
Pour sa première sortie publique en tant que présidente de l’Association France – Algérie (AFA), Ségolène Royal a dévoilé un plan en trois points pour mettre fin définitivement à la crise franco-algérienne. Pour l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007, la clé, c’est la résolution du litige mémoriel.
Lors de cet événement, Ségolène Royal s’est exprimée pour la première fois en tant que présidente de l’AFA, un mois après avoir succédé à Arnaud Montebourg à la tête de cette association, à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, qui a accueilli samedi l’événement de l’Association France Algérie (AFA) : « Demain, la France et l’Algérie ».
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Colonisation : reconnaître, réparer et s’excuser
Elle a fait des propositions pour un apaisement des relations franco-algériennes qui traversent une crise inédite depuis juillet 2024 : « le problème de mémoire », « la restitution des objets appartenant à l’Algérie ainsi que les dépouilles » et « la transmission des archives sur les essais nucléaires ».
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Ségolène Royal, en tant que nouvelle présidente de l’Association France Algérie, a proposé plusieurs solutions pour amener à un apaisement des relations entre l’Algérie et la France. Pour elle, il faudrait d’abord « abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue, entre étudiants, entrepreneurs, chercheurs, artistes, créateurs et bien d’autres ».
L’ancienne candidate à la présidentielle française de 2007 s’est engagée à faire « tout ce qu’elle pouvait pour que l’on puisse avancer sur ce difficile problème de la mémoire ».
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Sur la mémoire, elle a exprimé son rejet du concept de « rente mémorielle » cher aux droites françaises, qui est « une manière commode de légitimer la parole des blessés de l’histoire ».
« La mémoire des violences coloniales n’est pas un calcul ou un intérêt, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés », a-t-elle dit.
« Certaines blessures, les crimes de la colonisation, n’ont pas été nommées totalement, ni réparées, ni excusées, elles doivent l’être par la France »
Pour Ségolène Royal, « c’est cette reconnaissance qui permettra la résilience complète et la libération vers la création, la projection vers des projets communs joyeux et enthousiasmants. La mémoire est un socle commun sur lequel on peut construire le “plus jamais ça” ». Une prise de position qui se veut rassurante.
La restitution des biens culturels
La présidente de l’AFA propose à la France de commencer à réparer ses erreurs rapidement : « Pour l’Algérie, il faut restituer, il faut tout rendre (…) la première de ces réparations et la première de ces excuses, c’est la restitution des biens culturels et des archives ».
Elle s’y engage et apporte son soutien à « celles et ceux qui agissent dans cette direction ».
Ségolène Royal prend l’exemple de l’association Le Cercle Émir Abdelkader et interpelle son président Rafik Temghari, présent dans la salle. « Hier, j’étais en contact avec le musée de Chantilly. Je voudrais bien sûr que tous les objets qui sont réclamés depuis longtemps par l’Algérie de cette figure majeure de la résistance algérienne du XIXᵉ siècle, l’Émir Abdelkader, puissent être restitués, essentiellement sa tente, son sabre, son fusil et d’autres objets ».
Au musée Condé du château de Chantilly, plusieurs objets de l’Émir Abdelkader sont exposés, notamment son sabre, un récipient et des manuscrits.
Un travail de restitution qu’elle a déjà commencé et qu’elle continuera, notamment pour que l’Algérie puisse récupérer le canon Baba Merzoug, actuellement à Brest.
« On m’a demandé tout à l’heure comment ça se fait que le canon Baba Merzoug ne soit pas restitué ? Je vais voir cela avec le maire de Brest pour que ce soit fait dans les meilleurs délais ».
Ségolène Royal travaille aussi à la restitution « de la totalité des dépouilles des résistants algériens et des crânes ».
Les essais nucléaires : restituer les archives
La nouvelle présidente de l’AFA veut que la transmission des archives à l’Algérie sur les essais nucléaires français dans le Sahara algérien dans les années 1960, et sur leurs conséquences, soit faite. Elle ajoute « que soient mises à jour toutes les conséquences, notamment les contaminations et les conditions de la dépollution de ce territoire ».
Pour cela, Ségolène Royal propose de mobiliser des acteurs français et algériens : « Voilà une belle opportunité de développer des entreprises sur le secteur énergétique, sur le secteur de la transition énergétique et de la propreté environnementale. C’est là qu’on devrait mobiliser les meilleurs spécialistes sur la dépollution de production nucléaire ».