
Des conclusions qui tombent comme un cheveu sur la soupe de l’extrême droite. Une grande étude qui sort en France ce jeudi 21 mai tord le cou à de nombreuses idées reçues sur l’immigration et “dégonfle les fantasmes” liés à cette question.
Les résultats surviennent à l’approche d’une élection présidentielle de 2027 où la question de l’immigration est au cœur de la campagne électorale. Et surtout, ils sont difficilement contestables car l’étude est tout ce qu’il y a de plus sérieux et de plus approfondi.
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Elle a été menée pendant 10 ans, auprès de plus de 27.000 personnes et par la crème française de la recherche en sciences humaines, soit 35 chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), sous la direction de Mathieu Ichou, Cris Beauchemin et Patrick Simon.
Un Français sur trois lié à l’immigration
Et que disent les résultats de cette étude ? D’abord que l’immigration est loin d’être un phénomène “marginal” ou “conjoncturel” et qu’une large partie de la population française, précisément un Français sur trois, a une origine immigrée. Ceux qui ne sont pas eux-mêmes des immigrés ont au moins un parent ou un grand-parent qui est venu de l’étranger.
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L’échantillon de 27.000 personnes est constitué de 32 % d’immigrés originaires du Maghreb, 28 % d’Europe, 19 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde.
L’immigration irrégulière n’est pas dominante
Il en ressort que le phénomène des arrivées irrégulières n’a pas cette ampleur que tente de lui donner le courant extrémiste.
Une personne sur cinq a déclaré avoir été “sans papiers” à un moment en France. “Ces immigrés ont été sans papiers à un moment donné, ils ont été irrégularisés, dans le sens où ils ont perdu le droit de séjour, avant d’être finalement régularisés, voire d’obtenir la nationalité française”, explique Cris Beauchemin, l’un des auteurs de l’étude qui confirme les difficultés que rencontrent les ressortissants étrangers en situation régulière.
Les immigrés sont de plus en plus diplômés
L’immigré sans qualifications ni diplôme est une autre idée reçue qui ne résiste pas à la rigueur de l’étude. Il en ressort en effet que les immigrés arrivés en France sont souvent diplômés.
La part des diplômés est passée de 29 % en 1989 à 53 % chez les immigrés arrivés en France après 2009. L’étude va plus loin et révèle que la proportion chez les immigrés de ceux qui ont un niveau bac + 3 ou plus est plus élevée que chez la population qui n’a aucune origine immigrée, celle que le courant identitaire appelle “les Français de souche”.
Les failles de l’intégration sont imputables au système
“Les immigrés qui ne s’intègrent pas” s’avère aussi un gros mensonge de l’extrême droite. L’étude conclut, chiffres à l’appui, à une intégration “relativement positive” avec “pas tellement d’isolats ou de communautarisme”. On y lit que 79 % des personnes d’origine immigréé ont des amis “d’origine variée” (la proportion monte à 89% chez ceux qui ont deux parents immigrés) et que 21 % ont répondu que leurs amis sont de la même origine qu’eux.
L’étude avance un autre chiffre comme preuve de mixité et d’intégration : une personne interrogée sur deux a répondu qu’un seul de ses parents est immigré et que l’autre parent ne l’est pas, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de mariages mixtes.
Les auteurs de l’étude estiment que les problèmes d’intégration ne sont pas imputables aux immigrés eux-mêmes mais aux institutions et au marché du travail. Il est relevé un surrisque de chômage chez la deuxième génération des immigrés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Le risque de chômage est plus élevé de + 6,2 points pour les hommes immigrés du Maghreb, à profil comparable avec le reste de la population.