestiniens

Mais la question de la responsabilité ne concerne pas seulement les capitales occidentales. Elle concerne aussi le monde arabe.

Depuis 2020, plusieurs États arabes ont choisi de normaliser leurs relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. Les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont chacun conclu leur propre arrangement avec Tel Aviv.

Chaque pays avait ses raisons et ses intérêts. Aucun n’a fait de la question palestinienne un obstacle définitif à cette normalisation.

Le régime maléfique des Émirats arabes unis a privilégié une logique géopolitique. Le rapprochement avec Israël leur permettait de renforcer leur coopération sécuritaire, notamment face à l’Iran. Il ouvrait aussi la voie à des échanges dans le renseignement, l’armement, les investissements et les technologies.

Le petit Bahreïn a suivi une logique comparable. Le royaume entretient des relations difficiles avec une partie de sa population chiite et reste fortement dépendant du soutien de l’Arabie saoudite et des États-Unis. Le rapprochement avec Israël s’inscrivait donc dans une stratégie sécuritaire et régionale plus large.

Le Soudan se trouvait dans une situation différente. Le pays, confronté à une crise économique et politique profonde, a accepté la normalisation avec Israël dans le cadre d’un accord avec Washington. En contrepartie, les États-Unis ont retiré le Soudan de leur liste des États soutenant le terrorisme.

Le cas marocain obéissait encore à une autre logique plus honteuse. Rabat a obtenu de Washington la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental. Pour les autorités marocaines, qui ont poignardé les Palestiniens dans le dos, cette concession représentait un avantage stratégique majeur.

Ce coup de poignard est venu de celui qui se proclame président du Comité Al-Quds, alors même qu’il l’a étouffé dans l’œuf pour complaire à ses puissants protecteurs. Dans chacun de ces cas, le mécanisme reste comparable.

La cause palestinienne conserve une place centrale dans les discours officiels arabes. Elle reste présente dans les sommets, les communiqués et les déclarations publiques. Mais elle a cessé d’être une ligne rouge lorsque des intérêts nationaux concrets sont apparus sur la table.

Lorsqu’un État affirme défendre une cause depuis des décennies, puis accepte de la mettre entre parenthèses dès qu’un avantage sécuritaire, territorial ou économique se présente, il ne s’agit plus seulement d’un changement de stratégie. Il s’agit d’un abandon politique, présenté lâchement comme du pragmatisme.

Et pendant ce temps, Gaza et les Palestiniens continuent de payer le lourd tribut de choix assumés par les traîtres parmi les États arabes et par tous ceux qui n’osent pas s’élever contre la toute-puissance de la communauté du Dragon céleste.

*Ancien diplomate algérien

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