
L’Algérie et la France ont entamé début octobre une phase de « réengagement » de leurs relations, après plus de quinze mois de quasi-rupture.
Deux évènements ont permis aux deux pays de reprendre le dialogue dans la perspective d’entamer ensuite la gestion de la crise et de ses effets.
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D’abord, le départ de Bruno Retailleau du ministère de l’Intérieur lors de la formation du gouvernement Lecornu II dimanche 12 octobre. Son successeur Laurent Nuñez, qui a une « sensibilité algérienne » du fait qu’il est né à Oran de parents pieds-noirs qui ont quitté l’Algérie sans haine, explique un connaisseur.
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Une visite capitale
Ancien patron de la DGSI et ex-préfet de police de Paris, le nouveau locataire de Place Beauvau connaît bien l’Algérie. Il a une meilleure maîtrise des enjeux sécuritaires et migratoires entre les deux pays. Il connaît l’importance d’une relation apaisée entre Paris et Alger.
Dès sa nomination, il a pris ses distances avec son prédécesseur dans la gestion de la crise avec l’Algérie : au « bras de fer » prôné – sans succès – par Retailleau, Nuñez oppose le dialogue et la discrétion qui lui ont permis d’enclencher un processus de dégel. À Alger, la méthode Nuñez ne déplait pas.
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La preuve, son homologue algérien Saïd Sayoud l’a invité à se rendre en Algérie pour relancer la coopération entre les deux pays, ce qui serait une première pour un ministre français de l’Intérieur depuis la venue du prédécesseur de Retailleau, Gérald Darmanin en novembre 2023, soit plus de deux ans. La visite de Laurent Nuñez à Alger devrait intervenir avant la fête de Noël en France.
« Les préparations techniques sont en cours », a-t-il répondu dimanche 30 novembre sur BFMTV, tout en précisant qu’il était prêt à répondre favorablement à l’invitation de son homologue algérien.
L’autre événement qui a permis la reprise du dialogue s’est produit le 12 novembre. Alger a fait un geste fort en accordant la grâce à l’écrivain Boualem Sansal qui a passé près d’une année de prison en Algérie.
Cette décision est suivie du déplacement à Alger, jeudi 20 novembre, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay Anne-Marie Descôtes, une première visite du genre depuis l’éclatement de la crise entre les deux pays, fin juillet 2024, à la suite de la décision du président français Emmanuel Macron de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
« Il fallait commencer par un responsable diplomatique de haut rang pour éviter que la relation franco-algérienne soit limitée à l’aspect sécuritaire et migratoire », explique une source parlementaire algérienne.
Peu de choses ont filtré sur cette visite technique destinée à préparer celle de Nuñez qui, elle, devrait acter la reprise des relations franco-algériennes.
Les sujets en suspens sont nombreux entre les deux pays. Du côté français, il s’agit surtout de la reprise des coopérations migratoire et sécuritaire, et discrètement, Paris veut obtenir la libération du journaliste Christophe Gleizes, qui a été condamné à sept ans de prison en Algérie. Son procès en appel est prévu ce mercredi 3 décembre.
Concrètement, Paris veut obtenir d’Alger des avancées sur deux « dossiers majeurs » : la reprise de la délivrance des laissez-passer consulaires pour l’expulsion des ressortissants algériens sous OQTF et la relance de la coopération sécuritaire notamment dans le domaine de la lutte contre le terrorisme entre les services sous tutelle du ministère de l’Intérieur et leurs homologues algériens. La France « ne peut pas se permettre de ne pas avoir de canaux sécuritaires » avec l’Algérie qui a une grande expertise et dans une grande expérience dans la lutte contre le terrorisme.
En cas de succès, la visite de Nuñez devrait être suivie par d’autres déplacements de hauts dirigeants français en Algérie. D’où son importance. Paris veut reprendre le dialogue avec Alger sur d’autres sujets, outre l’immigration et les questions sécuritaires, comme l’économie, le Sahara occidental, le Sahel.
Alignement des planètes
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu l’a dit quelques jours seulement après sa prise de fonction. Le contexte politique en France s’y prête pour une reprise des liens avec l’Algérie.
Le gouvernement Lecornu II parle d’une seule voix, il n’y plus de cacophonie, comme c’était avec le précédent exécutif, entre les ministres de l’Intérieur Bruno Retailleau et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
« Il y a un alignement des planètes dont il faut profiter pour reprendre les relations entre les deux pays. Le président Macron a les mains libres depuis le départ de Retailleau, il peut mener cette réconciliation jusqu’au bout, d’autant qu’il ne veut pas quitter l’Élysée en laissant derrière lui la relation avec l’Algérie abîmée », explique un spécialiste des relations franco-algériennes.
Mais le temps presse, et Laurent Nuñez joue gros. En France, il est attendu de pied ferme par la droite et l’extrême droite, foncièrement hostiles à toute réconciliation avec l’Algérie. S’il n’obtient pas des résultats avec sa politique main-tendue, il sera sévèrement attaqué par ses adversaires qui l’attendent au tournant. Il doit montrer que sa méthode fonctionne.