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L’Algérie se soucie-t-elle de son image ?

L’Algérie se serait bien passée d’une telle infamie. Le mot est peut-être trop fort, mais un pays aux longues traditions d’hospitalité et de panafricanisme n’a pas le droit de se faire clouer au pilori sur la place publique pour les pratiques de son administration à l’égard d’hommes et de femmes à la peau noire.

Ce n’est pas la première fois que l’Algérie est interpellée sur la scène internationale sur la question des droits humains, mais cette fois le réquisitoire ne vient pas de l’une de ces ONG aux conclusions parfois hâtives et tendancieuses. Il émane de l’auguste Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, une institution qu’aucune voix zélée ne pourra accuser d’exécuter quelque agenda sans se couvrir de ridicule.

Rafles systématiques et les longs trajets dans le désert

Expulsions massives, rafles dans les chantiers, arrestations et conditions de détention inhumaines et dégradantes : les griefs sont multiples et rappellent que le pays a globalement failli dans la gestion de l’épineuse question des migrations, que ce soit sur le terrain ou sur le plan de la communication officielle.

En juillet 2017, Ahmed Ouyahia, sous la casquette de chef du RND, se fondait d’une déclaration maladroite à l’adresse des migrants qualifiés de « source pour tous les types de crimes dont ceux liés à la drogue, au trafic de monnaie ». Et alors qu’on attendait raisonnablement à une démarcation de l’Algérie officielle de tels propos qui ne cadrent pas avec les fondements de sa politique et de sa diplomatie, Abdelkader Messahel, ministre des Affaires étrangères, monte au créneau et confirme, par des propos tout aussi étonnants, qu’il s’agit bien là de la vision du gouvernement.

Un mois après, le même Ouyahia sera nommé Premier ministre et on ne peut pas dire que l’homme n’est pas resté droit dans ses bottes sur la question. Certes, les flux migratoires deviendront importants et il fallait bien une solution. Là, semble-t-il, les autorités algériennes ont choisi la moins bonne.

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Les rafles systématiques et les longs trajets par camions jusqu’aux frontières du Niger finiront par faire réagir. Essentiellement des ONG, mais parfois des officiels aussi, comme le ministre nigérien de l’Intérieur qui s’est plaint en février dernier de l’empressement des autorités algériennes à expulser vers son pays tout migrant à la peau noire.

Que ce soit sur la question des migrants ou celle du respect des droits et des libertés, les autorités ont failli, c’est le moins que l’on puisse dire. Si aujourd’hui une partie de la société a versé dans un racisme primaire envers les ressortissants africains, c’est parce qu’elle a capté les mauvais signaux envoyés par les propos légers de hauts responsables.

Blogueur et journaliste en prison

Avec cette interpellation solennelle de l’ONU, l’image du pays risque d’être davantage écornée. Davantage, car d’autres affaires l’ont entamée. Comme celle de ce blogueur, Marzouk Touati, en détention depuis 18 mois et qui risque la peine de mort pour des accusations d’espionnage « forgées de toutes pièces », selon Amnesty International. Le journaliste Saïd Chitour est lui aussi en prison, pour des chefs d’espionnage également.

Touati et Chitour sont peut-être chanceux, en tout cas plus chanceux que le journaliste Mohamed Tamalt, mort en prison en décembre 2016 dans des conditions suspectes. Le monde entier en était choqué et on croyait la leçon définitivement retenue, mais il n’en sera rien. Il est tout de même ahurissant de constater que même le décès d’un journaliste en détention suite à une grève de la faim et de supposées violences n’a pas fait bouger les choses d’un iota : mêmes accusations farfelues et grotesques à l’encontre de toute voix discordante, même pression sur les petites communautés religieuses, même zèle des fonctionnaires…

On se demande même si l’Algérie se soucie encore de l’image qu’elle renvoie au monde, de préserver le capital sympathie engrangé pendant des décennies de soutien aux peuples opprimés.

Et tant pis si un autre pays, le Maroc pour ne pas le nommer, pourtant resté longtemps au ban de l’Afrique, s’attribue aujourd’hui le beau rôle en instrumentalisant la gestion discutable de la question des migrants par la diplomatie et l’administration algériennes.

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