
Il symbolise, malgré lui, la résistance au génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza. Incarcéré depuis bientôt deux ans, sans procès, dans les geôles israéliennes, le pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan dans le nord de l’enclave martyrisée, Hussam Abu Safiya est en danger de mort.
Maltraité, torturé et soumis à des sévices et à des conditions de détention particulièrement éprouvantes, selon son avocat, des ONG dont Amnesty International et plusieurs organismes internationaux, le pédiatre aurait perdu une trentaine de kilos et serait dans un état de santé critique.
A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens
Hussam Abu Safiya, un médecin palestinien en danger de mort dans les geôles israéliennes
Sa vie est désormais en danger immédiat, selon son avocat. « Nous sommes profondément alarmés par les informations inquiétantes concernant les sévices continus infligés à Hussam Abu Safiya, les privations de sommeil délibérées et les menaces proférées contre lui s’il divulgue ses conditions de détention en Israël », s’est inquiétée l’ONG, Amnesty International qui mène depuis plusieurs mois une campagne en faveur de la libération du médecin.
A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc
«Les autorités israéliennes doivent libérer immédiatement et sans condition le Dr Abu Safiya ainsi que tous les Palestiniens détenus arbitrairement. Dans l’attente de sa libération, l’administration pénitentiaire israélienne doit garantir sa protection totale contre les mauvais traitements, lui assurer des soins médicaux urgents, adéquats et indépendants, et lui permettre de recevoir immédiatement la visite d’observateurs indépendants », réclame Amnesty.
Le tort de ce médecin, figure de la résistance du personnel médical palestinien ? Avoir refusé d’abandonner ses patients lorsque l’armée israélienne avait ordonné à la fin de l’automne 2024 l’évacuation de l’hôpital Kamal-Adwan, un des derniers établissements de santé qui était encore fonctionnel, le reste ayant été pulvérisé par les assauts répétés des forces israéliennes.
A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël
C’était le 27 décembre 2024 et l’image avait fait le tour du monde : au milieu d’une rue de Gaza dévastée par les bombardements, Hussam Abu Safiya, en blouse blanche, avance seul vers des chars israéliens qui encerclent l’hôpital, dont il est le premier responsable.
Réalisé par le photographe gazaoui Muhannad Almuqayed, le cliché est très vite devenu l’une des images emblématiques de la guerre contre Gaza.
Un médecin armé de seulement son éthique professionnelle et son humanisme, marchant vers des blindés, comme pour défier l’absurdité d’une guerre et la barbarie d’un régime sans foi ni loi.
Quelques semaines auparavant, le médecin avait déjà payé un prix lourd pour son refus d’abandonner l’hôpital. Le 25 octobre 2024, en effet, lors d’un assaut israélien contre Kamal-Adwan, son fils Ibrahim, âgé de 21 ans, avait été tué dans une attaque contre l’établissement.
L’hôpital était alors devenu un refuge pour des civils, dans une région où le système de santé avait été ravagé par les bombardements et où le personnel médical travaillait dans des conditions extrêmes. Mais pour Israël, ces établissements sont des refuges pour les militants du Hamas. Arrêté alors qu’il était en plein exercice de ses fonctions, Hussam Abu Safiya est détenu depuis en vertu de la législation israélienne sur les « combattants illégaux », un régime qui permet la détention sans inculpation ni procès.
Dr Abu Safiya : « Ils m’ont amené ici pour me tuer »
Depuis son arrestation, Hussam Abu Safiya est trimbalé d’un centre de détention à un autre. Son avocat, Nasser Odeh, peine lui-même à lui rendre visite. Il n’a pu voir son client que deux fois sur une période prolongée, la dernière visite ayant eu lieu le 2 juillet dernier.
Cette visite lui a permis de mesurer la gravité de la situation du médecin. Selon Nasser Odeh, repris par plusieurs médias internationaux, le Dr Abu Safiya lui a été présenté menotté et enchaîné. Il avait des difficultés à marcher et à se déplacer, présentait des ecchymoses visibles et des traces de violences, d’après ses témoignages.
L’avocat a également fait état de graves blessures à la tête et au visage, de coups quotidiens et systématiques et de difficultés respiratoires. Le médecin lui aurait alors confié qu’il craignait qu’il s’agisse de leur dernière rencontre.
« C’est la dernière fois que vous me voyez, ils m’ont amené ici pour me tuer », lui a-t-il dit, d’après ces sources. Nasser Odeh a estimé que les mauvais traitements infligés à son client pouvaient révéler une volonté délibérée de provoquer sa mort.
Il a demandé une nouvelle visite d’urgence, son transfert hors du centre de détention de Rakevet, qu’il a qualifié d’« abattoir humain », -fermé dans les années 1980 pour ses conditions de détention inhumaines avant sa réouverture en 2023 par le ministre d’extrême droite Itamar Ben Gvir– ainsi qu’un accès immédiat à des soins médicaux spécialisés.
Ces demandes sont restées sans réponse. Dans cette prison souterraine, le médecin a subi toute sorte de violences, des périodes d’isolement et une privation de lumière naturelle. Après une audience judiciaire en juin, il a même été agressé par cinq gardiens à coups de poing, de matraques et de barres métalliques, avant d’être reconduit dans sa cellule sans recevoir de soins médicaux. Le 16 juin 2026, la Cour suprême israélienne a rejeté son recours et ordonné le maintien de son incarcération au moins jusqu’en octobre.
Appels à sa libération
Face à cette situation, les appels internationaux en faveur de sa libération se multiplient. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu, le 6 juillet 2026, que la détention de Hussam Abu Safiya était arbitraire et constituait une violation de plusieurs dispositions du droit international relatif aux droits humains.
Il a demandé sa libération immédiate et estimé que son cas pouvait être révélateur d’une pratique plus large et systématique de détentions arbitraires.
Quelques jours plus tard, la Commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme ont également appelé à sa libération immédiate et inconditionnelle.
Amnesty International a, de son côté, appelé la communauté internationale à une intervention urgente et efficace pour sauver sa vie. Dans plusieurs villes du monde, la mobilisation s’est également organisée.
Londres, Bruxelles, Milan et d’autres villes ont vu des manifestations réclamer la libération du médecin palestinien. En France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et partout dans le monde, des voix réclament la libération du Dr Hussam Abu Safiya, devenu le nouveau symbole de la barbarie israélienne.
« Aucun médecin ne devrait être puni pour avoir répondu à l’appel de soigner des personnes en détresse. Encore moins être enfermé et maltraité pendant plus de 500 jours. Le Dr Hussam Abu Safiya doit être libéré et retrouver sa famille. Mettons fin à cette cruauté. Continuons à faire du bruit », a déclaré Maxine Dexter, élue à la Chambre des représentants des États-Unis.
« Netanyahu doit relâcher Hussam Abu Safiya, médecin qui est l’honneur de son métier et de l’Humanité ! Il a été capturé après avoir soigné des enfants lâchement bombardés. Il est à présent détenu et torturé », a dénoncé Jean-Luc Mélenchon, chef de La France insoumise (LFI) et candidat à la présidentielle française de 2027.
Son fils Elyas a lui-même lancé un appel à la communauté internationale, décrivant un père devenu « incapable de respirer et de parler, le visage marqué par les violences qu’il aurait subies en détention ».
Mais malgré ce tollé, le gouvernement de Benyamin Netanyahu continue de faire la sourde oreille, encouragé sans doute par la complaisance des gouvernements occidentaux, beaucoup plus préoccupés par la situation en Ukraine. D’où la sempiternelle question : qui arrêtera la barbarie d’un régime qui ne s’encombre ni de la morale ni du droit international, encore moins des cris de ces millions de voix encore attachées à leur humanité ?