
On comprend mieux pourquoi la question de la restitution des archives sur la guerre d’Algérie, retenue par la commission mixte d’historiens, n’avance pas et que cette commission est elle-même à l’arrêt.
Près de 65 ans après l’indépendance, une partie de la classe politique et de l’administration françaises s’oppose toujours au libre accès aux archives liées à la guerre d’Algérie, notamment celles qui racontent les exactions et les crimes de l’armée coloniale.
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Le journal Le Monde raconte comment des forces de l’ombre parviennent même parfois à contrarier des décisions politiques actées en faveur de la déclassification des archives.
Le président français Emmanuel Macron aspirait à ouvrir les archives dans le cadre de sa politique mémorielle, mais il a été rattrapé par “des vents contraires au sein de l’appareil d’État”. “Il y a un retour de bâton sur la question des archives lié à une atmosphère générale de la société et de la politique en France”, explique l’historien Maurice Vaïsse au journal Le Monde.
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Archives de la guerre d’Algérie : un officier-historien français dans la tourmente
Le cas d’un chercheur militaire est emblématique. Romain Choron est diplômé de Saint-Cyr et auteur d’une thèse sur “la guerre souterraine menée en Algérie”, par l’armée française en se servant d’armes chimiques contre les réseaux de grottes de l’Armée de libération nationale (ALN).
Les choses se sont compliquées en 2019 lorsque l’officier, à la demande de sa hiérarchie, a transmis une note d’étape sur ses travaux.
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Un signalement est alors fait au bureau du Premier ministre, dénonçant une “compromission du secret de la défense nationale”, suivi d’une enquête de la DGSI (sécurité intérieure), puis une perquisition ordonnée par le procureur. L’officier-historien s’est vu reprocher d’avoir consulté “des documents classifiés et de ne pas avoir demandé la classification de la note qu’il a produite”.
Un autre historien, Christophe Lafaye, fait lui aussi face à des obstacles dans ses enquêtes sur “la guerre chimique menée par l’armée française en Algérie dans les grottes”, selon le même média.
Tensions entre “deux forces contraires”
Le Monde souligne que tout cela survient dans un contexte de crispation du dossier mémoriel depuis deux décennies. Face aux révélations qui ont commencé au début des années 2000, “les gardiens ombrageux du secret d’État ont peaufiné la riposte”.
“La tension entre deux forces contraires – partisans de l’ouverture des archives et tenants de la sanctuarisation des fonds les plus sensibles – a culminé avec la politique mémorielle d’Emmanuel Macron sur l’Algérie”, constate le journal.
Les ennuis de Romain Choron ont d’ailleurs suivi la reconnaissance en septembre 2018 par Emmanuel Macron de la responsabilité de l’armée française dans la mort de Maurice Audin. C’est “le catalyseur de la crise”, lit-on dans l’article du Monde.
M. Macron avait annoncé dans la foulée une ouverture des archives sur les disparus, et, juste après, “les conditions de déclassification de documents consultables mais tamponnés du secret-défense se durcissaient”.
Dès juillet 2019, les services des archives ont été instruits par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, relevant du Premier ministre, d’appliquer “à la lettre” une instruction générale interministérielle datant de 2011 sur le secret-défense, après une décennie de “laxisme” qui a laissé la déclassification se faire “au carton” et non “au feuillet” comme l’exigeait la note.
Archives de la guerre d’Algérie : “Les vigies du secret d’État reviennent par la fenêtre”
Le Conseil d’État a annulé la note en juillet 2021 et acté le retour au code du patrimoine révisé en 2008 qui rend consultable de plein droit les archives dont les délais d’incommunicabilité ont expiré.
Mais ceux que le Monde désigne comme “les vigies du secret d’État” sont revenus “par la fenêtre” avec l’adoption, pendant le même mois, d’une loi relative à la prévention des actes de terrorisme et au renseignement, dans laquelle une clause a prévu de “verrouiller la communicabilité de certaines catégories de documents”, concernant notamment les sites sensibles (pénitentiaires, nucléaires, diplomatiques, hydrauliques), les matériels de guerre, les techniques de renseignement et les moyens de dissuasion nucléaire. Avec cette loi, révéler par exemple des vérités sur la disparition des militants indépendantistes algériens revient à dévoiler des “techniques de renseignement”…