
L’Algérie est un sujet très sensible en France. Il a suffi d’une phrase prononcée par Emmanuel Macron pour qu’une vive polémique éclate.
Le président français a qualifié ce lundi 27 avril les partisans d’une rupture avec l’Algérie de « Mabouls ». Ceux qui se sont sentis visés ont vite réagi et la guerre franco-française sur l’Algérie est relancée !
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« Allez le dire à tous les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie », a répliqué Emmanuel Macron, en visite dans l’Ariège, à un médecin algérien qui soulevait devant lui la situation des praticiens formés à l’étranger, appelés les Padhue. L’Algérie est le principal pourvoyeur de médecins pour la France.
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Bruno Retailleau : « Un faux prétexte pour dissimuler les vrais problèmes »
Le premier à réagir est sans surprise Bruno Retailleau. Le président des Républicains était le défenseur le plus acharné d’une ligne dure avec l’Algérie lorsqu’il était ministre de l’Intérieur entre septembre 2024 et octobre 2025.
« Aujourd’hui, Emmanuel Macron s’en est pris à ceux qui, comme moi, sont partisans de la fermeté avec l’Algérie (…) Je veux lui répondre calmement mais fermement : ce faux prétexte ne vise qu’à dissimuler les vrais problèmes », a écrit Retailleau dans un communiqué.
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Ségolène Royal, présidente de l’association France – Algérie, tacle le président Emmanuel Macron sur l’Algérie.
« Emmanuel Macron s’en prend
aux « mabouls» qui veulent durcir les relations avec l’Algérie, en découvrant
les milliers de soignants algériens. Mais c’est lui qui a…— TSA Algérie (@TSAlgerie) April 27, 2026
Soulignant que « le problème, ce ne sont pas les médecins algériens, mais les centaines d’OQTF dangereux qui n’ont plus rien à faire en France », le candidat à l’élection présidentielle de 2027 a rappelé que le rôle d’un président de la République est d’« affronter les vrais problèmes, avoir le courage de la fermeté, pour que les Français soient protégés et la France respectée ».
Ségolène Royal : « C’est lui qui a durci »
En attendant sans doute les chefs du Rassemblement national et de toute l’extrême-droite, François-Xavier Bellamy a lui aussi réagi. Le numéro 2 des Républicains a fustigé ce qu’il a appelé « la faiblesse revendiquée au sommet de l’État, en arabe dans le texte », en référence au terme « maboul ».
« Faute d’avoir le courage d’être ferme avec les dirigeants algériens, le président préfère insulter les Français qui refusent de se renier », a écrit Bellamy sur X, se félicitant du fait qu’il ne reste « plus qu’un an à subir avant que la France puisse à nouveau faire simplement respecter sa parole et ses citoyens ».
Le régime algérien insulte la France en permanence, refuse de reprendre ses ressortissants illégaux, agresse ses opposants réfugiés sur notre sol, détient toujours en otage un journaliste français. Mais pour le président, les « mabouls » sont ceux qui en France qui refusent… https://t.co/JYga6frpDB
— Fx Bellamy (@fxbellamy) April 27, 2026
Les critiques envers Emmanuel Macron ont fusé même parmi le camp ami de l’Algérie, où on lui a rappelé ses positions passées. Ségolène Royal a rappelé dans un tweet que « c’est lui qui a durci, dans une lettre du 6 mai 2025 (6 août, ndlr) à Bayrou-Retailleau, avec les conséquences désastreuses sur les soignants et les entreprises. »
E Macron s’en prend aux « mabouls» qui veulent durcir les relations avec l’Algerie, en découvrant les milliers de soignants algériens. Mais c’est lui qui a durci ! Dans une lettre du 6 mai 2025 à Bayrou-Retailleau ! Avec les csq désastreuses sur les soignants et les entreprises pic.twitter.com/nQoXdEhTjQ
— Ségolène Royal (@RoyalSegolene) April 27, 2026
Emmanuel Macron : « Je ne vise personne »
Dans son propre camp, Macron a été conforté par Karim Amellal qui estime même que le terme « maboul » n’est pas trop fort.
« La voix de la raison. Et « mabouls » est un euphémisme. Les intérêts de la France commandent de dialoguer avec l’Algérie, et même d’avoir, comme avec les deux autres pays du Maghreb (voire un peu plus), le dialogue le plus constructif possible », a écrit sur X l’ancien ambassadeur d’Emmanuel Macron à la Méditerranée, d’origine algérienne.
La voix de la raison. Et « mabouls » est un euphémisme. Les intérêts de la 🇨🇵 commandent de dialoguer avec l Algerie, et même d’avoir, comme avec les deux autres pays du Maghreb (voire un peu plus), le dialogue le plus constructif possible. https://t.co/CQiqH5oPdQ
— Karim Amellal (@karimamellal) April 27, 2026
Amellal a réagi après des explications du président sur ce qu’il a dit dans la matinée. Interpellé par des journalistes, Macron a indiqué que « l’intégralité des médecins qui étaient là aujourd’hui sont des praticiens hospitaliers qui ont été formés hors de France, et qu’on a régularisés après des tests ».
« Donc, a-t-il poursuivi, je pense que c’est très important dans la période qui vient de ne pas accepter l’esprit de réduction, de caricature. C’est important de pouvoir coopérer avec des pays en ayant un dialogue exigeant, en défendant nos intérêts, c’est ce qu’on fait, en étant respectueux de chacun. »
La politique étrangère, ce n’est pas un coup de menton, c’est la prise en compte des intérêts, des réalités et des rapports de force. C’est plus compliqué qu’une cour de récréation ou qu’un plateau de @CNEWS https://t.co/cOlrlgESmT
— Gérard Araud (@GerardAraud) April 27, 2026
Le président français a ajouté que la situation internationale montre qu’il faut être « loin de toutes les caricatures, être plutôt dans le dialogue, avancer, être respectueux, faire respecter aussi nos droits, c’est ce qu’on fait sur beaucoup de sujets ». « Je signalerai aussi que pour faire tourner nos services publics, on a parfois besoin de leurs ressortissants », a-t-il dit, en faisant allusion évidemment à l’Algérie.
Interrogé s’il visait Bruno Retailleau, Emmanuel Macron a nié catégoriquement : « Non, je ne vise personne. Je suis dans une approche positive, j’ai dit qu’on a besoin de ces femmes et de ces hommes qui servent notre pays. Je ne vise personne. »