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Journaliste disparu : l’Arabie saoudite dans l’embarras, Trump menace

Journaliste disparu : l’Arabie saoudite dans l’embarras, Trump menace

L’Arabie saoudite a démenti officiellement, ce samedi 13 octobre, l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans son consulat à Istanbul en Turquie, onze jours après l’éclatement de l’affaire.

Jusque-là, les autorités de Ryad utilisaient Twitter pour répondre au flot de questionnements et de doutes sur une affaire qui commence à prendre des proportions diplomatiques importantes. 

Ce samedi, le ministre de l’Intérieur, Abdelaziz Bin Saoud Bin Nayef a parlé « d’allégations infondées » et de « mensonges » autour de l’affaire. « Nous dénonçons les accusations portées contre le Royaume dans les médias. Nous sommes attachés pour que toute la vérité soit dévoilée sur le sujet de la disparition de Jamal Khashoggi », a-t-il déclaré, cité par l’agence officielle saoudienne SPA.

« Campagne de dénigrement »

La même agence a rapporté que le gouvernement Saoudien se félicite de la décision de la Présidence turque de former « une équipe d’action commune » composée d’experts afin de « de révéler les conditions de disparition du citoyen J. Khashoggi ». « Le Royaume d’Arabie saoudite a souligné le grand souci de maintenir la sécurité de ses citoyens où qu’ils se trouvent », est-il ajouté.

Les médias saoudiens préfèrent souvent parler du « citoyen » Jamal Khashoggi, au lieu du « journaliste ». Les quotidiens Al Youm et Erriadh ont dénoncé, dans leurs éditoriaux, « la campagne de dénigrement » qui, selon eux, est menée contre le Royaume saoudien. Ils ont évoqué « une animosité » qui serait liée à « une jalousie » envers le pays « qui multiplie les réussites sur le plan intérieur, avec une économie florissante et essor social en faveur de tous les citoyens, et sur le plan extérieur avec un rôle de plus en plus accru en tant que leader du monde arabe et islamique ».

Les médias saoudiens parlent à chaque fois de disparition de Jamal Khashoggi « après sa sortie du consulat saoudien à Istanbul ». Ce n’est pas l’avis des médias turcs qui évoquent un assassinat à l’intérieur de la l’enceinte diplomatique.

Le mystère de l’Apple Watch de Khashoggi

Le journal turc « Sabah » a rapporté que la montre intelligente Apple que portait le journaliste disparu a fourni aux services de sécurité turcs des informations précieuses. Jamal Khashoggi aurait envoyé des enregistrements vers le système de stokage I Cloud grâce à son Apple watch, connectée au téléphone portable (resté aux mains de la fiancée du journaliste lors de la visite au consulat le 2 octobre 2018).

Selon le même quotidien, le chroniqueur du Washington Post aurait été frappé, torturé avant d’être tué « par une équipe de Saoudiens ». « Les Saoudiens se sont rendus compte de l’existence des enregistrements et ont effacé une grande partie, mais les services de sécurité ont pu tout récupérer en faisant des copies », a souligné Sabah, qui est le 5e tirage en Turquie. 

Yenisafak, autre quotidien turc, a également évoqué l’existence d’un enregistrement compromettant sur l’assassinat du journaliste saoudien. Selon cette publication, Jamal Khashoggi aurait été reçu par le consul lui-même à son bureau pendant quelques minutes. « Après, deux hommes sont entrés dans le bureau, l’ont frappé et l’ont mené vers une autre salle. Dans l’enregistrement, on entend Khashoggi crier et demander des secours. L’équipe de tueurs l’a ensuite drogué avant de le trainer vers une troisième salle pour le tuer et le découper à la scie », a écrit Yenisafak, connu pour être proche du gouvernement turc.

D’après la même source, les tueurs auraient quitté le consulat avant d’être remplacés par une équipe de « nettoyeurs » pour « effacer les traces du crime ». « Ils sont sortis ensuite avec de grosses valises qu’ils avaient acheté au marché Sirkiji à Istanbul », a précisé le journal. D’après Yenisafak, ces valises ont été ensuite transportées vers la résidence du consul, située à 500 mètres du consulat.

Des touristes, pas des tueurs ?

Al Arabiya, chaîne saoudienne basée aux Emirats, a accusé les journaux turcs d’avoir inventé l’histoire de la montre Apple de Jamal Khashoggi, en se basant sur des informations relayées par la chaîne américaine CNN.

Al Arabiya a reproché aux médias turcs et qataris d’avoir diffusé des images de Saoudiens présentés comme « les tueurs de Khashoggi » lors de leur passage à l’aéroport d’Istanbul. « Pourquoi rien n’a été montré sur le déplacement de ces « tueurs présumés » de l’hôtel vers le consulat ? Parce que d’anciens enregistrements ont prouvé que les personnes présentes dans les images sont de simples voyageurs », a répondu Al Arabiya qui a évoqué la chute des réservations de touristes des pays du Golfe vers la Turquie à cause des soupçons autour de l’affaire Khashoggi.
Disparition de trois princes

Selon les médias britanniques BBC et The Guardian, l’affaire Khashoggi n’est pas un cas unique. En 2015 et en 2016, trois princes saoudiens, connus par leurs positions critiques vis-à-vis des autorités de Ryad, ont disparu, après avoir été conduits de force vers leur pays à partir d’Europe ou d’Afrique. Il s’agit de Sultan Bin Turki Bin Abdelaziz, de Turki Bin Bandar et Saud Ben Saïf Al Nasr.

« Ces différentes histoires portent la marque de l’impulsif Mohammed Ben Salman (MBS, prince héritier), adepte en politique intérieur comme extérieure, de pratiques peu orthodoxes qu’elles sont musclées. C’est à lui que l’on doit la dévastatrice offensive au Yémen, en mars 2015, la mise en quarantaine du Qatar, le mouton noir du Golfe, en juin 2017, et la vraie-fausse démission du Premier ministre libanais, Saâd Hariri, en novembre 2017 : un épisode rocambolesque… » , a relevé le quotidien français Le Monde.

Face à ses révélations, même les alliés traditionnels de Riyad haussent le ton. À Washington, le président Donald Trump a menacé l’Arabie Saoudite, partenaire stratégique des Etats Unis, de « châtiment exemplaire » dans le cas où l’implication de Ryad dans la disparition de Jamal Khashoggi serait établie.

« Pour l’instant, ils démentent (leur implication) et la démentent vigoureusement. Est-ce que ça pourrait être eux ? Oui », a dit le président dans un entretien à la chaîne CBS, enregistré jeudi et diffusé samedi. « Le sujet est particulièrement important parce que cet homme était journaliste », a-t-il ajouté. 

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