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Exfiltration des dirigeants du Hamas vers l’Algérie : ballon sonde ou manœuvre ?

Alors que la communauté internationale peine à imposer un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, meurtrie par plus de deux mois de bombardements intensifs de l’armée israélienne, certains pays s’emploient en coulisses à trouver une issue au conflit.

Parmi ces pays figure l’Arabie Saoudite dont un think-tank, le Gulf Research Center, vient d’élaborer, conjointement avec une haute responsable française, un plan de sortie de crise.

La puissante monarchie pétrolière du Golfe, qui était jusqu’à un passé récent en négociations pour une éventuelle normalisation avec l’Etat hébreu, s’efforce depuis quelques semaines à peser de tout son poids pour stopper la spirale infernale à Gaza dont les conséquences impactent également sa sécurité à travers notamment les actions des Houthis dans la mer rouge en soutien aux Palestiniens.

Dans un document confidentiel esquissant les contours de ce plan de sortie de crise, publié mercredi 20 décembre par le journal Le Monde, il est fait état, parmi les pistes suggérées, l’exfiltration des dirigeants « militaires et sécuritaires » du Hamas vers l’Algérie.

Pour Le Monde, la formule désigne probablement Mohammed Deif, le commandant des Brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du mouvement islamiste Hamas, et possiblement aussi Yahya Sinouar, le chef du Hamas à Gaza, très proche de l’aile militaire.

Le choix de destination de l’Algérie pour ces dirigeants s’expliquerait, selon le quotidien, par le fait qu’elle entretienne de bonnes relations avec le Qatar et l’Iran, deux pays qui soutiennent ouvertement le Hamas, et par sa « capacité sécuritaire » pour contrôler les éventuelles activités » de ces dirigeants.

Ce n’est pas la première fois que l’Algérie est présentée par certains pays, particulièrement occidentaux, comme une possible d’être d’accueil pour des dirigeants dont « la tête est mise à prix » ou « recherchée », comme présentement les dirigeants du Hamas que l’Etat Hébreu cherche à éliminer avec le soutien des Etats-Unis.

Exfiltration des dirigeants du Hamas de Gaza vers l’Algérie : quels objectifs ?

Au début de la guerre du Golfe, en 1990, des informations avaient fait état de la possible retraite en Algérie du dirigeant irakien d’alors, le défunt Saddam Hussein. Durant le règne du président tunisien Zine-al-Abidine Ben Ali, son farouche opposant, Rached Ghannouchi avait longtemps séjourné en Algérie.

Même si l’initiative du Think Tank saoudien devrait avoir au préalable l’onction des hautes autorités saoudiennes et françaises auxquelles le plan a été soumis, la question est de savoir quelles sont les considérations qui sous-tendent le choix porté sur l’Algérie pour accueillir éventuellement les dirigeants du Hamas.

L’Algérie a-t-elle été sollicitée ? Qu’elle serait son attitude vis-à-vis d’une éventuelle proposition ? S’agit-il d’un ballon sonde ?

Connue pour son soutien indéfectible à la cause palestinienne, l’Algérie a toujours plaidé pour une solution à deux Etats avec le retour aux frontières de 1967 et El Qods comme capitale de l’Etat palestinien.

Elle s’est souvent employée à aider les Palestiniens à transcender leurs divergences, – comme l’a illustré la tentative de réconciliation entre factions palestiniennes lors du sommet arabe d’Alger en novembre 2022- et à renforcer l’action arabe en faveur d’une solution juste au conflit en Palestine.

 Aussi, elle a souvent accueilli les dirigeants politiques palestiniens dans leurs diverses tendances. Vu sous cet angle, il est peu probable que l’Algérie adhère à la démarche, sans une approche d’une solution globale à la question palestinienne au-delà du cessez-le-feu au demeurant une urgence absolue.

Faute de quoi, l’évocation d’Alger comme la destination la mieux indiquée pour les dirigeants « sécuritaires et militaires » du Hamas, qui ne font probablement pas l’unanimité auprès de certaines capitales arabes, peut prêter le flanc à des interprétations en tentant d’accréditer l’idée d’un pays irréductible, irrémédiablement hostile non seulement à Israël, mais aussi aux juifs d’une manière générale.

Les adversaires de l’Algérie ont d’ailleurs tenté de noircir l’image du pays en le présentant comme un pays antisémite parce qu’il soutient le droit du peuple palestinien à disposer d’un Etat pour y vivre en paix. L’Algérie, de par son histoire, soutient aussi le droit de tous les peuples dont celui du Sahara occidental, à l’indépendance.

L’Algérie, qui a été toujours une terre d’accueil des opprimés, a réitéré à maintes reprises ses conditionspour une solution diplomatique au conflit israélo-palestinien : la création d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967 avec comme Al Qods comme capitale.

Sans une solution définitive à ce conflit, il serait difficile pour l’Algérie de participer à un quelconque plan dont il est difficile de situer les objectifs.

Cela sans compter les pressions auxquelles, si cela advenait, elle serait soumise. Mais quoi qu’il en soit, il ne s’agit pour l’heure que d’un plan d’un think tank que rien ne dit qu’il risque d’aboutir.

Car, le constat est unanime : un éventuel cessez-le-feu ou la mise sur rail d’une solution à un problème vieux de 75 ans dépend dans une large mesure, pour ne pas dire exclusivement, de la volonté de Washington.

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