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La mort symbolique du fils de Benkhedda

La mort symbolique du fils de Benkhedda

Des incidents ont été enregistrés à la fin de la marche historique du vendredi 1er mars, à Alger. Il y a eu même mort d’homme, Hassan Benkhada. Une mort revêtant une forte charge symbolique. Très forte même. Le fils de Benyoucef Benkheda est mort dans une bousculade au niveau de la Place Addis-Abeba, à quelques encablures du siège de la présidence de la République.

Benyoucef Benkheda fut le dernier chef du GPRA. Il a été déposé illégalement en 1962 par l’armée des frontières. C’est ce coup de force qui avait donné naissance au système dont le peuple réclame aujourd’hui le départ. Benkhedda fut aussi un proche d’Abane Ramdane.

Hassan Benkhada était aussi le neveu du martyr Mohamed Al Ghazali Al Hafaf, le premier à avoir brandi le drapeau algérien le 1er mai 1945, avant d’être sauvagement tué par l’armée française. Il ne pouvait y avoir plus fort signe du destin.

« Le mouvement a commencé avec des roses et se terminera avec des roses », ont scandé les manifestants et la belle mort de Hassan Benkhedda ne change rien au caractère pacifique des manifestations. Les incidents sont difficilement évitables quand des millions de citoyens se mettent à marcher simultanément dans les rues. Surtout que les oiseaux de mauvais augure ont commencé leur basse œuvre.

Vendredi, juste après la fin de la marche, des bandes de casseurs se sont mis à saccager des édifices publics et à attaquer les forces de l’ordre. Deux agences bancaires ont été incendiées dans les environs de la Présidence. Des policiers ont été blessés et une quarantaine de personnes ont été arrêtées.

Toute l’Algérie est descendue dans les rues, vendredi, et ce samedi, elle se demande en chœur qui sont ces casseurs. D’où sortent-ils et quel est leur objectif ? Surtout, qui sont les parties qui les manipulent. Les citoyens qui ont marché pacifiquement sont convaincus qu’il existe un plan pour faire sortir les manifestations de leur cadre pacifique. Ils le disent sans ambages dans leurs commentaires sur les réseaux sociaux, depuis la soirée de vendredi.

Des rumeurs faisant état de voyous payés au prix fort, 30 à 40 millions de centimes, ont circulé. Difficile de les vérifier certes, mais des images diffusées sur les même réseaux sociaux confirment qu’un plan diabolique a bien été concocté pour semer le désordre. Des bacs à ordures remplis de cailloux, à proximité des endroits où étaient stationnées les forces de police, en sont la preuve irréfutable. Si ces voyous ont attendu que la foule se disperse pour entrer en scène, c’est parce qu’ils savaient que les manifestants ne les auraient jamais laissés dévoyer leur mouvement.

Il est aussi déplorable de constater que des médias, publics ou privés proches du pouvoir et même certaines chaînes étrangères, ont fait de ces actes isolés l’événement de la journée, reléguant au second plan le moment de communion historique de toutes les franges de la société, le pacifisme des manifestants aux quatre coins du pays et le haut degré de maturité montré par la population. Le pari de la mobilisation étant gagné, il appartient maintenant à la jeunesse algérienne de maintenir cette dynamique et de faire parler son génie pour déjouer ces plans, quelle que soit la partie qui les élaborent.

La police, qui a annoncé l’arrestation d’une quarantaine de casseurs, « sous l’effet de psychotropes », doit maintenant identifier leurs commanditaires. Elle a le devoir moral et légal de le faire au plus vite, avant la prochaine manifestation. Personne ne souhaite que le sang des Algériens coule. Hassan Benkhedda doit être le dernier martyr de ce mouvement et non le premier. Un changement pacifique est plus que jamais possible, le peuple en a donné la preuve deux week-ends de suite, au pouvoir de bien capter le message et de mesurer les conséquences d’une fuite en avant.

Le peuple est sorti dans la rue pour porter une revendication politique succincte, pacifiquement. La réponse doit être aussi politique, claire et pacifique. Continuer à minimiser la colère de la rue n’est plus possible après les marées humaines de ce premier jour de mars, tout comme ne passeront pas les demi-mesures superficielles par lesquelles le pouvoir a pris l’habitude de tuer dans l’œuf toute velléité de soulèvement. Quelque chose de fondamental a changé depuis le 22 février. Le peuple n’a pas émis un signal difficile à capter, mais un grondement assourdissant.

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