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Face à la crise pétrolière, l’Exécutif dégaine des mesures qui risquent de s’avérer insuffisantes

Face à la crise pétrolière, l’Exécutif dégaine des mesures qui risquent de s’avérer insuffisantes

L’opinion nationale attendait avec impatience et curiosité les réactions du gouvernement face aux perspectives d’aggravation de la crise économique et financière portées par la chute brutale des prix pétroliers. Elles sont venues dès hier 10 mars à travers une réunion extraordinaire d’une grande partie de l’Exécutif convoqué à la présidence de la République dans le but de procéder « à l’évaluation de la situation économique, au lendemain de la chute drastique du prix du baril de pétrole sur le marché international ».

La rapidité de cette réaction est à porter au crédit du gouvernement qui n’a certainement pas voulu rester sur l’impression de déconnexion avec la réalité économique laissée par le dernier Conseil des ministres du dimanche 8 mars.

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Dans les circonstances actuelles, on portera également au crédit du Premier ministre lui-même la clarté de son diagnostic sur la réalité de la situation économique de notre pays.

Même si Abdelaziz Djerrad prend la précaution d’en attribuer la responsabilité aux gouvernements précédents, il décrit dans une interview à l’APS, publiée elle aussi le mardi 10 mars, « une situation catastrophique sur tous les plans » caractérisée notamment par « une situation financière du pays très fragile, marquée par de profonds déséquilibres au plan interne et externe ».

A l’image de ce que beaucoup d’économistes algériens signalent depuis de nombreuses années, le Premier ministre relève que les réserves de change de l’Algérie « ont baissé de plus de 116 milliards de dollars entre 2014 et 2019 et le déficit du Trésor a atteint en moyenne un niveau de 10% du PIB ».

Il trouve également les mots justes pour décrire « un système de retraites en quasi faillite avec des déficits cumulés qui ont atteint, à fin 2019, 2500 milliards de DA et dont le financement est assuré par des avances du Trésor ».

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Maintien des engagements de l’Etat en dépit de la chute du pétrole

Malheureusement, si on en juge par le communiqué rendu public hier soir par la présidence de la République, les mesures préconisées par l’Exécutif risquent de ne pas être à la hauteur de ce diagnostic globalement exact et des enjeux portés par la crise actuelle.

Le ton a été donné par le président Tebboune qui a invité les membres du gouvernement à ce qui s’apparente à une véritable quadrature du cercle en « prenant toutes les dispositions qui s’imposent pour juguler les effets de cette conjoncture adverse sur l’économie nationale sans que le citoyen ne soit en aucun cas touché ni dans son revenu, ni dans son quotidien ».

Le résultat le plus concret de cette réunion extraordinaire sera donc la confection « immédiate » d’une Loi de finances complémentaire qui devrait maintenir globalement les engagements de campagne du président Tebboune.

C’est en tout cas ce que semble indiquer le Premier ministre en évoquant notamment « la préparation en cours de la Loi de finances complémentaire pour 2020 afin de dégager les financements nécessaires aux actions urgentes et prioritaires ».

Abdelaziz Djerrad assure que « face aux incertitudes qui pèsent sur les perspectives économiques dans le monde en raison de l’épidémie du Coronavirus et de la baisse des prix du pétrole, le gouvernement s’attelle à gérer, d’une manière prudentielle et rationnelle, les finances du pays avec, comme priorité, le maintien de l’engagement de l’Etat dans le financement du développement ».

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Évoquant la taxation au réel des revenus des professions libérales, il précise que « le PLFC 2020 prévoit l’annulation des mesures discriminatoires contenues dans la LF 2020 ».

Le Premier ministre confirme également « la régularisation de la situation des employés émargeant sur le dispositif DAIP (plus de 400 000) qui a fait l’objet d’un examen minutieux par le gouvernement ».

Grosse cerise sur le gâteau, le gouvernement a également « examiné et levé les contraintes rencontrées dans la réalisation du programme national de logement, notamment celles liées au foncier et au financement et envisage la distribution de 450.000 logements et aides d’ici fin 2020, dont 70.000 unités, tous segments confondus, seront distribués durant le mois de mars 2020 ».

« L’Etat a les moyens de faire face à la crise »

Pour l’Exécutif algérien, acculé à une véritable impasse par la situation politique du pays et les promesses du programme présidentiel, tout se passe en réalité comme si la crise n’existait pas.

Le communiqué très martial de la présidence fixe le cap de ce que sera l’action du gouvernement au cours des prochains mois : « Face à une conjoncture qui reste difficile, l’Etat dispose des moyens nationaux pour faire face ».

C’est à peine si le ministre des Finances a été invité à inclure dans la prochaine LFC « des mesures à même de contrer les effets financiers générés par la crise actuelle et recouvrer les recettes fiscales et douanières non perçues ». Il a également été chargé « d’accélérer le processus de création de banques privées islamiques et autres ».

Pas un mot sur une éventuelle dévaluation du dinar. Le président de la République a également « rejeté de manière ferme le recours à l’endettement extérieur et au financement non conventionnel ». Ce qui semble constituer un recul spectaculaire par rapport à la Loi de finances 2020.

Il faut donc s’attendre pour 2020 à un déficit budgétaire record dont on ne connait pas encore les conditions de financement. Dans ce domaine, les seules mesures évoquées par le communiqué de la Présidence paraissent assez dérisoires.

Elles invitent la Banque d’Algérie à « verser à la réserve légale en or toutes les saisies douanières ainsi que le Fond de solidarité nationale qui étaient gelés depuis plusieurs décennies à des niveaux qui ne leur permettaient pas de servir de garantie ». Le gouverneur de la BA a également été chargé de « veiller au remboursement des prêts accordés par les banques dans le cadre d’investissements privés ».

Les réserves de change jusqu’à épuisement

Dans l’esprit du communiqué de la présidence publié hier soir, cette capacité présumée de l’Etat algérien à faire face à la crise ne se limite pas au financement du budget. Elle s’étend également aux financements extérieurs.

C’est dans ce sens que « des instructions ont été données au ministre du Commerce pour une gestion intelligente des importations sans que le citoyen ou l’économie nationale ne soient privés de quoi que ce soit, sachant que l’Etat dispose de moyens suffisants pour les années 2020 et 2021 pour ne pas subir des pénuries d’intrants industriels ou de produits nécessaires à la vie du citoyen ».

Dans ce contexte, les réserves nationales de change, qui sont désormais inférieures à 60 milliards de dollars, continueront à être consommées au cours des deux prochaines années. Compte tenu des cours pétroliers anticipés pour cette période par la plupart des analystes, elles pourraient même être épuisées avant la date évoquée par le communiqué de la Présidence.

Dans l’intervalle, l’Exécutif affiche des ambitions dont on peut apprécier le réalisme. Le chef de l’Etat a ainsi « instruit le ministre de l’Agriculture pour augmenter la production nationale afin de réduire d’au moins 50% l’importation de produits de consommation humaine et animale ».

Quand au ministre de l’Industrie, il est invité « à mettre immédiatement en place tout le dispositif qui permette une production nationale basée sur une intégration d’au moins 70% de l’industrie légère jusque-là maintenue artificiellement par la formule du CKD/SKD et de relancer la construction mécanique avec un taux d’intégration, au départ, d’au moins 35% ».


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