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Guerre contre l’Iran : le paradoxe des monarchies du Golfe

Les pays du Golfe sont dans l’œil du cyclone. Depuis le début de la guerre contre l’Iran, ils font partie des victimes collatérales du conflit.

Guerre contre l’Iran : le paradoxe des monarchies du Golfe
Les monarchies du Golfe se trouvent entre la pression américaine et les missiles iraniens / Par Fluffthecat | Dreamstime.com pour TSA
Riyad Hamadi
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Les monarchies du Golfe se retrouvent malgré elles aux avant-lignes de la guerre que mènent Israël et les États-Unis à l’Iran depuis le 28 février.

Alors que l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et les autres États de la région jouent la prudence, se sachant les plus exposés en cas d’enlisement du conflit, Washington et Tel-Aviv font le pressing pour les entraîner dans la guerre.

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Pour le moment, ils résistent aux sirènes de la guerre, mais jusqu’à quand ? Les interrogations tournent aussi sur l’avenir de la relation entre la région et l’Occident après cet épisode qui aura démontré que la protection du bouclier américain -et Israélien pour ceux qui ont franchi le pas de la normalisation- est plus une illusion qu’une garantie de paix et de sécurité. Et que dans l’équation de la géopolitique actuelle du Moyen-Orient, c’est toujours Israël qui gagne.

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L’Iran réplique depuis le début de la guerre aux frappes américaines et israéliennes par des attaques contre les bases US disséminées dans les pays du Golfe.

Sans même être attaqués directement, ces pays subissent des dégâts considérables, principalement dans la chute des débris de missiles et de drones que leurs armées abattent pour les empêcher d’atteindre les bases américaines.

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Le préjudice économique sur le long terme risque d’être très lourd pour des pays qui ont tout basé sur leur image de destination sûre pour les touristes, les fortunés de toute la planète et les capitaux.

Les fortunés pensent à fuir Dubaï

C’est le cas notamment des Émirats arabes unis, chantre des accords d’Abraham et de la normalisation avec Israël, qui subissent de plein fouet les premières conséquences de la guerre.

Les résidents de luxe de Dubaï et d’Abou Dhabi fuient dans la précipitation, mais pas sans leur argent. Selon l’agence Reuters, les fortunés asiatiques se pressent pour transférer des actifs des banques émiraties vers Singapour.

Il n’est pas sûr que tous reviendront après une telle expérience. La même agence a rapporté ce mercredi 11 mars que la banque britannique Standard Chartered a évacué ses bureaux à Dubaï.

Le pire est peut-être à venir si Donald Trump réussit à convaincre les dirigeants de la région d’entrer dans une guerre frontale avec l’Iran. Washington continue à présenter ce qui se passe comme une attaque de l’Iran contre les pays du Golfe.

Les monarchies du Golfe entre la pression américaine et les missiles iraniens

« L’ambassade américaine est en cours d’évacuation à Riyad en raison des attaques soutenues de l’Iran contre le Royaume d’Arabie Saoudite », a écrit sur X le sénateur républicain Lindsey Graham. Le va-t-en-guerre notoire fait du chantage à peine voilé à l’Arabie Saoudite, qui dispose de la plus forte armée de toutes les monarchies de la région.

« Pourquoi les États-Unis devraient-ils conclure un accord de défense avec un pays comme le royaume d’Arabie Saoudite qui refuse de se joindre à un combat d’intérêt commun ? », s’est-il interrogé.

« Si vous n’êtes pas prêts à utiliser votre armée maintenant, quand serez-vous prêts à le faire ? Espérons que cela change rapidement. Sinon, il y aura des conséquences », a menacé le parlementaire américain.

La prudence de Ryad et des autres a une explication. Leurs dirigeants semblent avoir bien lu la situation, les éventuels impacts de la guerre et la stratégie de Tel-Aviv. Turki Al Faisal, ancien patron du renseignement saoudien, a fait des révélations dans ce sens.

Selon lui, les pays du Golfe ont depuis longtemps mis en garde les États-Unis contre toute action militaire et les conséquences qu’elle entraînerait, et que « l’Iran riposterait contre la présence américaine dans toute la région, qui s’étend à tous les États du Golfe, et même jusqu’à la Turquie ».

« La guerre de Netanyahu »

Pour Turki Al Faisal, ce qui se passe, « c’est la guerre de Netanyahu », qui, rappelle-t-il, a effectué sept voyages aux États-Unis pour convaincre Donald Trump de frapper l’Iran.

Si le Premier ministre israélien agit ainsi, c’est pour détourner les regards de ce qui se passe sur le terrain en Palestine, estime le prince saoudien.

En interne, Netanyahou « veut modifier la constitution israélienne afin de pouvoir entreprendre tout ce qu’il souhaite sans contrôle ».

Cette analyse rejoint en quelque sorte celle faite début mars par le diplomate algérien Abdelaziz Rahabi, qui a estimé que l’escalade en cours ne profite qu’à Israël.

Cette guerre va consolider « la rente d’Israël », qui se présente comme « le bouclier de la région contre le programme nucléaire de l’Iran » et affirmera désormais son statut de « représentant exclusif des intérêts stratégiques » des États-Unis dans la région », a analysé l’ancien ministre algérien.

Le vice-président du Conseil de sécurité de la Russie, Dmitri Medvedev, qui est connu pour ses phrases expéditives, pointe le paradoxe des pays du Golfe.

« Les pays arabes du Golfe ont autorisé l’implantation de bases américaines sur leur territoire. Naïvement, ils s’attendaient à être protégés. Quelle erreur ! Les États-Unis se servent de ces bases pour protéger un seul pays. Réfléchissez bien : avez-vous vraiment besoin de bases américaines ? Ce n’est pas une protection, c’est une menace », a-t-il écrit sur X.

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