
Dans les milieux diplomatiques, on dit volontiers « insondable comme un Mauritanien ». La formule résume la capacité de Nouakchott de préserver ses marges de manœuvre, d’entretenir l’ambiguïté et de négocier sur plusieurs fronts sans jamais dévoiler ses intentions. Le dossier de Lagouira en offre aujourd’hui une parfaite illustration.
Les démentis officiels restent timides et en demi-teinte et aucune revendication territoriale n’est formulée. Pourtant, des chercheurs, des journalistes et des analystes mauritaniens rouvrent la question du statut de cette zone stratégique.
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S’appuyant sur les accords de Madrid du 14 novembre 1975 et sur les arrangements conclus ensuite avec le Maroc, ils soutiennent que tout accord devra préserver absolument les intérêts mauritaniens à Lagouira, bien que Nouakchott ait officiellement renoncé en 1979 à ses prétentions territoriales sur le Sahara occidental.
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Ces prises de position confortent l’hypothèse que j’avançais dans mon article du 11 octobre sur TSA, « La Mauritanie, Lagouira et le Sahara occidental : marchandage en vue ? ».
J’envisageais que la Mauritanie cherche une concession de longue durée, ou un statut particulier, pour protéger ses intérêts économiques et sécuritaires à Lagouira, en échange d’un infléchissement de sa position sur la question du Sahara occidental.
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Pourquoi Lagouira est importante pour la Mauritanie
L’enjeu est d’abord économique et sécuritaire. À l’extrémité Sud de la péninsule du cap Blanc, face à Nouadhibou, Lagouira commande l’avenir du principal pôle portuaire mauritanien. Le port, la pêche et les infrastructures d’exportation du minerai de fer forment des piliers de l’économie nationale.
C’est ce qui fait de Lagouira la pièce maîtresse d’un marchandage. Un arrangement global porterait sur des garanties économiques, un statut particulier pour Lagouira et un deal diplomatique avec Rabat. Nouakchott reconnaîtrait la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et retirerait sa reconnaissance de la RASD, ce qui marquerait un tournant majeur de sa politique. Rabat y gagnerait un appui diplomatique de poids, et Nouakchott des avantages concrets et garantis.
Ces avantages pourraient prendre plusieurs formes sans transfert de souveraineté : une concession de longue durée, une zone industrielle commune ou une zone franche à statut spécial. Nouakchott obtiendrait ainsi un rôle dans le développement de Lagouira, avec des garanties sur les infrastructures portuaires, la pêche, le minerai de fer et la sécurité frontalière.
L’enjeu dépasse d’ailleurs Lagouira. La Mauritanie est un passage obligé pour les échanges du Maroc avec l’Afrique de l’Ouest et pour ses projets régionaux stratégiques, notamment l’initiative atlantique et le gazoduc Nigeria-Maroc.
La Mauritanie, verrou stratégique pour l’influence marocaine en Afrique de l’Ouest
Nouakchott ne manquera pas de tirer parti de cette position de verrou stratégique pour la monnayer contre des avantages économiques et politiques durables. Rabat serait alors contraint de s’y plier, de bonne ou de mauvaise grâce, sous peine de se retrouver confronté à un scénario catastrophe : celui de l’insularité stratégique avec un accès à l’Afrique de l’Ouest considérablement compromis.
Reste qu’un accord bilatéral ne règle pas la question du Sahara occidental et ne remplace pas le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Si Lagouira devient la monnaie d’échange du marchandage entre Rabat et Nouakchott, une question politique et morale demeure : Deux États peuvent-ils négocier l’avenir d’un territoire non autonome et le sort de son peuple au mépris des principes fondamentaux du droit international et de son droit à l’autodétermination ?