
Les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, sur le recyclage de l’argent du haschisch passent toujours mal au Maroc.
Le calme trompeur de la communication officielle marocaine
Dans un premier temps, Rabat a convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade algérienne, et a rappelé son ambassadeur à Alger, en signe de protestation. S’en est suivie, une réaction chez les principaux organismes visés par les propos de M. Messahel qui a accusé le Maroc de blanchir l’argent du haschisch via ses banques en Afrique et la Royal Air Maroc de « transporter autre chose que des passagers ».
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En effet, dans deux communiqués distincts, Royal Air Maroc et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) ont exprimé « leur indignation » contre ce qu’ils ont qualifié de « calomnie » et d’ « allégations graves et mensongères ».
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Depuis, le gouvernement marocain et les parties visées par Messahel gardent le silence. Ce n’est pas le cas chez une partie de la presse marocaine.
Le dénigrement de la presse marocaine
Dans un article paru ce mardi 24 octobre, le site Lesco.ma a comparé la politique africaine des deux pays. Louant la politique adoptée par le royaume en Afrique, ce site n’a pas manqué de tacler sévèrement l’Algérie. « Alors que l’Algérie se cherche encore sur le continent, le Maroc est parvenu à y occuper le fauteuil de premier pays africain investisseur, en ravissant la vedette à l’Afrique du Sud. En 2016, en effet, le royaume a investi plus de 4 milliards de dollars en Afrique, soit 5,1% du total des IDE en Afrique », écrit l’auteur de l’article.
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« À l’heure où le Maroc gagne en respect et en prestige grâce à sa politique d’intégration des migrants subsahariens, son voisin fait l’actualité par ses campagnes d’expulsions de candidats africains à l’Eldorado européen qui transitent sur son sol. Au moment où le Maroc est en train de réussir son pari d’intégrer la CEDEAO, son voisin d’Afrique du Nord peine à gagner la confiance de ses partenaires subsahariens. En somme, comme on le dit dans le langage courant, « il n’y a pas photo » entre le Maroc et l’Algérie en Afrique » a-t-il ajouté.
Le site Yabiladi.com a, quant à lui, préféré faire une comparaison entre les deux pays en matière « de blanchiment d’argent », se basant sur un rapport réalisé par « The Basel Institute of Governance », un institut suisse.
« 2017 n’étant pas une exception, les données fournies par le rapport annuel confirment que l’Algérie a surclassé le Maroc dans les activités de blanchiment d’argent dans les quatre dernières éditions publiées par l’Institut Basel. En 2016, le Maroc se classait au 80e rang par rapport à l’Algérie classée 51e », a analysé ce média marocain.
Le site ne mentionne pas toutefois que le classement du Maroc s’est détérioré en 2017 alors que celui de l’Algérie s’est légèrement amélioré. « Dans le détail, la dernière version de l’indice « Le 2017 Bâle AML », publiée le 16 août 2017, place le Maroc au 57e rang sur 149 pays. Quant à l’Algérie, elle se positionne au 54e rang des pays les plus à risque en matière de blanchiment d’argent ». Globalement, les deux pays ne peuvent être fiers de leur classement.
Cependant, l’attaque la plus virulente est venue de l’agence officielle marocaine MAP. Dimanche dernier, l’agence officielle marocaine a accusé, directement et sans fondement, la compagnie nationale, Air Algérie, de transport de cocaïne et de psychotropes. Pour étayer ses accusations, l’agence s’est basée sur un article paru sur le site séparatiste « Tamurt info », qui à son tour ne cite aucune source.
Reprenant le communiqué des éditeurs de médias électroniques algériens, qui dénoncent la censure de TSA, la MAP en a profité pour asséner un autre coup à l’Algérie. « Le recours à la censure pour museler les voix et faire taire les voix dissidentes révèle l’arrogance de tout un système de gouvernance agonisant, affirment-ils en substance », écrit la MAP, interprétant à sa manière le communiqué en question.
Les partis marocains dénoncent
De leur côté, certains partis marocains de la coalition formant la majorité gouvernementale ont dénoncé les propos de Messahel. Pour le Rassemblement national des indépendants (RNI), ces propos, « incompréhensibles » et « erronés », « bloquent toute initiative avant-gardiste visant la réalisation d’un réel développement économique entre les pays de la région et la rupture avec la logique du repli et de l’isolationnisme ».
Pareil, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Nabil Benabdallah, a déploré l’ « ignorance totale des mécanismes de fonctionnements des institutions que le MAE algérien a osé citer, et sa profonde haine envers les réalisations du Maroc, particulièrement celles relatives au renforcement de la coopération avec les pays africains ».
Enfin, le Mouvement populaire (MP), a qualifié de « dangereuses » les déclarations de M. Messahel. « Qui a cru que ces accusations fallacieuses et ces déclarations sans fondement pourraient porter atteinte à la coopération solide existant entre le Maroc et ses frères africains ou occulter les échecs patents de l’Algérie sur les plans économique, social et politique », a dénoncé ce parti dans un communiqué.