Direct Live Search
Search

Importations : le PPI, une équation complexe pour l’Algérie

Avec l’instauration du PPI, l’Algérie a entrepris une vaste et complexe opération de contrôle des importations. L’objectif est de réduire les importations, sans bloquer la machine économique.

Importations : le PPI, une équation complexe pour l’Algérie
L’Algérie a entrepris une vaste et complexe opération de contrôle des importations | ID 59541946 | Alger © Abdelmoumen Taoutaou | Dreamstime.com
Ali Idir
Durée de lecture 2 minutes de lecture
Suivez nous sur Google News
Suivez nous Google News
Clock 2 minutes de lecture

Veuillez vous abonner ou vous connecter avec votre compte Google pour lire cet article.

La dernière mesure phare prise par l’Algérie dans sa quête de régulation et de rationalisation de ses importations est l’obligation faite aux opérateurs de déposer leur programme prévisionnel d’importation (PPI).

Le contrôle des importations est une nécessité, qui se confronte toutefois à un autre impératif, celui de la relance de l’économie et de l’encouragement de la production nationale qui passe inévitablement par l’importation. C’est le casse-tête de trouver le juste équilibre entre les deux objectifs qui se posent au gouvernement.

A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion

Le PPI a été mis en place par le ministère du Commerce extérieur en juillet dernier. Tous les opérateurs économiques effectuant des opérations d’importation pour la revente en l’état ou pour leur propre usage sont tenus de faire viser leur programme d’importation pour le deuxième semestre 2025 par les services du même département pour pouvoir effectuer la domiciliation bancaire.

A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne 

Environ 300.000 entreprises toutes catégories confondues sont concernées. Le dispositif a été reconduit en décembre dernier pour le premier semestre 2026.

A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules

Plusieurs objectifs sont visés à travers la mise en place du PPI. Il y a évidemment la réduction de la facture des importations qui a bondi de 30,6 % au premier semestre 2025 à 30 milliards de dollars (3.800 milliards de dinars), contre 49,5 milliards pour l’ensemble de l’année 2024, selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS).

L’augmentation s’explique principalement par les nombreux grands projets d’infrastructures lancés par le pays, qui ont nécessité l’importation d’équipements et de matériaux, ainsi que des transferts de dividendes car réalisés en partie par des sociétés étrangères.

Une telle hausse contrarie l’objectif primordial de préserver les réserves de change, étant donné qu’il y a une corrélation directe entre ces dernières, les volumes et la valeur des exportations des hydrocarbures et les importations des biens et services.

Algérie : le juste équilibre entre la réduction des importations et la relance de l’industrie

Les projets d’infrastructures étant une priorité nationale, le gouvernement a agi sur la marge de manœuvre qui s’offrait : réduire les importations non nécessaires et intensifier la lutte contre les malversations et la fraude aux importations, qui persistaient malgré les efforts déployés avec détermination depuis 2020.

Selon le ministre du Commerce extérieur Kamel Rezig, certaines entreprises importaient des matières premières prétendument pour leur propre usage mais les revendaient à d’autres entreprises légales mais qui produisent en partie au noir à des fins d’évasion fiscale. La poursuite de la lutte contre la fraude est donc l’autre objectif assigné au PPI.

Le programme a également pour but d’encourager la production nationale dans le cadre de la nouvelle stratégie du pays qui consiste à n’importer que les marchandises non produites en Algérie ou produites en quantités insuffisantes pour couvrir les besoins nationaux.

Et c’est là que la situation devient complexe et le PPI pose un paradoxe. L’industrie et l’agriculture nationale ont besoin d’équipements, de matières premières, de technologies et d’intrants dont le pays ne dispose pas, ainsi que d’expertises étrangères qu’il faut importer et payer en devises. À priori, ce genre d’importations est prioritaire est n’est concerné par aucune restriction.

“Vos matières premières sont la priorité des priorités”

Vos matières premières sont la priorité des priorités”, a assuré le président de la République Abdelmadjid Tebboune lors de sa rencontre avec les opérateurs économiques en octobre 2025. Le chef de l’État avait expliqué que ce qui est inacceptable, ce sont les abus et les malversations, citant l’exemple d’une nouvelle raffinerie de sucre qui a envisagé d’importer sur les devises de l’État des camions en grande quantité.

250 camions, ce n’est pas de la matière première, c’est du trafic”, a-t-il accusé.

Malgré cette clarté, la mise en œuvre du PPI s’accompagne sur le terrain de lenteurs inévitables dans l’octroi des autorisations de domiciliation bancaire.

Traiter les dossiers d’environ 300 000 entreprises n’est pas une tâche simple. D’autant plus qu’un double visa est exigé avant toute autorisation, d’abord celui du secteur de tutelle de chaque entreprise puis celui du département du commerce.

En plus de devoir attendre et de différer leurs projets, sans garantie d’obtenir l’autorisation d’importer, certaines entreprises se retrouvent parfois prises au dépourvu par la volatilité des prix à l’international, notamment des services et du fret maritime, impossibles à anticiper lors du dépôt du programme prévisionnel.

À cela s’ajoutent les multiples ajustements apportés régulièrement par le ministère du Commerce extérieur au PPI. Des ajustements du reste nécessaires au vu de l’urgence dans laquelle le dispositif a été élaboré et lancé.

Lien permanent : https://tsadz.co/20w92

TSA +