
Le monde entier surveille l’évolution de la situation au détroit d’Ormuz et ses répercussions sur le marché énergétique, tandis qu’une autre guerre, celle entre l’Ukraine et la Russie, fait peser une menace certaine sur la sécurité alimentaire mondiale par les perturbations qu’elle provoque en mer Noire, voie importante d’exportation de céréales. Gros importateur de blé tendre, l’Algérie est-elle à l’abri de cette crise ?
Un tiers des expéditions mondiales d’hydrocarbures transitent par le détroit d’Ormuz et autant de cargaisons céréalières passent par la mer Noire, en provenance de Russie et d’Ukraine, les deux principaux producteurs et exportateurs mondiaux de blé.
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L’escalade entre les deux pays et les attaques contre leurs ports respectifs, les terminaux céréaliers, les silos et les navires, ont nettement réduit les expéditions de navires céréaliers à partir de la mer Noire.
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Des voies alternatives insuffisantes et coûteuses
Les approvisionnements sont perturbés depuis juillet dernier. Les voies intermédiaires, par route ou par train, sont non seulement insuffisantes, mais aussi coûteuses.
La conjugaison de la hausse des cours énergétiques avec celle des prix des céréales risque de donner lieu à une inflation record, mettent en garde les économistes.
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Le plus dur est à venir, car pour le moment, “les risques liés à l’approvisionnement alimentaire n’ont pas encore été pleinement pris en compte sur un marché qui se concentre davantage sur le coût des matières premières telles que l’énergie”, indiquent des investisseurs cités par le média Asharq Business.
“Le monde sous-estime l’impact de ces attaques”, déclare au même média Caitlin Welch, experte en sécurité alimentaire au Centre d’études stratégiques et internationales, basé à Washington.
“On peut considérer la mer Noire comme aussi importante pour le commerce mondial du blé que le détroit d’Ormuz l’est pour le commerce mondial du pétrole”, ajoute-t-elle.
Les prix du blé risquent de flamber encore
Les prix du blé tendre, dont l’Algérie a déjà importé plus de 4 millions de tonnes depuis le début de l’année, ont déjà atteint leur plus haut niveau depuis trois ans, entre 300 et 330 dollars la tonne selon les variétés et les provenances, et pourraient encore augmenter vu les prévisions à la baisse des expéditions russes et ukrainiennes.
L’institut de recherche SovEcon, spécialisé dans les marchés agricoles de la mer Noire, estime que les exportations cumulées de blé de la Russie et de l’Ukraine devraient s’établir à environ la moitié de leur niveau de l’année dernière au cours de la campagne agricole s’étendant de juillet à septembre.
Les gros importateurs mondiaux se tournent vers des marchés alternatifs, mais qui ne peuvent toutefois pas remplacer les quantités qui provenaient d’Ukraine et de Russie à cause notamment de la sécheresse aux États-Unis et des chaleurs de l’été dernier en Europe. Les longues distances influent aussi sur les coûts.
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Cette situation affecte les pays les plus vulnérables, ceux qui ont une forte consommation de céréales et qui dépendent fortement des approvisionnements extérieurs. C’est le cas notamment de l’Égypte, de l’Indonésie, du Bangladesh, de l’Algérie et de plusieurs pays arabes.
L’Algérie a pris ses devants dès le début de l’année en multipliant les achats de blé sur les marchés mondiaux.
Dans ses précisions pour la saison 2026-2027, le département US de l’agriculture a revu à la baisse les achats attendus de l’Algérie de 8,5 à 8,3 millions de tonnes à cause de la hausse de ses stocks.
En plus de ses silos pleins, l’Algérie est aussi mise à l’abri d’un éventuel choc par plusieurs facteurs endogènes, comme les subventions généralisées, le système d’importation centralisé et la diversification des sources d’approvisionnement.
La crise du blé de la mer Noire illustre combien les projets agricoles lancés par l’Algérie dans le Sahara sont importants et stratégiques pour la sécurité alimentaire du pays.