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Hocine Aït Ahmed, le long combat d’un homme libre

Des historiens ont apporté leurs témoignages sur le personnage de Hocine Aït Ahmed, révélant des facettes peu connues de cette grande figure de la Révolution algérienne.

Hocine Aït Ahmed, le long combat d’un homme libre
Hocine Aït Ahmed fut un personnage aux multiples facettes / Source : Facebook Sofiane Benyounes pour TSA
Sonia Lyes
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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Temps de lecture 3 minutes de lecture

Révolutionnaire précoce, diplomate visionnaire, intellectuel rigoureux et militant infatigable des droits de l’Homme, Hocine Aït Ahmed demeure, dix ans après sa disparition, comme un personnage dont le parcours interroge, inspire et confine au respect et à l’admiration.

À l’occasion du centenaire de sa naissance (1926-2026) et de celui de l’Étoile nord-africaine, un colloque international sous le titre : « Hocine Aït Ahmed : trajectoire d’un combat politique et héritage d’une œuvre intellectuelle » lui a été consacré par son parti le FFS, deux jours durant à Alger, réunissant historiens, intellectuels et militants de divers horizons.

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Un hommage scientifique et politique à la hauteur d’un homme, dont le combat n’a jamais cessé de lier indépendance nationale, démocratie et dignité humaine.

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Le message d’Edgar Morin

Et rien de plus emblématique de la stature de l’homme que cette reconnaissance venue d’une voix morale universellement respectée.

Dans un message adressé au colloque, Edgar Morin, sociologue et philosophe, membre d’honneur de la Fondation Hocine Aït Ahmed et parrain scientifique de la rencontre, a tenu à exprimer « sa haute estime et admiration pour Hocine Aït Ahmed, combattant de l’indépendance, de la liberté et de l’honneur du peuple algérien ».

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Une reconnaissance sobre, mais au poids certain, qui témoigne de la dimension de celui que d’aucuns considèrent comme une grande conscience politique du XXᵉ siècle.

Un parcours aux multiples dimensions

Le constat, partagé par l’ensemble des intervenants, est unanime : Hocine Aït Ahmed fut un personnage aux multiples facettes, dont la trajectoire militante et la force des convictions demeurent des sources d’inspiration pour les générations futures.

Militant de la cause nationale dès sa jeunesse, il fut à la fois homme d’action et penseur, stratège révolutionnaire, diplomate et défenseur constant des droits et libertés. Et pas seulement au niveau national, mais à l’échelle maghrébine et universelle.

« Il n’a jamais rompu avec les militants nationalistes maghrébins, y compris durant les périodes de tensions », a rappelé le sociologue Aissa Kadri, pour qui Aït Ahmed a toujours défendu « l’idée d’un Maghreb uni, mais fondé sur la démocratie, le pluralisme et le refus d’un modèle étatique centralisé de type jacobin ».

Pour l’historien Gilles Manceron, Hocine Aït Ahmed fut « un grand homme qui a marqué l’histoire de son pays, un grand esprit ouvert sur le monde ».

Très tôt, a-t-il rappelé, Aït Ahmed comprend que la guerre de libération ne peut être gagnée par la seule lutte armée. « Face à la puissance de l’armée coloniale et à une violence structurelle intolérable, il fallait mener une autre bataille, celle de l’opinion publique internationale, du droit et de la reconnaissance politique », souligne-t-il.

Une vision qui fera de lui l’un des architectes de la diplomatie révolutionnaire algérienne. Selon lui, l’ancien Président du FFS était convaincu que l’Algérie est « une jonction de plusieurs cultures » et qu’elle doit être « tournée vers le monde, non refermée sur elle-même ».

Au-delà de ces aspects, l’alliance entre pensée et action était une des marques de fabrique du caractère du personnage.

L’historien Amer Mohand Amer rappelle ainsi qu’Aït Ahmed « était un intellectuel et un homme d’action », ayant pris « beaucoup de risques dans sa vie ».

« Souvent malmené, mais finalement reconnu par l’Histoire comme l’un de ses grands hommes ».

L’historien Benjamin Stora a insisté sur la générosité humaine et intellectuelle de Hocine Aït Ahmed.

« Un homme très disponible, un personnage considérable », témoigne-t-il. Benjamin Stora souligne l’importance que le défunt accordait à la transmission de l’histoire, notamment dans les années 1980, lorsque celle-ci était occultée en France et réduite à l’anonymat en Algérie par la formule « un seul héros, le peuple ».

Pour Aït Ahmed, il fallait restituer l’histoire « dans sa complexité, ses personnages, sa chronologie ». Un travail de mémoire indissociable de son engagement pour la démocratie et les droits de l’homme. « C’était un personnage impressionnant et un intellectuel rigoureux et homme engagé pour la démocratie et les droits de l’homme », complète Benjamin Stora.

Patriotisme, démocratie et projet de société

Pour l’historien Mohamed Lahcene Zeghidi, Hocine Aït Ahmed est « un livre ouvert pour le patriotisme et la démocratie », un des principaux fondateurs de la Révolution et de la diplomatie révolutionnaire.

Une lecture partagée par Mustapha Ben Jaâfar, président d’honneur de l’Internationale socialiste, pour qui « parler d’Aït Ahmed, c’est parler d’un projet de société ».

Dans un témoignage personnel et dense à la chaîne Berbère Télévision, Mustapha Ben Jaâfar décrit un leader d’« intégrité, de volonté et de courage politique », capable de faire le lien entre le militant de terrain et le visionnaire qui anticipe.

« Cinquante années de militantisme national et international marquées par la patience, la continuité et la conviction que « rien ne se réalise avec une baguette magique » ».

Pour l’ancien président de l’assemblée constituante tunisienne et ex-SG d’Ettakatol, le point central de la pensée d’Aït Ahmed est que la lutte contre le colonialisme ne saurait se réduire à une souveraineté formelle.

« Elle doit être un processus de libération globale, associant indépendance politique, démocratie, justice sociale et dignité humaine ».

Si pour Mustapha Bouhadef, ex-premier secrétaire national du FFS, le fondateur du premier parti d’opposition en Algérie, a laissé « beaucoup de choses qu’on ne peut pas oublier », appelant la jeunesse à s’inspirer de son exemple, l’avocat, Mustapha Bouchachi, quant à lui, a souligné que Hocine Aït Ahmed fut l’un des rares dirigeants à poursuivre, après l’indépendance, son combat pour les droits de l’homme, la liberté et la dignité des Algériennes et des Algériens, regrettant que « l’entêtement du régime n’ait pas opté pour la démocratie voulue par Aït Ahmed ».

Plusieurs interventions enfin se sont intéressées à d’autres facettes du personnage, comme sa contribution à la construction de l’identité et de la personnalité algérienne, son parcours à la tête de l’Organisation Secrète (OS), son rapport à la crise berbériste de 1949, sa vision de la culture ou encore son apport aux luttes des peuples opprimés, notamment la cause palestinienne.

Autant dire, deux jours de riches interventions qui éclairent sous un jour nouveau des aspects parfois méconnus de Hocine Aït Ahmed, un homme qui n’appartient pas seulement à l’histoire algérienne, mais qui l’inscrivent dans une dimension universelle.

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