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Lakhdar Brahimi : « Il y a un blocage, j’espère que ce n’est pas une impasse »

Lakhdar Brahimi : « Il y a un blocage, j’espère que ce n’est pas une impasse »

Lakhdar Brahimi a appelé une nouvelle fois, ce lundi 18 mars, au dialogue entre le pouvoir en place et le mouvement de contestation qui a vu des centaines de milliers d’Algériens manifester vendredi contre le prolongement du quatrième mandat du président.

« Il y a un blocage », a admis M. Brahimi lors d’un entretien accordé à la radio nationale Chaîne III. « J’espère que ce n’est pas une impasse. Depuis que je suis là, je n’ai qu’un seul mot dans la bouche : c’est la nécessité du dialogue », a affirmé l’ancien diplomate, ajoutant : « plus tôt on commence à parler, mieux ça vaut »

« Que la rue tienne la position qui est la sienne à l’heure actuelle, je crois que c’est compréhensible », a déclaré Lakhdar Brahimi. « Ce qui est moins compréhensible, c’est ceux qui se disent des leaders, des cadres, des meneurs, suivent la rue au lieu de diriger ce mouvement qui a commencé il y a quand même bientôt un mois », a cependant estimé l’ancien ministre.

Évoquant la revendication des manifestations algériennes qui appellent au départ du président Bouteflika et de la caste dirigeante actuelle, M. Brahimi a affirmé considérer « la revendication du changement » comme étant « parfaitement légitime, compréhensible et même attendue ».

« Mais le changement ne se fait pas tout seul. La deuxième république est une aspiration légitime, mais c’est un programme complexe », a souligné Lakhdar Brahimi. « Il y a un proverbe arabe qui dit que le voyage de mille kilomètres commence par un seul pas, et ce premier pas est d’une importance capitale. Et ce premier pas ne se fait pas dans le désordre, il se fait par l’organisation », a avancé l’ancien diplomate, ajoutant que « le dialogue organisé et structuré est ce dont on a besoin, et pour ça il faut commencer à parler et pas avoir les dos tournés les uns aux autres ».

Répondant durant l’émission aux questions sur sa pertinence dans le rôle qu’il occupe actuellement dans la crise traversée par l’Algérie alors qu’il a quitté le pays depuis longtemps, Lakhdar Brahimi a affirmé : « L’Algérie reste quand même mon pays. J’ai des liens de toutes sortes, familiaux, amicaux et aussi avec des gens avec lesquels j’ai travaillé jusqu’en 1993 et que j’ai continué à voir après avoir pris ma retraite en 1993 ».

« Lorsqu’on a vu la situation dans laquelle on s’est trouvé, je me suis inquiété et posé des questions comme tout le monde. J’ai parlé à mes amis. Est-ce qu’on m’a donné un mandat ? Certainement pas. Ni le président, ni le gouvernement ne m’a dit voici ce que tu dois faire », a affirmé M. Brahimi.

L’ancien diplomate a également réagi aux accusations concernant une éventuelle déconnexion entre la réalité algérienne et lui. « Je ne connais pas suffisamment bien mon pays, mais comme je le dis partout on ne connait jamais suffisamment. Il y a toujours quelque chose à apprendre et j’ai beaucoup à apprendre au sujet de mon pays », a indiqué M. Brahimi.

« Mais je n’ai jamais rompu avec mon pays. Je ne suis jamais resté une année sans venir ici. Et j’ai quand même un peu de famille, un peu d’amis, je voyage un petit peu à l’intérieur du pays… Dire que je ne connais rien de l’Algérie, c’est un peu injuste », a-t-il estimé.

Lakhdar Brahimi a également évoqué les rencontres qu’il a effectuées à son retour en Algérie depuis le début de la crise. Selon l’ancien ministre, les leaders politiques qu’il a rencontrés « demandent le dialogue. Ce sont ceux qui se sont institués comme les porte-paroles du mouvement – à ce propos je crois qu’ils n’ont pas été désignés par qui ce soit – qui disent ‘’non, changement immédiat’’. Très bien, laissez-nous partir mais organisons le départ. On ne va pas mettre la clé sous le paillasson et partir », a avancé le ministre à la retraite, ajoutant qu’« En Irak, ils sont partis tous. Mais regardez ce qui est arrivé à l’Irak ».

Répondant aux accusations de vouloir faire peur en évoquant l’Irak, Lakhdar Brahimi a estimé qu’« il y a cette manière de dire que nous ne sommes pas comme tout le monde, nous sommes différents, et ce qui est arrivé aux autres ne peut pas nous arriver. Il faut faire attention. »

« Oui, nous sommes différents. Il y a une spécificité algérienne énorme, et ce que nous avons vu jusqu’à présent est dans l’ensemble magnifique. Mais il y a eu des dégâts, il y a eu des voyous qui ont essayé de faire quelque chose. Il y a une banque qui a été attaquée. Il y a trois gosses qui ont été électrocutés, il y a un garçon qui est tombé d’un camion. Il y a des familles qui sont endeuillées à cause de cela. On ne veut pas quand même endeuiller d’autres familles. C’est pour ça qu’il faut avoir des craintes, mais il ne faut pas être paralysé par la peur. Il faut être conscient des dangers qui existent », a-t-il mis en garde.

« Parler de l’Irak ou de la Syrie, ce n’est pas essayer de dire à la population ne bougez plus. On leur dit avancez les yeux ouverts et essayez de faire en sorte que les dangers qui ont endeuillé les autres ne vont pas nous endeuiller à notre tour », a insisté Lakhdar Brahimi.

« Nous avons eu dans notre histoire, depuis 1962, plusieurs tournants très importants et non n’avons jamais négocié ces tournants de la bonne manière ou d’une manière parfaite. Nous sommes chaque fois allés dans le fossé. Il ne faut pas le refaire. Cette crise est une opportunité historique de nous mettre sur les rails pendant longtemps. Et pour faire ça il faut s’asseoir, il faut parler », a conclu Lakhdar Brahimi.

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