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Front social : coup de bluff et « lignes rouges »

La carotte, le bâton, puis de nouveau la carotte. Pour casser les mouvements de grève des médecins résidents et des enseignants du Cnapeste, le gouvernement aura tout tenté.

Un moment, on a cru que le cap de la fermeté, pour ne pas dire de la répression, était définitivement pris dans la gestion de ces conflits sociaux qui empoisonnent la vie nationale depuis plusieurs mois.

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Le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, après plusieurs rounds de dialogue avec les futurs spécialistes et autant de propositions d’allègement du service civil, toutes rejetées, a essayé la manière forte en frappant au portefeuille des grévistes.

Son homologue de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit, est allée à l’extrême en signifiant à des centaines d’enseignants la décision de leur radiation. Avant eux, c’est le MDN qui a refroidi les ardeurs des retraités de l’institution par un communiqué d’une fermeté martiale.

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À l’annonce d’actions « d’envergure » pour ce lundi 12 février par le Camra et le Cnapeste, il était donc légitime de se tenir le ventre. D’un côté, des syndicats déterminés à aller au bout de leurs revendications et, de l’autre, des autorités décidées à appliquer « la loi dans toute sa rigueur », quitte à user de la matraque et d’autres outils dissuasifs. Soit, tous les ingrédients d’un cocktail explosif.

Mais ces appréhensions seront dissipées dès les premières heures de la matinée. D’abord par un autre membre du gouvernement, resté jusque-là en retrait alors qu’il devait être en première ligne dès le début : le ministre du Travail.

En recevant des représentants des enseignants grévistes, Mouard Zemali a tenu un inattendu discours conciliant, les invitant à « reprendre le travail dans l’intérêt des élèves » et « à continuer à demander la satisfaction de leurs revendications ».

Certes, M. Zemali a signifié à ses interlocuteurs que « toutes les lignes rouges ont été dépassées » et que « la grève illimitée n’existe pas dans la loi », mais on est loin du ton ferme et menaçant adopté par plusieurs ministres la semaine passée dans ce qui semblait être une action concertée au niveau du gouvernement.

Quelques heures plus tard, c’est à un véritable coup de théâtre qu’on assistera dans les rues d’Alger. À défaut de voir leur mouvement cassé par la détermination de la tutelle, ce sont les médecins résidents qui briseront l’interdiction des marches dans la capitale.

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Ce lundi 12 février, le Camra a réussi à tenir un imposant rassemblement devant le Parlement et même à marcher jusqu’à l’esplanade de la Grande poste, devant un dispositif policier impressionnant qui a laissé faire, dans une capitale, où les marches sont interdites depuis 2001.

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Une première depuis la démonstration de force des gardes communaux à la place des Martyrs en 2011. On peut bien expliquer cette attitude des forces de l’ordre par le souci de leur hiérarchie d’éviter la réédition des images désolantes de la répression du rassemblement du 3 janvier au CHU Mustapha, tout comme elle peut être mise sur le compte d’un recul du gouvernement dans sa stratégie de fermeté vis-à-vis des syndicats frondeurs.

C’est d’autant plus plausible que les décisions de radiation d’enseignants à Blida n’ont jamais été exécutées, à en croire un représentant du Cnapeste.

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Quelle lecture faut-il en faire ? Le gouvernement bluffait-il en brandissant le glaive de la radiation et d’autres châtiments à l’encontre des protestataires ou une énième évaluation de la situation l’a-t-elle amené à préférer ne pas jeter de l’huile sur le feu déjà ardent de la contestation ?

Entre le souci d’éviter à tout prix une contagion préjudiciable et l’impératif de s’épargner une escalade aux conséquences encore plus désastreuses, l’Exécutif ne semble plus savoir où donner de la tête ni comment s’y prendre.

Il est vrai que la conjoncture économique est difficile et l’équilibre du front social extrêmement précaire. La moindre concession donnera des idées aux syndicats des autres corporations et une seule décision maladroite peut se transformer en une étincelle qui embrasera tout.

Pendant ce temps, la grève du Cnapeste dure depuis le 30 janvier à l’échelle nationale et depuis la fin novembre dans certaines wilayas, tandis que le mouvement des médecins résidents est en passe de boucler son troisième mois, et toujours pas la moindre esquisse de règlement. Pourtant, une voie de sortie de crise devrait bien exister quelque part…

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