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Halal, haram, droits, devoirs : ce que l’on ne dit pas du mariage en islam

Dans cette contribution, Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Villeurbanne, alerte sur l’explosion du nombre de divorces chez les musulmans en France

Halal, haram, droits, devoirs : ce que l’on ne dit pas du mariage en islam
Explosion des divorces chez les musulmans en France / Par Emir Isovic de Pexels
Azzedine Gaci
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Clock 3 minutes de lecture

CONTRIBUTION. Divorces précoces, couples en crise, imams débordés : et si notre discours sur le mariage en islam avait oublié l’essentiel ?

À peine mariés, ils divorcent. Le nombre de divorces a explosé parmi les couples musulmans en France.

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Hausse des divorces parmi les couples musulmans en France : les imams en première ligne

Dans les mosquées, les imams sont de plus en plus souvent appelés à régler des conflits conjugaux pour lesquels ils ne sont pas formés.

Au lieu de contribuer à apaiser les tensions et à resserrer les liens du couple, ils peuvent parfois, malgré eux, les aggraver, en tenant un discours très technique, presque exclusivement centré sur le licite et l’illicite. Cela témoigne d’une connaissance encore insuffisante des dimensions éthiques, humaines et spirituelles du mariage en islam. Comme si connaître les règles du mariage suffisait à savoir vivre à deux.

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Une très grande partie de la littérature musulmane consacrée au mariage est centrée sur les droits et les devoirs. On y trouve beaucoup de règles, d’obligations, d’interdits… mais étonnamment peu de choses sur l’amour, la tendresse, la complicité, la paix intérieure, la miséricorde, l’écoute et l’harmonie conjugale.

Pourtant, lorsque le Coran évoque le mariage, son vocabulaire est profondément spirituel et humain : « Parmi Ses signes, Il a créé pour vous, de vous-mêmes, des épouses auprès desquelles vous trouvez la tranquillité, et Il a établi entre vous affection et miséricorde ». (Coran, 30:21)

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Sakîna (apaisement), mawadda (affection) et rahma (miséricorde) : voilà les notions qui devraient être au cœur de notre réflexion sur le mariage.

Un discours trop centré sur le contrat

Que transmettons-nous trop souvent aux jeunes musulmans lorsqu’ils se préparent au mariage ? Une longue liste de droits et de devoirs, comme si le mariage était avant tout un contrat juridique à gérer, plutôt qu’une relation humaine et spirituelle à construire.

J’ai longtemps pensé que cette approche concernait principalement les sociétés musulmanes traditionnelles, notamment dans les pays arabes. Je constate aujourd’hui, avec une certaine tristesse, qu’elle est également très présente en Europe, et plus particulièrement en France.

Le plus préoccupant, dans tout cela, c’est que les institutions musulmanes, et plus particulièrement les imams, tombent eux aussi, parfois en première ligne, dans ce piège.

En reproduisant inlassablement un discours centré presque exclusivement sur les droits et les devoirs, ils risquent d’enfermer les jeunes dans une vision du mariage réduite à une logique juridique et normative, et de les détourner de sa dimension humaine, affective et spirituelle.

Le droit ne suffit pas à faire un foyer

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer le droit à l’amour, ni de nier l’importance des droits et des devoirs. Mais un mariage ne se construit pas uniquement avec des règles juridiques.

On peut connaître parfaitement les droits de son conjoint et être incapable de lui donner de la tendresse.
On peut connaître tous ses devoirs et ne jamais savoir écouter.

On peut savoir ce qui est halal et haram et pourtant rendre son conjoint profondément malheureux. La question n’est donc pas seulement : « Quels sont mes droits et quels sont tes devoirs ? »

La question devrait aussi être :

Est-ce que je suis pour toi une source de tranquillité ?

Est-ce que tu te sens aimé(e) auprès de moi ?

Est-ce que je suis un refuge pour toi, comme tu peux l’être pour moi ?

Est-ce que notre foyer est un lieu de miséricorde ?

Car le mariage n’est pas seulement un statut juridique. C’est une relation qui se construit chaque jour, par les paroles, les gestes, l’écoute, le pardon, la bienveillance et la capacité à prendre soin de l’autre.

Former des imams capables d’accompagner les couples

Il est peut-être temps de rééquilibrer profondément notre discours sur le mariage. Le mariage en islam n’est pas seulement une affaire de halal et de haram. C’est aussi une affaire de sakîna, de mawadda et de rahma : de tranquillité, d’affection et de miséricorde, comme nous le rappelle si justement le Coran.

Les parents doivent prendre conscience de la façon dont ils transmettent ces valeurs à leurs enfants. Quant aux imams, il est urgent que leur formation intègre pleinement ces dimensions du mariage, ainsi que des éléments de psychologie, de thérapie conjugale et de vie de couple.

Car un imam peut parfaitement maîtriser les règles du mariage et être démuni face à un couple qui ne communique plus, à une épouse qui ne se sent plus aimée, à un mari qui ne sait plus comment dialoguer avec sa femme, ou à deux personnes qui ont perdu toute confiance l’une envers l’autre.

Il ne s’agit pas de transformer l’imam en psychologue ou en thérapeute. Il s’agit de lui donner les outils nécessaires pour écouter, comprendre ses limites, accompagner avec discernement et orienter, lorsque cela est nécessaire, vers des professionnels compétents.

Nos enfants ne nous demanderont pas si nous connaissions par cœur les droits et les devoirs du mariage. Ils nous demanderont si, à la maison, ils ont vu de la tendresse, entendu des mots doux, et senti que notre foyer était un lieu de paix, d’affection et de miséricorde.

*Azzedine Gaci est le recteur de la mosquée de Villeurbanne


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