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Hommage au Dr Mohamed Houhou : décès d’un médecin au grand cœur

Hommage au Dr Mohamed Houhou : décès d’un médecin au grand cœur

Il est mort. Debout. En luttant mains nues contre le Covid 19, nouveau fléau d’une peste autrement plus terrible que celle de Camus.

Le Dr Mohamed Houhou, endocrinologue et diabétologue, était l’ami des pauvres, l’ami de ses patients qui ne payaient que s’ils le pouvaient.

Pas d’argent ? N’importe. Un sourire, une poignée de main, sinon un simple regard de remerciements suffira. Mohamed n’était pas un homme d’’argent. C’était un homme de cœur. Un cœur gros comme sa générosité. C’est-à-dire immense.

A lui seul, il était une institution à Biskra tant il avait un rayonnement exceptionnel qui dépassait les limites de la wilaya. Impliqué dans la vie de sa ville, il était prêt à donner sa vie pour ses concitoyens, fidèle en cela au serment d’Hippocrate.

Sur sa page Facebook, il abjurait les citoyens à porter le masque. Voici ce qu’il écrivait : « Quand je porte un masque en public et surtout dans les magasins… Je veux que vous sachiez que je suis assez éduqué pour savoir que je pourrais être asymptomatique et vous donner encore le virus. »

Et encore cette phrase qui a des allures prémonitoire : « Non, je ne vis pas dans la peur du virus ; je veux faire partie de la solution, pas du problème. »

Il n’a pas eu peur du virus, le virus non plus n’a pas eu peur de lui. Pas peur de sa blouse blanche, pas peur de son cœur blanc, pas peur de son professionnalisme, pas peur de son sourire désarmant de gentillesse. Pas peur de ravir un homme d’exception. Et ce n’est ni emphase, ni clause de style. Le Dr Houhou était exceptionnel parce qu’il faisait de l’exception son ordinaire.

La dernière fois que je l’ai vu, c’était au détour d’un repas, le 1er mai 2014 dans une palmeraie de Biskra. Il était tel que je l’avais toujours connu : gentil, aimable et serviable. Un convive se plaignant de douleurs au ventre, il resta presque une vingtaine de minutes à l’ausculter en lui posant toutes sortes de questions sur son état de santé.

Quand il termina son examen, le convive était soulagé, heureux, mais le repas était froid. Il refusa qu’on le réchauffa pour ne pas déranger son hôte. Qu’est-ce qu’un repas froid, fut-il une Chakhchoukha , devant un homme expurgé de sa douleur ? Il était ainsi « Badi » et même plus. Beaucoup plus. Que du plus avec lui. Jamais du moins. Le négatif il ne le voyait pas. Non par aveuglement. Mais par choix. De chacun, il ne prenait que le meilleur. Vivre pour lui était positiver. Était servir et non asservir. Était aller de l’avant en n’écrasant rien sur son passage, mais en aidant tous sur son chemin.

L’un de ses anciens camarades de l’université de médecine de Constantine le décrivait comme une sorte de personnage de A. J. Cronin dans son plus grand roman « Le destin de Robert Shannon » qui raconte les tribulations d’un médecin au grand cœur. Houhou était un héros de chair et non de papier. Houhou était de cœur et non de rancœur. Puisse son bel exemple rester comme une lumière éternelle éclairant les hommes et les femmes qui aiment leurs concitoyens au point de se sacrifier pour eux.

Mort Badi, vraiment mort ? Tout compte fait non. Seuls ceux qui n’ont pas laissé de traces dans la vie sont considérés comme morts. Lui, il laisse ses filles, lui, il laisse sa bonté, lui, il laisse ses nombreux malades qui prient pour lui, lui, il laisse son action au service de l’humanité. Humain parmi les humains qui nous donne envie de croire en l’humanité.


*Écrivain

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