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L’Algérie déploie son armée au Niger : les dessous d’un tournant stratégique

L’Algérie a décidé de déployer des unités de son armée au Niger. Analyse d'un tournant mêlant sécurité au Sahel, gazoduc TSGP et corridors ZLECAf.

L’Algérie déploie son armée au Niger : les dessous d’un tournant stratégique
L’Algérie a décidé de déployer des unités de son armée au Niger/Photo par luzitanija / Adobe Stock
Brahim Guendouzi
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Les relations algéro-nigériennes ont toujours été empreintes de compréhension, d’entente et de coopération, malgré une période inhabituelle de froid, dont les malentendus ont été vite dissipés par les hautes autorités des deux pays.

Celles-ci affichent aujourd’hui une sérénité et une ferme volonté d’approfondir les liens historiques et fraternels qui unissent les deux peuples afin de faire de la stabilité du Sahel un levier de développement économique commun.

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Une évolution importante de la doctrine algérienne

Dans ce contexte, la décision de l’Algérie d’envoyer un contingent militaire au Niger marque une évolution importante de sa doctrine. La motivation affichée est d’abord sécuritaire : lutter contre les menaces transfrontalières et protéger la stabilité de la zone sahélo-saharienne.

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Il faut rappeler que cette zone est soumise régulièrement à des menaces, car largement exposée à la contrebande, au trafic de drogues et aux groupes armés, et que la frontière libyenne est devenue, par la force des choses, un point de vigilance majeur, et ce, depuis 2011.

D’autant plus que la sécurité régionale est un pilier central de la politique étrangère algérienne, grâce à une approche globale (diplomatique, sécuritaire, politique et économique) permettant d’œuvrer notamment pour un Sahel stable.

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Aussi, sur le plan économique, plusieurs projets stratégiques constituent un puissant moteur de rapprochement entre l’Algérie et le Niger. Il s’agit de la coopération dans le secteur énergétique, notamment à travers les investissements de Sonatrach et de Sonelgaz. C’est aussi le projet de gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie (TSGP), destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe, ainsi que des infrastructures de transport et de télécommunications, dont les projets de fibre optique et la route transsaharienne.

Autrement dit, l’Algérie et le Niger cherchent clairement à bâtir un partenariat stratégique combinant sécurité, énergie, infrastructures et commerce, avec l’ambition de faire du Sahel un espace plus sûr et porteur de développement durable.

L’Algérie change de stratégie au Sahel

La vision algéro-nigérienne semble aujourd’hui plus large, car elle cherche à sécuriser plusieurs axes simultanément de sorte à protéger un futur réseau de connectivité continentale susceptible de faire de l’axe Algérie-Niger-Nigeria-Tchad l’un des principaux corridors économiques africains dans le cadre de la zone de libre-échange du continent africain (ZLECAf).

La sécurisation du Sahel, du moins de la zone algéro-nigérienne, dépasse largement la seule protection du projet de gazoduc transsaharien. Elle conditionne potentiellement la viabilité d’un vaste corridor commercial continental avec la mise en œuvre des mécanismes de la ZLECAf.

En définitive, on assiste au passage progressif de l’Algérie d’une logique de défense de ses frontières à une logique de sécurisation de son environnement régional immédiat, lorsque celui-ci touche directement à ses intérêts économiques et stratégiques.

 

Professeur d’économie à l’université de Tizi-Ouzou

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