search-form-close
« Dahou Ould Kablia n’a fait que rétablir une vérité historique »

« Dahou Ould Kablia n’a fait que rétablir une vérité historique »

Abdenour / PPAgency
Invité mardi 18 septembre au Forum d’El Moudjahid, à Alger, Ould Kablia a déclaré que Salah Bouakouir avait collaboré avec le MALG : « Même s’il a soutenu la Révolution tardivement, il a été assassiné par les services spéciaux français. Il doit mériter le titre de Chahid de la Révolution »

Les dernières déclarations de Dahou Ould Kablia, président de l’Association des anciens du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons générales) et ancien ministre de l’Intérieur, sur Salah Bouakouir suscitent des réactions.

Invité mardi 18 septembre au Forum d’El Moudjahid, à Alger, Ould Kablia a déclaré que Salah Bouakouir avait collaboré avec le MALG en fournissant des renseignements précieux à partir de son poste de secrétaire général adjoint du gouverneur général français en Algérie sur notamment le fameux Plan de Constantine de 1958 et sur la politique pétrolière que la France voulait mettre en pratique en Algérie.

« Même s’il a soutenu la Révolution tardivement, il a été assassiné par les services spéciaux français. Il doit mériter le titre de Chahid de la Révolution », a plaidé Dahou Ould Kablia. Salah Bouakouir a été assassiné en septembre 1961 par l’OAS.

Contacté par TSA, Samir Bouakouir, neveu de Salah Bouakouir, a déclaré que la famille n’a jamais réclamé de statut de moudjahid ou de rue à baptiser en son nom. « Ce qui est important, c’est que Salah Bouakouir soit réhabilité et que sa contribution importante à la Révolution soit reconnue. Dahou Ould Kablia n’a fait que rétablir une vérité historique. Il a eu le mérite de le faire quand d’autres qui savaient ont lâchement gardé le silence. Le témoignage historique d’un des responsables du MALG est le bienvenu même s’il est tardif. Lui, au moins, s’exprime ouvertement quand d’autres, je pense notamment au regretté Benyoucef Benkhedda que j’ai eu à rencontrer à plusieurs reprises mais surtout à feu Redha Malek, car membre du HCE (Haut Comité d’État), avaient gardé le silence », a-t-il soutenu.

| LIRE AUSSI : Ould Kablia rend hommage à Salah Bouakouir et critique Yacef Saâdi

« Grosse injustice »

Il a qualifié la décision de Mohamed Boudiaf, alors président du HCE, de débaptiser le boulevard Salah Bouakouir à Alger en 1992 de « grosse injustice ». « Je l’ai vécu, à l’instar de la famille, comme une blessure. Que pouvait-il savoir du rôle joué par mon oncle, lui qui était maintenu à l’écart des décisions durant sa détention, avec quatre de ses compagnons, à la prison d’Aulnay ? », s’est-il interrogé. Mohamed Boudiaf avait accusé Salah Bouakouir d’être « un traître ».

En 2010, Nacer Boudiaf avait justifié l’acte de son père dans une lettre adressée à Dahou Ould Kablia, alors ministre de l’Intérieur. À l’époque, Ould Kablia demandait la réhabilitation de Salah Bouakouir. « La réhabilitation de feu Salah Bouakouir m’a interpellé en tant que citoyen. Voilà une personnalité dont le nom avait été donné à l’une des plus prestigieuses artères de la capitale avant que l’arrivée de Boudiaf ne rectifie cet outrage et la débaptise pour lui donner le nom de Krim Belkacem, une grande figure de la Révolution du 1er Novembre 1954 ». Le fait de débaptiser une rue, est-il un acte anodin en soi ? Interrogeons-nous sur les motivations de l’ex-président assassiné qui laissait entendre à qui voulait bien l’écouter, que Salah Bouakouir, de par les fonctions qu’il occupait, ne pouvait, à la fois, se consacrer à la Révolution et jouir d’un prestigieux poste au sein de l’administration coloniale », a-t-il écrit.

Rédha Malek était contre la décision de Boudiaf

Selon Samir Bouakouir, Rédha Malek était contre la décision de Mohamed Boudiaf de débaptiser le boulevard Salah Bouakouir. « Il m’avait confié en privé son sentiment de révolte suite à la décision de Boudiaf en ne cessant de me chuchoter à l’oreille que mon oncle était un grand patriote. Comment en effet pouvait-il l’ignorer lui qui a été membre de la délégation du FLN qui a négocié les Accords d’Evian et qui savait l’importance capitale des informations fournies par mon oncle, notamment en ce qui concerne le pétrole. Et quand je lui rétorquait que cela doit être dit publiquement, j’ai eu droit de sa part à une expression physique de dépit. Je ne suis d’ailleurs même pas sûr qu’il l’ait chuchoté à Mohamed Boudiaf lors des réunions du HCE », a révélé Samir Bouakouir.

Il a parlé de « manque de courage » qui caractérise « les élites civiles cooptées au plus haut sommet de l’État ». « Jamais Hocine Aït Ahmed ne m’aurait désigné porte-parole du FFS si j’étais issu d’une famille de harki », a-t-appuyé.

Lakhdar Bouregâa critique Ould Kablia

Réagissant vivement aux déclarations de Dahou Ould Kablia sur Salah Bouakouir, Lakhdar Bouregâa, ex-commandant de la wilaya IV historique, a, dans une déclaration à Echourouk News, dénoncé les « révolutionnaires par correspondance ».

« Ould Kablia veut ouvrir le dossier des droits de tous les fonctionnaires qui travaillaient pour la France parce qu’ils étaient en contact avec lui. Il a ouvert une grande porte y compris aux traîtres. S’il a des documents, qu’il les présente. Qui étaient ces gens du gouvernement général ou de l’administration française qui travaillaient avec Ould Kablia ? Ne collaboraient-ils pas avec l’organisation locale (FLN/ALN) ? Nous avions besoin de militants ici, pas de révolutionnaires activant par téléphone ou par correspondance. Donc, à ses dires, il y avait des révolutionnaires qui étaient ici en Algérie et qui étaient en contact avec Ould Kablia au Maroc ou en Tunisie. S’il y avait des militants au sein de la préfecture ou au sein du gouvernement général, il leur était demandé de servir la Révolution sur place, sur le terrain, pas en téléphonant à Ould Kablia en lui disant qu’ils étaient militants. Il a dit qu’une élite travaillait avec lui (le MALG) sans que les noms soient connus. Cela a-t-il existé au sein de la Révolution ? », s’est-il interrogé. Il a rappelé que pendant la Guerre de libération nationale, les Algériens qui ne payaient pas leurs cotisations au FLN étaient considérés comme des « traîtres ».

La reconnaissance de Ferhat Abbas et de Benyoucef Benkhedda

« Ils n’étaient même pas capables de nous ramener des fonds et lui (Ould Kablia) nous dit qu’il (à travers le MALG), a mobilisé la population. Il a dit que cette population travaillait avec eux. Et bien, on va ouvrir davantage et ajouter un million de Moujahidines supplémentaires qui auront également leurs droits », a ironisé Lakhdar Bouregâa. Interrogé sur cette déclaration, Samir Bouakouir a répondu que Lakhdar Bouregâa a raté une occasion de se taire.

« Ferhat Abbas (premier président du GPRA, Gouvernement provisoire de la République algérienne) a confirmé avoir rencontré mon oncle en Inde dans son ouvrage. Benyoucef Benkhedda (deuxième président du GPRA) également. Bref, la famille n’a rien demandé ni statut ni rue à baptiser. Bref, la Révolution algérienne ne se résume pas à la seule lutte armée », a-t-il conclu.

  • Les derniers articles

close