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Droits de l’Homme et libertés : pourquoi il est difficile de croire au changement

Droits de l’Homme et libertés : pourquoi il est difficile de croire au changement

Le décès de Kamel Eddine Fekhar suite à une longue grève de la faim en prison a fait prendre conscience à l’opinion nationale de la situation que vivent de nombreux détenus d’opinion et des risques qu’ils encourent s’ils sont maintenus en détention.

L’annonce du décès du militant mozabite a créé une onde de choc qui n’a épargné aucune sphère, les autorités en premier.

Immédiatement après, son codétenu, l’autre militant Hadj Brahim Aouf, est remis en liberté alors que tous ses appels et ceux de ses proches et compagnons étaient jusque-là restés sans suite.

Le pouvoir a été sérieusement éclaboussé par la mort de Fekhar, essuyant les premières critiques unanimes des organisations mondiales de défense des droits de l’Hommes depuis le début du mouvement populaire et suscitant surtout la première réaction officielle d’un État étranger depuis début mars. La France a en effet exprimé sa « préoccupation ». Signe de la gêne du pouvoir dans ce dossier sensible, il n’a pas répondu à cette prise de position de Paris dans une affaire intérieure algérienne.

La condamnation unanime du décès de Fekhar a été l’occasion d’attirer l’attention sur de nombreux citoyens, pas forcément des militants, emprisonnés pour avoir exprimé une opinion.

Le plus cité, c’est Hadj Ghermoul, ce jeune de Mascara arrêté en janvier dernier pour avoir brandi une pancarte portant un slogan qui relevait encore du blasphème : non au cinquième mandat. Le 7 février, il est condamné à six mois de prison ferme et 300.000 dinars d’amende.

Deux semaines plus tard, c’est toute l’Algérie qui crie le même slogan, y compris les enfants. Bouteflika finira par partir, son entourage qualifié de bande par les nouveaux tenants du pouvoir est emprisonné, mais incompréhensiblement, Hadj Ghermoul reste en prison. Aujourd’hui encore, il continue de purger sa peine.

Abdallah Benaoum, lui purge une peine de deux ans au pénitencier de Sidi Bel Abbès. Il a été condamné à deux ans d’emprisonnent pour outrage au même chef de l’État.

Les multiples grèves de la faim qu’il a observées n’ont fait que le mettre en danger. Il y a quelques jours, son avocat a alerté l’opinion nationale sur la dégradation de son état de santé, sans suite. Une liste d’une quinzaine de détenus d’opinion circule sur les réseaux sociaux, incluant des personnalités connues comme Hocine Benhadid et Louisa Hanoune, et des anonymes emprisonnés à Ghardaïa, Relizane, Laghouat…

Le maintien en détention de ces prisonniers d’opinion, et de beaucoup d’autres, soulève bien des interrogations, au moment où l’Algérie est censée s’être débarrassée d’un président despote par une révolution populaire pacifique. Surtout que le pouvoir répète sans cesse que la justice a retrouvé son indépendance.

Il est en effet incompréhensible de maintenir en prison un jeune qui a exprimé son rejet du cinquième mandat au moment où des millions de citoyens le crient chaque semaine aux quatre coins du pays.

Pourquoi les autorités politiques et judiciaires ne bougent pas sur ces cas flagrants de déni de droit ? On pouvait s’attendre au moins à une réaction des magistrats qui, en mars dernier, avaient crié publiquement leur soulagement d’être libérés par le mouvement populaire.

Sur le plan politique, les multiples cas d’atteinte aux droits de l’Homme constituent autant d’épines que le pouvoir se plante dans le pied.

Depuis la démission de Bouteflika, un bras de fer est engagé entre les autorités qui tentent d’imposer leur feuille de route et les manifestants qui ne leur font que trop peu confiance. Officiellement, la pomme de discorde c’est la période de transition et le maintien de Abdelkader Bansalah comme chef de l’État par intérim et de Noureddine Bedoui au poste de Premier ministre.

Mais dans le fond, c’est d’abord un problème de confiance que le pouvoir ne fait rien pour dissiper et rassurer les citoyens. Ces derniers sont suffisamment lucides pour comprendre que ce à quoi ils assistent quotidiennement est annonciateur de tout sauf de changement.

Les médias publics ne sont pas plus libres que sous Bouteflika, des Algériens sont toujours détenus pour avoir exprimé une opinion et les forces de l’ordre n’hésitent pas à réprimer dès qu’ils ont affaire à un petit groupe de manifestants.

Surtout, le décès de Fekhar est une copie parfaite de celui du journaliste Mohamed Tamalt mort, lui, sous Bouteflika.

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