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Il y a 13 ans, le 18 septembre 2006, était lancé le projet de l’autoroute Est-Ouest

Il y a 13 ans, le 18 septembre 2006, était lancé le projet de l’autoroute Est-Ouest

Il devait être le projet du siècle. Il s’est transformé en marquer de la grande corruption qui a caractérisé le règne chaotique de Bouteflika. Il y a 13 ans, jour pour jour, le 18 septembre 2006, l’Algérie choisissait deux groupes asiatiques pour construire l’autoroute est-ouest sur plus de 900 km.

Le premier est le chinois. Citic-CRCC a obtenu deux lots : Centre (169 km) et Ouest (359 km) pour 6,2 milliards de dollars. Le second est le japonais Cojaal qui a obtenu le lot Est (399 km) pour 5,2 milliards de dollars. Sur le papier, l’Algérie avait choisi deux géants mondiaux du BTP, pour réaliser une autoroute aux normes internationales.

L’Ordre de service (ODS) du début des travaux a été signé le 18 septembre 2006 pour un délai de réalisation de 40 mois, et un coût total de 11,4 milliards de dollars. Mais, il fallait attendre le 13 mars 2007, pour assister aux premiers coups de pioche, qui ont été données symboliquement à Boumerdes en présence du président Abdelaziz Bouteflika.

Scandale de corruption

Hasard du calendrier, le scandale de corruption de cette autoroute éclate en 2009, quelques mois avant la fin du délai contractuel pour sa livraison, prévue début 2010. Englué dans les retards, les surcoûts et les réévaluations, « le projet du siècle », comme l’avait baptisé Amar Ghoul, s’est transformé en scandale du siècle.

L’enquête lancée par l’ex-DRS commence par l’arrestation de Chani Majdoub à l’aéroport d’Alger. Dans la foulée, Amar Ghoul est accusé d’avoir empoché une commission de 1,25%, soit près de 77 millions de dollars, sur le contrat accordé aux chinois de CITIC-CRCC. Des accusations qu’il rejette en bloc, soutenu par le MSP parti dont il est issu. En mars 2010, huit personnes sont placées sous mandat de dépôt dont Mohamed Kheladi, directeur de l’Agence nationale des autoroutes (ANA), et Mohamed Bouchama, secrétaire général du ministère.

Le procès se tient en 2015. Amar Ghoul ne figure même pas sur la liste des témoins. Il est blanchi alors qu’il a dirigé le département des travaux publics de 2002 à 2013. Des peines de prison allant d’un an avec sursis à 20 ans de réclusion ainsi que trois acquittements sont prononcées en mai 2015 contre 23 personnes morales et physiques impliquées dans cette affaire.

La promesse des autorités d’un véritable procès n’a pas été tenue. Comme d’ailleurs de nombreuses autres promesses, annoncées par les gouvernements successifs, concernant ce projet.

Les ministres ont changé, mais les mauvaises habitudes sont restées, malgré le hirak. Ils continuent à promettre sans compter, et sans soucier de leurs engagements.

Il y a plus 15 mois, Nourredine Bedoui, alors ministre de l’Intérieur, accusait les chauffeurs de camions, d’être à l’origine de la dégradation de l’autoroute est-ouest.

« Je parle de l’autoroute est-ouest qui, aujourd’hui, commence à pâtir du manque de respect de certains, notamment les conducteurs de camions qui ne respectent pas les limitations de poids », avait expliqué Noureddine Bedoui avant d’annoncer que « des mesures strictes seront adoptées pour organiser ce secteur ».

Des promesses jamais tenues

Depuis ces annonces, l’état de l’autoroute Est-Ouest a continué à se dégrader, et l’engagement de Bedoui n’a pas été tenu. Le projet, qu’il a annoncé, est resté en l’état. Aucune station de pesage n’a été installée sur l’autoroute. Des poids lourds surchargés continuent d’emprunter cette infrastructure et ce dans l’impunité totale causant d’importants dommages à la chaussée.

Fin août, le ministre des Travaux publics Mustapha Kouraba remettait en scelle le projet promis par Bedoui. En visite à Djelfa, il a annoncé la création prochaine de stations de pesage avant l’accès des poids lourds au réseau routier, notamment l’autoroute Est-Ouest.

« Ces mesures visent à préserver les routes, souvent dégradées par la surcharge des poids lourds», a précisé Mustapha Kouraba, déplorant la détérioration des ouvrages d’art, en raison du non-respect de la hauteur limite par des camions dépassant 5.25m de hauteur.

En cherchant dans les archives, la première annonce officielle d’installer des stations de pesage, et de contrôle du gabarit, remonte au moins à 2010. Elle a faite par Amar Ghoul. « La réalisation de stations de contrôle de chargement de poids-lourds aux entrées des routes répond au souci de préserver le bon état du réseau des routes express projetées à travers le pays », expliquait-il, lors de sa visite dans la wilaya de Saida.

Neuf ans après cette promesse, l’autoroute n’est toujours pas dotée de stations de pesage et de contrôle du gabarit. Des stations de péage qui devront remplir ces missions sont certes en chantier actuellement, mais pour leur entrée en service, il faudra attendre encore.

L’autoroute qui a déjà englouti 18 milliards de dollars, selon les autorités, n’a rien à avoir d’une infrastructure aux normes internationales : chaussée dégradée, clôtures et signalisations presque inexistantes.

Plus grave encore, le projet est toujours en chantier, 13 ans après son lancement. Le tronçon reliant Annaba à El Tard est toujours n’est pas achevé et des travaux de réparation de plusieurs tronçons sont en cours. D’autres sont nécessaires. Du projet du siècle, l’autoroute est-ouest s’est transformée en scandale et en gouffre sans fin pour le trésor public.

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