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L’Arabie saoudite, les Emirats et l’Égypte étranglent la démocratie soudanaise dans son berceau

L’Arabie saoudite, les Emirats et l’Égypte étranglent la démocratie soudanaise dans son berceau

Depuis quelques semaines, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Égypte sont pointés du doigt par de nombreuses voix pour leur soutien affiché à la junte militaire ayant pris le pouvoir au Soudan suite à la destitution du président Omar el-Bechir.

Une crise politique majeure frappe le Soudan depuis le mois de décembre, lorsqu’un vaste mouvement de contestation populaire s’est formé contre le règne du président soudanais Omar el-Bechir, en poste depuis 1989.

La violente répression du mouvement a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés parmi les manifestants, ainsi que des centaines d’emprisonnements. L’armée a fini par destituer le président el-Bechir le 11 avril dernier.

Incarcéré depuis le 16 avril, le désormais ex-président a été remplacé à la tête de l’État soudanais par un Conseil militaire de transition présidé par Abdel Fattah al-Burhan. Un état de fait rejeté par la population soudanaise qui a continué de protester pour demander un transfert immédiat du pouvoir à une autorité civile.

Véhicules militaires émiratis à Khartoum

Ce Conseil militaire de transition est soutenu par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Égypte. Le journal britannique The Guardian explique que ces trois pays agissent de concert pour contrecarrer les aspirations démocratiques du mouvement de réforme au Soudan.

« Les trois pays ont tenté de consolider le régime d’Omar el-Bechir et, depuis qu’il a été renversé en avril par des manifestations populaires, ils ont conspiré pour fomenter une contre-révolution », affirme The Guardian.

« Après des semaines d’optimisme débridé à la suite de l’éviction d’el-Bechir en avril, le Soudan est sur le point de connaître un effondrement total », alerte de son côté le magazine américain Foreign Policy.

« L’influence de l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Emirats arabes unis est indéniable. Les véhicules militaires fabriqués par les Emirats ont été identifiés dans les rues de Khartoum. L’Arabie saoudite et les EAU ont promis une aide de trois milliards de dollars au Soudan », indique le magazine américain, qui déplore que « les pays arabes fomentent le chaos tandis que les Etats-Unis gardent les bras croisés ».

Attentisme américain

L’attentisme américain est d’ailleurs également critiqué par plusieurs observateurs. Le média américain Bloomberg a ainsi appelé les Etats-Unis à « ne pas laisser les Saoudiens ruiner le moment démocratique que vit le Soudan ».

« Les Saoudiens, les Emiratis et les Égyptiens ont intérêt à empêcher une transition démocratique au Soudan – de peur que leur propre peuple apprenne qu’une démocratie arabe est possible », affirme Bloomberg. « Si les États-Unis veulent que leurs alliés changent de comportement, ils doivent prendre les choses en main », préconise le média.

« Avec l’absence des Etats-Unis, les Etats du Golfe remplissent le vide », souligne Foreign Policy qui cite un responsable américain. « C’est eux qui gèrent totalement le spectacle », affirme-t-il.

« Donald Trump semble content de laisser ses alliés autocratiques saoudiens et émiratis prendre le contrôle de la situation », affirme de son côté The Guardian, ajoutant que « des considérations similaires orientent les attitudes américaines vis-à-vis du conflit en Libye, où Trump a favorisé le choix par les Arabes du Golfe d’un dirigeant ‘fort’ par rapport au gouvernement soutenu par l’ONU ».

« Les déclarations bien formulées et les tweets acerbes de responsables américains et européens ne suffisent pas. Il est temps que le président et son cabinet utilisent les vastes moyens dont disposent les États-Unis et leurs alliés pour isoler la junte qui étrangle la démocratie soudanaise dans son berceau », soutient Bloomberg.

« La révolution soudanaise se bat contre quatre gouvernements »

The Guardian apporte par ailleurs un autre élément expliquant le soutien des trois pays au Soudan. « Le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti (vice-président du Conseil militaire de transition, NDLR) a soutenu la guerre saoudienne au Yémen en fournissant des soldats soudanais -dont certains seraient des enfants- en échange d’aide financière. Les Emirats arabes unis, partenaires de l’Arabie saoudite au Yémen, ont également un fort intérêt à s’assurer que cet accès à cette chair à canon soudanaise continue », indique The Guardian dans un article d’opinion signé par la journaliste soudano-britannique Nesrine Malik.

« L’Égypte, autre allié dans l’axe de la contre-révolution, se méfie également de tout gouvernement civil au Soudan », souligne en outre la journaliste, estimant que ces trois pays sont « désireux d’empêcher la perturbation de tout soutien militaire qu’ils reçoivent du Soudan (au Yémen), et désireux d’éviter l’optique indésirable d’une révolution civile réussie dans la région ». « La révolution soudanaise se bat contre quatre gouvernements », résume-t-elle.

Les trois puissances arabes ne sont cependant pas les uniques soutiens de la junte militaire soudanaise. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont tenté de faire passer devant le Conseil de sécurité de l’ONU un texte condamnant l’attaque de l’armée soudanaise contre les manifestants qui s’est déroulée lundi et a fait plusieurs dizaines de morts. Sans succès. Le texte a été bloqué conjointement par la Chine et la Russie, cette dernière défendant même le « rétablissement de l’ordre » face aux « extrémistes et provocateurs » au Soudan, rapporte Libération.

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