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Le 22 février est une continuation du 1er novembre

Le 22 février est une continuation du 1er novembre

Tribune. L’année 2019 sera peut-être l’année de renaissance de l’Algérie. Le mois de février de cette année aura peut-être aussi la même valeur historique que le mois de novembre 1954 !

Longtemps écrasée par une gérontocratie féroce, humiliée au quotidien par un « nidham » indigne, étouffée dans son propre pays transformé en prison à ciel ouvert, interdite de rêves et d’épanouissement, abrutie par une école et une université au service et à l’image du système politique imposé par la force et la fraude, anesthésiée par une religion instrumentalisée à outrance par un pouvoir de brigands qui ne croit ni en Dieu ni en ses prophètes –croyant plutôt beaucoup plus à ses diables- , ou droguée carrément et au sens propre du terme par l’importation institutionnalisée de toute la panoplie de drogues qui existent dans le monde et l’inondation de la société par des quantités inimaginables de drogues dures –la cocaïne n’étant qu’un simple épisode d’une interminable série, dévalorisée à l’extrême et poussée volontairement à la haine de soi-même, de son propre pays et de son emblème national, à l’autodestruction par le suicide, l’auto-embrasement en s’aspergeant d’essence, à la noyade collective de centaines de harragas, la jeunesse algérienne renaît enfin de ses cendres pour hurler à la face hideuse de ce système de dinosaures préhistoriques : Basta !

Vous avez tout fait : confisqué notre indépendance en juillet 62, trahi le serment des braves, menti sans vergogne, falsifié l’Histoire, pillé sans limites nos richesses, bradé le pays à vos maîtres, retourné les armes contre vos frères et massacré sans état d’âme des dizaines de milliers d’âmes innocentes et fait disparaître à jamais des milliers d’autres.

Que n’avez-vous pas fait ? Vous avez transformé ce beau et grand pays en immense décharge sauvage et essayé d’enlaidir sa belle jeunesse par vos recettes diaboliques de la division, de la manipulation, de la violence, du cynisme et du mensonge, de la fraude et de l’escroquerie, de la rapine et de la corruption. Gérontocrates jaloux de cette jeunesse et machiavéliquement déterminés à la vider de sa vitalité pour pouvoir continuer à régner, vous avez essayé de la rendre vieille, comme vous et de la castrer irrémédiablement, bercés par l’illusion que vous pouvez tout vous permettre et que vous êtes éternels !

Erreur gravissime. Les vagissements du 22 février vous ont assourdi et terriblement ébranlé : « Ils ont cru qu’on était morts et ils ont dit : bon débarras » chante fièrement Soulking aujourd’hui. Voilà que cette jeunesse renaît de nouveau pour vous dire qu’elle est encore là, plus que jamais déterminée à vivre, à reconquérir son pays et à vous sq<inviter à plier vos bagages ! Car, il faut le dire, vous avez incarné le néo-colonialisme !

Moment tout aussi historique que le 1er novembre 54, qui avait sonné le glas du colonialisme français, le 22 février 2019 sonne aujourd’hui le glas de la période néocoloniale, qui s’est installée depuis l’indépendance à nos jours, c’est-à-dire depuis 57 années. Il faudrait cependant relativiser ce constat pour la période du règne de Boumédiene, qui certes a confisqué –à l’instar du colonialisme- la souveraineté du peuple, mais qui n’a pas pillé ou laissé piller les richesses du pays. Mais, à partir du règne de Chadli Bendjedid / Larbi Belkheir, l’avènement des généraux a indéniablement enclenché sous le signe de la libéralisation le processus d’accaparement des richesses et donc de pillage plus ou moins déguisé, lequel processus s’est poursuivi et intensifié à partir des années 90 et de l’arrêt brutal du processus démocratique par une junte militaire qui a carrément pris le visage du colonialisme et du néocolonialisme en même temps et que les vingt années de règne sans partage de Bouteflika ont blanchie et réhabilitée.

A la tutelle historique et contemporaine de la France, Bouteflika a ajouté celle des Emirats arabes unis et de l’Arabie saoudite ! Pour nos jeunes amis pour lesquels la notion de néocolonialisme serait peut-être difficile à comprendre, je dirais que les anciennes puissances coloniales, qui s’étaient partagé l’Afrique durant la longue nuit coloniale, ont essayé, quand elles furent obligées par les guerres de libération de se retirer de leurs anciennes colonies, de choisir et de placer à la tête des pays nouvellement indépendants des régimes à leur solde par le biais desquels elles maintiennent ces pays sous leur tutelle politique et garantissent la poursuite du pillage de leurs richesses à moindres frais, c’est-à-dire sans qu’elles ne soient obligées comme auparavant à mobiliser des armées et à sacrifier des soldats.

Donc, nous pouvons dire que le 22 février est une date historique qui pourrait marquer en quelque sorte le début de ce qu’on pourrait appeler une ère de « dénéocolonisation ». Et à ce titre, il pourrait avoir un enjeu redoutable aussi bien pour les régimes dictatoriaux africains ou autres que pour les anciennes puissances, si jamais il aurait un effet de dominos et de contamination sur les autres peuples ! En ce sens qu’il mettrait fin à toutes formes de tutelle et inaugurerait l’ère de la souveraineté des peuples et la construction des Etats de droit.


*Tahar Benahmed est universitaire


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