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« Il faut aller vers 80 wilayas et au moins 15 000 communes »

« Il faut aller vers 80 wilayas et au moins 15 000 communes »

Abderrahmane Meziane Chérif, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales, de l’Environnement et de la Réforme administrative entre 1994 et 1995, s’exprime sur le dernier découpage administratif décidé par le gouvernement et adopté par le Parlement.

Il plaide pour un plus grand nombre de wilayas et de communes et des prérogatives plus significatives pour les maires. Il préconise en outre que le découpage se fasse sur la base des critères du territoire et de la richesse et non seulement en fonction du nombre d’habitants.

Dans des déclarations à TSA, M. Meziane Chérif estime d’abord que la création de wilayas déléguées n’a aucun sens. « Rien en changera. C’est toujours le wali qui décide de tout », dit-il.

Il salue en revanche la création de nouvelles wilayas de plein exercice, mais estime qu’il en faut plus. « La récente augmentation du nombre de wilayas est insuffisante si on ne fait pas de même pour les mairies. Ce ne sera que la propagation de la bureaucratie, l’élargissement du mode de gestion du système actuel, c’est plus de pression sur les gens et ce sera la lassitude pour les citoyens qui abandonneront leurs droits ».

« Quand j’étais ministre de l’Intérieur, je voulais créer 80 wilayas, à condition de bloquer le nombre d’habitants dans les communes qui ne sauraient dépasser 15 à 20 000 habitants. Cela veut dire créer au moins 15 000 communes. Dans une commune de 15 à 20 000 habitants, les gens se connaissent et ne peuvent pas se tromper en désignant leurs représentants. Si les représentants ne donnent pas satisfaction, ils n’auront pas de second mandat. Ce changement permettra l’apprentissage du choix démocratique, de la sanction et de la confiance méritée ou non. Malheureusement, dans le cadre actuel, les gens votent pour une image. Telle est l’exigence et la pratique du système. Même pour les législatives, avec l’existence de 15 000 communes, la fraude, le parachutage et les pressions ne peuvent en aucun cas altérer la volonté populaire », assure-t-il.

Abderrahmane Meziane Chérif, crédits : DR


 

« Le découpage doit se faire en fonction du territoire et des richesses »

« Il n’est pas acceptable, poursuit l’ancien ministre, que ce vaste pays qu’est l’Algérie ne dispose que de 1500 communes, alors qu’en France, les citoyens disposent de 38 000 communes. Le faible nombre d’habitants dans leur commune donne aux citoyens l’assurance que la démocratie est réelle et la fraude impossible ».

« En plus, dit-il, notre territoire est très riche en ressources. Car il ne s’agit pas créer des communes pour gérer des populations, mais pour exploiter et protéger la richesse. Le découpage doit être revu en fonction des réalités du terrain et des richesses. Pour visiter une commune à Tamanrasset, le wali doit faire des centaines de kilomètres par avion, rencontrer le maire pendant deux ou trois heures et revenir. Bien sûr, le nombre d’habitants est un critère important. Il est inconcevable qu’il y ait des communes qui dépassent 15 000 habitants ».

Mais comment financer le fonctionnement d’un nombre si important de communes ? L’ancien ministre de l’Intérieur répond que les solutions existent.

« Créer huit à 10 régions »

« Pour la fiscalité, c’est au gouvernement de trouver la solution avec les élus. La commune doit vivre de ses propres moyens et peut être aidée le cas échéant par une caisse de péréquation des communes. Les plus riches, qui disposent d’un port ou d’un aéroport par exemple, participent au développement des plus pauvres. Une mairie qui n’a pas de richesse crée un impôt local. J’ai vu lors d’une mission en Autriche, qu’ils avaient une association nationale des mairies. S’il y a une mairie qui bat de l’aile, on lui vient en aide. On a toujours parlé de finances locales, mais le problème est dans les prérogatives des maires. Le pouvoir a toujours refusé de laisser la liberté aux communes de créer elles-mêmes la richesse. Quant Bouteflika est arrivé, c’est lui qui désignait le secrétaire général de la commune et non pas le maire. Le président d’APC doit être un maire de plein exercice, c’est lui qui doit désigner le personnel communal », suggère-t-il.

Autre proposition de Meziane Chérif, la création de régions : « Il faut huit à dix régions. Les walis garderont leurs prérogatives et le chef de région sera le coordinateur. Il sera une sorte d’igame, qui s’informera sur la situation des wilayas de la région et transmettra au gouvernement central ou recevra des instructions. Ce n’est pas une déconcentration, c’est une véritable décentralisation. Parce que nous avons un système hyper centralisé, de plus en plus centralisé ».

« Donner aux Algériens de l’étranger toute leur place en abrogeant l’article 51 de la Constitution »

L’ancien ministre conclut en évoquant les Algériens établis à l’étranger qui, dit-il, doivent avoir toute leur place. « Immédiatement après son élection, M. Tebboune a assuré que les Algériens de l’étranger seront associés à tout ce qui se fera dans leur pays. C’est une très bonne nouvelle. Cela veut dire l’abrogation future de l’article 51 de la Constitution qui a empêché des Algériens d’assumer des responsabilités nationales. Dans l’Algérie nouvelle et l’exercice de la démocratie, les Algériens vivant à l’étranger ont les mêmes droits que les citoyens résidant au pays. Cela veut dire qu’il faut maintenant dégeler et appliquer le Conseil national consultatif de l’émigration qui a été créé en son temps par Bouteflika », plaide-t-il.

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