
Invité sur le plateau de « C ce soir », sur France 5, lundi 26 octobre, dans le cadre d’un débat sur la question de la responsabilité collective dans l’attaque raciste de Trappes vendredi 23 octobre, le maire de cette ville des Yvelines, Ali Rabeh, a rappelé le rôle du traitement médiatique des Français descendants d’immigrés.
L’élu a mis en exergue la dichotomie entre le vécu des descendants d’immigrés et celui de leurs enfants.
A lire aussi : OQTF confirmée pour une famille algérienne installée en France depuis 2018
En effet, Ali Rabeh a évoqué les ratonnades des années 1970 et les traumatismes non traités liés à la colonisation. « Moi, mon père, quand il est arrivé en France, il baissait la tête », a-t-il déclaré avec une certaine émotion.
A lire aussi : Crise France-Algérie et titres de séjour : « pourquoi prend-on les gens en otage ? »
Pour rappel, les années 1970 ont été marquées par une série de crimes et d’attaques racistes, dont les causes semblent multifactorielles : la crise économique provoquée par le choc pétrolier de 1973, puis le recours accru aux expulsions, selon un article publié sur le site du Musée de l’histoire de l’immigration. Le ressentiment de certains pieds-noirs fraîchement partis d’Algérie est également un élément à prendre en compte.
Ali Rabeh a ensuite évoqué la promesse républicaine d’égalité et d’unité de la nation, qui consiste à faire des descendants d’immigrés, sur le papier, des Français comme les autres.
A lire aussi : Consulats d’Algérie : avis important aux jeunes de la diaspora
« Moi, quand j’ai obtenu mon écharpe bleu-blanc-rouge, j’ai cru naïvement avoir un talisman, une forme d’immunité : je suis Français, je ne peux pas le prouver plus que cela », a-t-il affirmé.
Par ces mots, le maire de Trappes met en lumière une réalité que l’on essaie de taire. La fracture sociale évoquée ces dernières années ne date pas d’aujourd’hui.
Si, hier, les grands-parents immigrés semblaient baisser la tête, la République semble aujourd’hui porteuse d’une promesse qu’elle peine à tenir. Même être élu et représenter la République ne semble pas suffire pour être considéré comme un Français à part entière, selon le maire de Trappes.
Être français et élu ne suffit-il pas à échapper au racisme ?
« Je n’ai jamais subi autant d’insultes, de menaces, de renvois à mon pays d’origine que depuis que je suis élu de la République », a-t-il déclaré. Il a également fait référence au maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, en affirmant que celui-ci sert de « parapluie » aux élus racisés de France, tant il est lui-même victime de racisme.
Le constat d’Ali Rabeh est donc le suivant : être Français ne suffit pas, être élu ne suffit pas et les descendants d’immigrés semblent constamment devoir prouver ce qu’ils sont.
Le maire de Trappes rappelle qu’il n’est pas le maire des Arabes ou des musulmans et que son programme politique s’adresse à tous les Français de sa ville.
En outre, il pointe la responsabilité des médias à coloration d’extrême droite dans le racisme ambiant en France, notamment à l’encontre de la communauté musulmane. Il évoque en particulier la chaîne CNews et les 30.000 mentions du mot « islam » sur ses plateaux entre 2022 et 2024.
Ali Rabeh appelle donc à prendre du recul sur la question de l’immigration et à cesser d’en faire le cœur du débat public, comme c’est le cas actuellement, alors que d’autres problèmes de société touchent le pays, tels que la vétusté des locaux des lycées, la hausse du prix du carburant et la précarité.
Rappelons que l’attentat de Trappes du 23 octobre 2026, au cours duquel un homme a perdu la vie, avait pour objectif de « venger les commerçants » en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes », selon les propos du responsable rapportés par le journal Le Monde.