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L’Algérie s’attaque à la spéculation sur l’or des éleveurs

Pour relancer l’élevage et la production de viandes, l’Algérie a décidé de s’attaquer à la spéculation sur l’orge, un aliment indispensable pour les éleveurs.

L’Algérie s’attaque à la spéculation sur l’or des éleveurs
Algérie : pourquoi le gouvernement s’attaque à la spéculation sur l’or des éleveurs. | Par OK / Adobe Stock
Djamel Belaid
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Après les prix administrés de la viande, des légumes secs, c’est au tour de l’orge. Une céréale indispensable pour les éleveurs et pour laquelle la spéculation alimente l’inflation à travers le prix de la viande. Le marché de l’orge présente des particularités qui rendent difficile son contrôle.

L’envolée des prix de l’orge – jusqu’à 5 200 DA le quintal – s’explique par la spéculation mais aussi par l’insuffisance de l’offre bien que l’Algérie se classe comme le 2ème producteur d’orge au niveau africain. Pour ceux qui spéculent sur ce qui est devenu l’or des éleveurs en Algérie, ils engrangent des bénéfices considérables.

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Aussi, la production – 1,2 million de tonnes en 2025 – doit être complétée par l’importation. Début novembre, l’Office des céréales (OAIC) a lancé un appel d’offres international pour importer 50 000 tonnes d’orge fourragère.

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L’orge, un marché spécifique

Ces mesures interviennent après une série de rencontres entre le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, la Chambre nationale de l’Agriculture et les agriculteurs et éleveurs. Ainsi, à Tiaret, le délégué de wilaya de l’UNPA (Union nationale des paysans algériens) s’est félicité d’une rencontre commencée à 9h du matin et achevée à 16 heures.

Le plus souvent, les éleveurs accusent les vendeurs de « l’orge des garages » -établissements de vente illicite – de spéculation. La principale mesure annoncée concerne la vente d’orge au prix de 3 900 DA tout au long de l’année par les Coopératives de céréales et de légumineuses sèches (CCLS).

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La spécificité du marché de l’orge est liée à l’utilisation quasi-exclusive de cette céréale en alimentation animale et notamment en élevage ovin. La rentabilité de ce type d’élevage fait qu’un tiers des surfaces céréalières sont consacrées à l’orge. Avec des prix qui atteignent jusqu’à 5 200 DA par quintal, les agriculteurs préfèrent céder l’orge sur le marché libre plutôt qu’aux CCLS qui l’achètent au prix de 3.400 DA.

Une situation qui n’est pas sans conséquence sur la production de semences certifiées, notamment pour les variétés locales particulièrement adaptées au terroir algérien. Pour encourager les livraisons d’orge, l’OAIC a lancé en 2022 des « couloirs verts » consistant à la prise en charge financière de la moisson d’orge « pour la première fois » selon le ministre par les CCLS, rapportait le quotidien El Moudjahid. Un bilan reste à être tiré.

Lutte contre la spéculation

Ces dernières années, les pouvoirs publics ont réaffirmé l’obligation faite aux agriculteurs bénéficiant de subventions publiques de livrer leurs récoltes de céréales aux CCLS. Le défi est ambitieux.

En septembre dernier, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a donné des instructions au ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, pour procéder à un recensement global, de nature à garantir que le blé ne soit pas vendu sur les marchés parallèles.

Des sanctions ont été prises contre des céréaliculteurs qui ne respectent pas cette obligation. Fin septembre, le quotidien El Watan titrait : « N’ayant pas livré leur récolte de blé à l’OAIC à Constantine : 220 agriculteurs menacés de poursuites judiciaires » et rappelait que « l’année précédente, pas moins de 320 agriculteurs avaient déjà été traduits en justice pour les mêmes motifs et exclus du système de subventions. »

Pour leur part, les services de gendarmerie réalisent des contrôles routiers. Des inspections inopinées ont permis de découvrir des ateliers de fabrication d’aliments du bétail allant jusqu’à utiliser du blé.

Côté agriculteurs, certains se plaignent de difficultés liées à ces mesures. Bahih Miloud, le délégué de wilaya de l’UNPA déclare sur une chaîne Web locale que les agriculteurs craignent de se voir arrêter lors de contrôles routiers lorsqu’ils sont en possession d’un seul sac de grain.

Il ajoute que des agriculteurs n’ont pas pu disposer de semences d’orge pour semer en tout début de saison du « kssil », de l’orge destinée à être pâturée par les moutons. Une pratique qui permet de réduire les besoins en orge sous forme de grains.

Des alternatives possibles

La demande en orge reste forte à l’image des éleveurs de la région de Bir El Ater dont la chaîne Echourouk a recueilli ces jours-ci le témoignage. Dans un paysage lunaire sans la moindre végétation autour de leur ferme, un de ces éleveurs confie : « nous devons distribuer de l’orge le matin et le soir sinon les agneaux ne vont peser que 2 kg ».

La recherche agronomique locale propose des alternatives : sélection de moutons à croissance rapide pour économiser l’aliment, valorisation des sous-produits des industries agro-alimentaires, plantation d’arbustes fourragers et culture de mélanges fourragers sur les terres laissées en jachère.

Traditionnellement, les parcours steppiques protégés, les mahmiyates, sont loués de novembre à décembre, puis d’avril à juin aux éleveurs. Récemment, un éleveur de Tiaret témoignait dans la presse : « la location de 100 à 200 hectares de parcours nous revient entre 100 000 et 200 000 DA. Quand les parcours sont fermés, tous les 10 à 15 jours, on dépense l’équivalent de ces sommes en orge ».

Ces parcours sont souvent dégradés par le surpâturage et peuvent nécessiter 3 à 4 ans de repos pour que la végétation se régénère. Ces dernières années, les pouvoirs publics ont multiplié, sur fonds publics, des programmes de plantations d’arbustes fourragers. Mais ils restent insuffisants sans la participation des éleveurs à ce type de reboisement.

Quant à la production de fourrages en sec dans les zones céréalières, des essais réalisés en 1989 à Sebain (Tiaret) montrent tout l’intérêt de l’utilisation de mélanges d’espèces comme le pois fourrager en association avec des graminées : orge, avoine ou triticale. Il reste à trouver les moyens pour implanter ces fourrages sur de grandes surfaces au moindre coût. En Nouvelle-Zélande, les éleveurs ont construit le semoir fourrager Aïtchison adapté à leur type de prairie.

Reste l’utilisation de sous-produits. L’extension récente de l’oléiculture se traduit par de grandes quantités de grignons d’olive souvent abandonnés en bordure des huileries. Le chercheur tunisien Nefzaoui a suggéré de les utiliser comme aliment de bétail.

Bien que leur valeur alimentaire atteigne seulement 25% de celle de l’orge, cet expert indique « qu’il est possible d’améliorer l’utilisation des grignons par des traitements mécaniques (tamisage, sur-pressage, ensilage des grignons) ou chimiques (à la soude ou à l’ammoniac). » L’ammoniac améliore de 200% leur valeur en azote.

Une stratégie au long court

L’établissement d’un prix administré pour la vente d’orge importée montre la volonté des pouvoirs publics de freiner la spéculation liée à son utilisation en élevage.

Cependant, il reste à éradiquer les pratiques spéculatives tel le stockage non déclaré et le commerce informel de l’orge. Il est impossible d’envisager l’inspection par la gendarmerie de chaque ferme.

L’expérience montre que dans le cas du son de blé, la parade au prix réglementé adoptée par certaines minoteries consiste à délivrer des « factures pour la route ». Celles-ci mentionnent le prix réglementé alors que l’acheteur a payé le double en espèces au La forte demande en orge est aussi le signe d’une production insuffisante de fourrages.

L’amélioration de la valeur alimentaire des parcours steppiques et des fourrages en sec ont été démontrées par des essais dans différentes wilayas.
Quant aux sous-produits, ils constituent une alternative à l’image de l’expérience tunisienne de valorisation des grignons d’olives. La réduction de la tension sur le marché de l’orge passe par toute une stratégie au long court.

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