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Grèves, désobéissance et retour du président : chronique d’une nouvelle journée peu ordinaire

Grèves, désobéissance et retour du président : chronique d’une nouvelle journée peu ordinaire

Dimanche 10 mars. Au surlendemain des grandioses marches de vendredi 8, l’Algérie s’est réveillée avec beaucoup d’appréhensions et d’espoir. Les appréhensions sont nées des appels anonymes à la désobéissance civile qui devait donc commencer ce dimanche avec une grève générale dans tous les secteurs.

Jusque-là, le mouvement de contestation s’est limité à des marches pacifiques qui ont émerveillé tout le monde. Vendredi passé, les Algériens ont marché en masse pour la troisième fois de suite et il n’y a presque eu aucun incident. Passer à une autre forme d’action suscite forcément des craintes. Qu’en sera-t-il du sort du mouvement et surtout du quotidien des gens ?

Dans la matinée, beaucoup de commerces à Alger n’ont pas ouvert. Des échos parvenus de l’intérieur du pays font état de grèves un peu partout, avec par endroits des opérations ville morte. Beaucoup de travailleurs d’entreprises publiques ou privées, comme Sonatrach, les ports ou Cevital, ont débrayé.

Le taux de suivi du mot d’ordre est globalement mitigé. Sur les réseaux sociaux les appels à ne pas aller vers ce moyen de lutte extrême se multiplient. Ils émanent de personnalités fortement impliquées dans le mouvement de contestation, comme le journaliste Hafid Derradji ou l’avocat Mustapha Bouchachi qui a fait part de sa crainte de voir la désobéissance civile diviser le peuple, jusque-là uni que ce soit autour des objectifs ou des moyens d’action.

Les bousculades et files d’attente redoutées n’ont pas eu lieu, mais on a assisté aux premiers actes de désobéissance véritable lorsque plusieurs recteurs d’université ont refusé d’appliquer une circulaire du ministère de l’enseignement supérieur portant mise en vacances des étudiants à partir d’aujourd’hui. Les enseignants se sont aussi rangés du côté des étudiants en rejetant lé décision ministérielle destinée à affaiblir le mouvement populaire.

Ce dimanche, les lycéens se sont aussi mis de la partie, ainsi que les collégiens. A Alger, ils ont déserté les cours pour allumer des heures durant la place Maurcie Audin avec leurs chants demandant le départ de Bouteflika.

Pendant ce temps, les regards étaient braqués sur Genève d’où l’avion présidentiel devait décoller dans l’après-midi. Bouteflika était hospitalisé en Suisse depuis le 24 février et son retour au pays a suscité un espoir de dénouement de la crise. Depuis la matinée, des rumeurs ont couru. On a parlé de mesures fortes, comme la dissolution du parlement avec ses deux chambres et la nomination d’un gouvernement provisoire.

Les acteurs politiques ont continué pendant toute la journée à formuler des propositions de sortie de crise. Même le FLN, muet depuis une semaine, a fait part de contacts avec d’autres partis afin d’arriver à sortir de la crise « avec le minimum de dégâts ».

Le chef de l’armée, dont la moindre parole est analysée et décortiquée depuis le début de la crise, a encore parlé, mais son discours fut aussi énigmatique que les précédents et n’a pas permis d’en savoir davantage sur la position de la grande muette par rapport au mouvement populaire.

A 16h, les Algériens ont suivi en direct à la télévision le décollage de l’avion présidentiel du tarmac de l’aéroport de Genève. Il est attendu à Alger vers 18h. On ne sait pas dans quel état le président est rentré ni si sa mallette contient un discours qui sera lu au 20h de l’ENTV. L’Algérie retient son souffle.


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