
En utilisant son droit de veto contre la résolution américaine visant à modifier le mandat de la Minurso vendredi 30 octobre, la Russie a sauvé la légalité internationale dans le dossier du Sahara occidental.
L’Algérie, par la voix de son représentant à l’ONU, Amar Bendjama, a remercié la Russie pour avoir présenté un projet de reconduite du mandat de la mission ainsi que tous les pays membres qui ont choisi « de ne pas s’associer à une injustice et une atteinte manifeste aux fondements » de l’organisation onusienne.
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L’Algérie a demandé à participer à la réunion du Conseil en sa qualité de pays voisin, de pays hôte de centaines de milliers de réfugiés sahraouis et d’État membre de l’ONU, « attaché à la légalité internationale et au respect des buts et principes de la Charte des Nations Unies », a expliqué le diplomate algérien dans son intervention dans laquelle il a décortiqué le dossier en six « mots-clés ».
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Amar Bendjama : « Qui a peur de la démocratie ? »
S’adressant aux États-Unis, « pen holder » du dossier, Amar Bendjama a rappelé qu’« être porte-plume est une lourde responsabilité », et « un devoir moral de mériter la confiance des parties, de susciter leur adhésion, par une attitude attentive, impartiale et équitable ». « Ces critères ont-ils été appliqués dans la rédaction du texte qui vous a été soumis aujourd’hui ? Je vous laisse méditer la réponse », a-t-il dit.
Évoquant l’autodétermination, qui a « depuis toujours constitué une référence fondamentale pour le règlement du conflit » et qui est « la forme la plus évidente, la plus sûre et la plus incontestable pour le libre exercice par un peuple du choix de son propre avenir », Bendjama s’est demandé « qui a peur de la démocratie » au point de vouloir cantonner l’autodétermination « à l’intérieur d’un statut d’autonomie dont la plupart d’entre vous ne connaissent que le titre, même si vous l’avez cautionné ».
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La négociation, ce n’est pas « imposer une conclusion prédéterminée »
Le représentant de l’Algérie s’est aussi attardé sur l’expression « solution politique mutuellement acceptable ».
« La négociation est un cheminement qui demande écoute attentive des protagonistes, patience, et innovation avec pour objectif une solution acceptable par tous, pour tous », a-t-il rappelé. Or, ni les propositions du Front Polisario ni les préoccupations et réserves faites « candidement » par les deux pays voisins, l’Algérie et la Mauritanie n’ont été « entretenues », a-t-il déploré, dénonçant un texte qui considère « ces négociations comme étant achevées, et ce, avant même qu’elles n’aient commencé ».
« La négociation doit être un cheminement vers une solution, et non un moyen d’imposer une conclusion prédéterminée », a asséné Bendjama.
Quant à la souveraineté, qui est « une des normes contraignantes du droit international », « nul n’a le droit de conférer à une puissance occupante une propriété qu’il ne possède pas de jure », a-t-il soutenu, regrettant l’altération de cette norme qui « ouvre la porte à toutes les aventures, à l’imposition de la volonté du plus fort sur le plus faible ».
Un « fait accompli » résultat d’une « transaction indécente »
Le cinquième mot-clé du dossier, selon Amar Bendjama, est le « fait-accompli » de l’invasion et l’annexion d’un territoire non autonome que la résolution américaine veut légaliser.
« Ce fait accompli est le résultat d’une transaction indécente conclue aux dépens du peuple palestinien, un peuple qui a tant souffert. Et maintenant, c’est au peuple sahraoui que l’on demande de payer de sa propre liberté les dividendes promis comme rétribution à l’occupant », a-t-il dénoncé, en allusion aux accords de normalisation Maroc-Israël en échange de la reconnaissance par les États-Unis de la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental.
« Humanitaire » : triple peine pour les réfugiés sahraouis
Évoquant enfin l’« humanitaire », le représentant de l’Algérie à l’ONU a signifié que les réfugiés sahraouis « sont des êtres humains, pas de simples chiffres ». L’initiative, « dont on veut embarquer le HCR », est synonyme d’une « triple peine » pour les réfugiés sahraouis, a mis en garde Bendjama.
Il s’agit, a-t-il expliqué, de « la perpétuation de leur souffrance dans le désert du Sahara », d’un « chantage à la famine qui est actuellement en cours, par la réduction drastique des rations alimentaires à une population déjà affectée par un taux alarmant de malnutrition » et d’un « déplacement forcé, proposé comme alternative et solution durable ».
En conclusion, Amar Bendjama a assuré que l’Algérie, qui a exercé son droit à l’autodétermination « au prix de lourds sacrifices », continuera « de manière sincère et déterminée à promouvoir une solution juste, durable et mutuellement acceptable qui garantit le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ».