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L’Algérie a besoin d’une véritable transition démocratique

L’Algérie a besoin d’une véritable transition démocratique

CONTRIBUTION. Les Algériens ont pris acte, avec un soulagement profond, du retrait par le président de la République de sa candidature pour un cinquième mandat. Certes, le report de l’élection présidentielle n’est pas prévu par la Constitution ni par la loi organique du 25 août 2016 relative au régime électoral. Il est donc inconstitutionnel. Mais, ce n’est pas en ces temps troubles, que l’on va rouvrir le débat sur le respect du texte le plus élevé dans la hiérarchie des normes juridiques, lequel n’a eu de cesse que d’être malmené, voire violé  depuis l’adoption du constitutionnalisme libéral en février 1989.

L’Algérie de 2019 doit rester fidèle au serment du 1er novembre 1954

En 2019, les Algériens doivent garder l’espoir mais surtout, ce qui est certes plus difficile, se défaire de toutes leurs  illusions, celles-là mêmes qui ont fait croire aux hommes et aux femmes de ma génération que l’Algérie, une fois indépendante, tout le reste lui serait donné par surcroit.

Nous n’avons pas de patrie de rechange. Ce pays est le notre. Nos parents ont sacrifié leurs années de jeunesse pour réclamer dignité et égalité des droits, d’abord ; ensuite, devant un colonialisme autiste, ont revendiqué les armes à la main  l’indépendance de l’Algérie.

C’est le lieu de rappeler qu’en 2019, les trois quarts de ceux qui prétendent appartenir à la génération de novembre n’ont pas fait un jour de militantisme ni tiré une seule balle contre l’ennemi (en revanche, certains d’entre eux ont dû éliminer physiquement nombre de vrais combattants qui pouvaient leur porter ombrage).  Nos références sont Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane, Boudjemaa Souidani, Mustapha Benboulaïd, Mourad Didouche et plus près de nous Mohamed Boudiaf.

C’est à eux et à des centaines de milliers d’autres Algériens que nous devons d’être aujourd’hui libres et indépendants, en capacité de peser sur notre destin et de construire un pays émergent qui aura vocation à rayonner sur l’ensemble de l’espace euro-méditerranéen, adossé fortement au Maroc frère et à la Tunisie sœur.

Beaucoup d’occasions ont été manquées, notamment depuis 1979. Le pays ne parvient ni à se déprendre de la rente pétrolière ni à éradiquer le fléau de la corruption ni à faire éclore un pacte social interne, gage de mobilisation citoyenne pour affronter les défis du siècle dont celui de l’insertion dans la globalisation.

Le choix des guides de la transition est déterminant

J’ai beaucoup de respect pour Nourredine Bedoui, le nouveau Premier ministre qui, à la tête du ministère de l’intérieur et des collectivités locales, a  accompli un important travail de modernisation et de numérisation des procédures. Je n’ai pas de réserve particulière à l’endroit de Ramtane Lamamra qui a autant servi l’Algérie qu’il s’est servi de l’Algérie pour faire une prestigieuse carrière au sein de l’ONU.

En revanche, le choix de Lakhdar Brahimi comme probable coordonnateur de la Conférence nationale qui devrait achever ses travaux, fin décembre 2019, au plus tard, pose problème. Militant extrêmement timoré de l’UGEMA (à la différence du Dr Ahmed Taleb Ibrahimi qui passa plus de quatre ans dans les geôles françaises), adoubé par le président Boumediéne à qui il doit ses débuts dans la diplomatie officielle algérienne, s’étant opportunément tenu à l’écart des soubresauts qui ont secoué l’Algérie dans les années 1990, il a su habilement jouer de son entregent et de son intelligence pour se frayer un chemin dans les sommets de  l’ONU, afin d’y servir d’abord et avant tout sa propre cause. Ce faisant, il ne coche aucune case pour prétendre jouer un rôle de facilitateur de la transition démocratique que les algériens appellent de leurs vœux.  Et c’est ainsi qu’il est perçu par celles et ceux qui connaissent un peu l’histoire de ce pays.

Pour une transition vertueuse 

L’Algérie a besoin d’une véritable transition, comme l’a expliqué l’initiateur de la 1ère République, Ali Kahlane, le « Bill Gates » algérien, personnalité hors du commun, qui travaille sans relâche depuis de nombreuses années pour essayer de numériser toutes les activités économiquement et scientifiquement utiles et associer les jeunes générations à la mise en œuvre d’une stratégie du numérique susceptible de bouleverser toute l’Administration algérienne.

Sa demande de dissoudre l’ensemble des institutions décisionnelles et des assemblées élues, et de confier la transition à des hommes et des femmes immunes de toute compromission avec le régime en place, qui soient jeunes, compétents et instruits des exigences d’une nation moderne, appelle une approbation sans réserve.

Il faut d’abord une transition vers l’ Etat de droit, autrement dit aller vers un régime qui respecte les lois et les règlements qu’il fait adopter et qu’il entérine ensuite, en les publiant au Journal Officiel, à commencer par la Constitution et les lois organiques, à condition que celles-ci eussent été au préalable  l’objet d’un véritable contrôle de constitutionnalité.

C’est de la sorte qu’un régime peut s’institutionnaliser progressivement. Il y a problème, dès l’instant que les appareils de l’Etat font litière des textes conçus en leur sein propre. Et que dire de l’inefficacité et de l’inefficience de la plupart des textes législatifs et réglementaires, contrairement à une croyance répandue. Ensuite, il faudra expérimenter les vertus de la démocratie représentative qui requiert la réunion d’autres conditions.

De ce que le peuple algérien n’a jamais été préparé à acclimater la démocratie représentative, il ne s’en suit pas qu’il acceptera d’être représenté par un pouvoir ne disposant d’aucun ancrage populaire et dont le service de l’intérêt général ne saurait se confondre avec des politiques clientélistes et populistes financées par les revenus d’une rente en  voie d’érosion.

Le sentiment que la suite des évènements constituera un changement dans la continuité, demeure très fort dans les esprits. Certes, toutes les mutations sociétales dans le monde n’ont pu faire l’économie de transitions plus ou moins réussies. Mais, dans le cas algérien surtout, la conduite de la transition ne peut pas être confiée à ceux qui portent une part non négligeable (ils ne sont pas les seuls, sans doute) dans le capharnaüm actuel.

 

*Ali Mebroukine, militant démocrate

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