
Les déclarations prononcées au Conseil de sécurité vendredi 30 octobre ont révélé des réserves substantielles sur le projet de résolution américain pour le Sahara occidental qui a été bloqué par le véto russe.
Plusieurs délégations ont contesté le caractère déséquilibré du texte et dénoncé le risque de prédéterminer l’issue du processus politique. La Russie a estimé que le projet favorisait ouvertement la position marocaine, marginalisait le Front Polisario et écartait les propositions présentées par celui-ci en 2007.
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Les réserves de la Chine
La Chine a également jugé que certaines dispositions imposaient un résultat à l’une des parties, sans consultations suffisamment équilibrées. Plusieurs délégations ont rappelé que le droit à l’autodétermination devait rester au cœur du règlement.
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Le Pakistan l’a qualifié de droit sacro-saint et inviolable. La Chine a insisté sur la nécessité de consultations équitables garantissant son exercice.
La Somalie a estimé que certaines dispositions du projet américain risquaient de préjuger l’issue des négociations. Ces réserves ont conduit ces pays à s’abstenir, malgré des approches parfois différentes du processus politique.
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Les déclarations de la Lettonie et du Danemark méritent une attention particulière. Bien qu’ils aient voté en faveur du projet américain, les deux pays ont expressément précisé que leur vote ne constituait ni une reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ni une approbation de l’autonomie comme résultat prédéterminé.
Le Panama a, lui aussi, posé des limites claires à son soutien. Il considère l’autonomie comme une base pour la reprise des négociations, mais il refuse que cette position préjuge de leur résultat.
Le Royaume-Uni et la Grèce, tout en soutenant l’approche fondée sur l’autonomie, ont également rappelé que le règlement devait répondre aux exigences de l’autodétermination.
Ces positions traduisent une préoccupation commune : la réforme de la MINURSO ne saurait tenir lieu de règlement politique.
Ainsi, le soutien au projet américain ne saurait être interprété comme un ralliement général à la position marocaine. Plusieurs délégations ont voté pour le texte tout en refusant explicitement toute reconnaissance de souveraineté ou toute validation anticipée de l’autonomie.
Le scrutin a donc mis en évidence une distinction fondamentale entre le soutien à une base de négociation et l’adhésion à l’issue politique que Rabat entend en tirer.
La déclaration de l’ambassadeur américain Mike Waltz mérite également d’être relevée. Évoquant les consultations conduites par Washington, il a déclaré :
« Nous avons tenu trois séries de discussions à un niveau très élevé, avec les quatre parties, ou plutôt avec les deux parties et les observateurs autour de la table, je vous prie de m’excuser. »
« Cette rectification distingue explicitement les deux parties au conflit, le Maroc et le Front Polisario, des deux pays observateurs, l’Algérie et la Mauritanie. Elle contredit ainsi la thèse farfelue défendue par Rabat, qui cherche à présenter l’Algérie comme une partie au conflit
Le vote du 30 octobre révèle deux lignes de fracture. Washington veut adapter la mission à une nouvelle dynamique politique et réduire progressivement son rôle traditionnel.
Moscou, Pékin et plusieurs autres délégations veulent préserver le cadre onusien et empêcher toute modification unilatérale du mandat.
D’autres membres soutiennent l’initiative marocaine d’autonomie, mais refusent que l’autodétermination soit écartée ou que l’issue des négociations soit prédéterminée.
La conséquence immédiate est une situation d’impasse. L’expiration du mandat prive la MINURSO d’une nouvelle autorisation du Conseil pour poursuivre ses activités au-delà de cette échéance.
Elle ne signifie toutefois pas que le Conseil de sécurité est dessaisi du dossier. Le paragraphe 6 de la résolution 2797 est explicite : le Conseil « décide de rester saisi de la question ». Cette disposition ne proroge pas le mandat de la MINURSO, mais confirme que le dossier du Sahara occidental demeure sous la responsabilité du Conseil. La fin du mandat de la mission ne vaut donc ni clôture du dossier onusien ni extinction de la compétence du Conseil.
Avenir de la Minurso : trois scénarios possibles
Cette distinction appelle une réponse à l’argument développé par le 360.ma pour réduire la portée du paragraphe 6 de la résolution 2797 au motif qu’il ne crée aucun mandat pour la MINURSO. C’est exact, mais hors sujet. Ce paragraphe confirme que le Conseil de sécurité demeure saisi du dossier et conserve sa compétence pour l’examiner et prendre de nouvelles décisions.
L’expiration du mandat de la mission ne signifie donc ni dessaisissement du Conseil ni clôture du dossier onusien. La contradiction est d’autant plus manifeste que Rabat a présenté cette même résolution comme une consécration majeure de ses thèses, lui vouant un respect quasi sacré. La résolution ne saurait être intangible lorsqu’elle sert le Maroc et insignifiante lorsqu’elle contrarie son récit de victoire.
Trois scénarios sont désormais possibles : une prorogation technique de la MINURSO, un compromis temporaire pour préserver la mission, ou le retour d’un texte américain remanié. À défaut d’accord, le mandat pourrait expirer, privant la mission de sa base juridique et ouvrant la voie à sa fermeture.