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Comment la France veut faire aimer les maths à ses élèves

Le ministère de l’Éducation nationale français a publié ce lundi un rapport présentant une série de mesures visant à renforcer l’apprentissage des mathématiques à l’école. La mission de rédiger le rapport a notamment été confiée au député de la République en Marche (LREM), Cédric Villani, mathématicien de formation.

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Le rapport propose une liste de 21 mesures à adopter dont l’objectif est d’améliorer le niveau en mathématiques des élèves français. « Depuis une douzaine d’années, les résultats de nos élèves en mathématiques ne cessent de se dégrader, y compris pour les meilleurs d’entre eux », indique le rapport en introduction, précisant que « 42,4% des élèves ont une maîtrise fragile des mathématiques, voire de grandes difficultés. Multiplier 35,2 par 100 représente ainsi un obstacle majeur pour la moitié des élèves en fin de primaire », déplore le rapport.

Pour remédier à la situation, le rapport propose notamment de s’inspirer et d’adapter à la France la méthode dite de Singapour. « En une génération, la République de Singapour est passée d’une économie du tiers-monde à un des plus hauts niveaux de prospérité […]Ce  succès  est  le  fruit  d’une  volonté  politique affirmée  en  1997 », explique le rapport.

Le rapport adressé au ministère de l’Éducation suggère de s’inspirer de la méthode en mettant en place une pédagogie explicite et systématique, où « l’élève est guidé de manière explicite mais non dirigiste dans son apprentissage ». Le rapport propose également d’établir des « étapes d’apprentissage bien identifiées », avec une étape concrète, une étape imagée et une étape abstraite ; mais aussi le développement professionnel du professeur, « centré sur la didactique disciplinaire et relié à la pratique de classe ».

« La verbalisation est centrale : dès la maternelle, le professeur encourage l’élève à raisonner à voix haute et à échanger avec les autres en mettant ‘’un haut-parleur sur sa pensée’’ », propose le rapport.

« L’enseignement des mathématiques n’est  pas uniquement l’affaire des professeurs, des savoirs et des élèves : cela concerne l’ensemble du  système. Pour faire vivre les mesures que nous proposons, continuité et suivi sont tout à fait indispensables », estime en outre la mission dirigée par le député Cédric Villani.

Le rapport propose notamment de revisiter le fonctionnement du cahier de mathématiques de l’élève, représentant la trace écrite du cours. « Les traces écrites de cours dans lesquelles des connaissances et des méthodes sont récapitulées sans articulation logique, sans cohérence et donc sans essence mathématique, sont sources de confusion. Elles ne permettent pas aux élèves de progresser dans la compréhension », estime le rapport concernant la situation actuelle de l’écriture des cours.

« La trace écrite doit servir de référence et ne pas se limiter à un « catalogue » de résultats ou de recettes. Les définitions et propriétés doivent être clairement identifiées. La trace écrite doit à la fois respecter les enchaînements logiques, être rigoureuse et précise, et être compréhensible », préconise le rapport.

« D’une certaine  manière, l’enseignement des mathématiques est devenu axiomatique et nombre d’élèves du collège n’imaginent pas que le théorème de Pythagore puisse se démontrer. Or la notion de preuve est au cœur de l’activité mathématique, quel que soit le niveau », affirme le rapport, qui propose dans ce cadre de « rééquilibrer ces pratiques en redonnant une place significative à la présentation de démonstrations de résultats du cours ».

Améliorer la formation des enseignants

Le rapport présenté au ministère de l’Éducation français met en place des propositions pour améliorer la formation des enseignants de mathématiques.

« Les formations initiales et continues en mathématiques sont très insuffisantes en France. Notre société n’accepterait pas que la formation des personnels de santé ou juridiques soit à ce point négligée », déplore le rapport.

Pour parer à cette situation, le rapport propose de mettre en place « une licence adaptée, pluridisciplinaire, ou à tout le moins un parcours pluridisciplinaire post-baccalauréat, exigeant et de qualité, pour les étudiants qui se destinent préférentiellement à l’enseignement primaire ».

« Cette  formation en licence doit par ailleurs s’accompagner de stages d’observation de classes, en France ou à l’étranger, pour que les étudiants puissent prendre conscience de la complexité des situations d’enseignement en mathématiques et de la variabilité culturelle et institutionnelle des formes scolaires », précise le rapport.

« Pour améliorer l’efficacité de l’enseignement, il faut relier savoirs scientifiques et savoirs pratiques en concentrant les efforts sur le quotidien », indique le rapport, qui estime que « l’enseignement est aussi une pratique au même titre que par exemple la médecine, le design industriel, l’architecture, la menuiserie ».

« C’est ce qui légitime la nécessité d’une formation ancrée sur les pratiques de classe. Cela implique de pouvoir créer des situations de coopération professionnelle entre pairs », préconise ainsi le rapport.

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