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« Le maintien d’une forte mobilisation est l’expression concrète de cette prise de conscience »

« Le maintien d’une forte mobilisation est l’expression concrète de cette prise de conscience »

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La multiplication des initiatives politiques est-il bon signe ?

Louisa Dris, politologue. La multiplication des initiatives politiques suggère deux lectures. La première montre l’intérêt que portent la classe politique, la société civile et l’opinion publique en général à la situation actuelle qui ne parait pas comme l’affaire des professionnels de la politique mais interpelle la société toute entière.

C’est un aspect extrêmement intéressant car il s’agit aussi d’une réconciliation des Algériens avec le monde de la politique, longtemps déserté et discrédité. Bien entendu, cet intérêt exprime aussi une prise de conscience quant au caractère très particulier de l’étape que traverse le pays. Le maintien d’une forte mobilisation est l’expression concrète de cette prise de conscience.

La seconde lecture est moins optimiste car la multiplication des initiatives depuis 8 mois signifie aussi qu’aucune solution n’a été trouvée jusqu’à présent. La société civile réunie le 15 juin a produit une feuille de route. En juillet et septembre, les partis progressistes et conservateurs ont, respectivement, proposé des solutions susceptibles d’ouvrir des pistes de sortie de crise.

Comment évaluez-vous les discussions menées l’été dernier par le panel pour le dialogue et la médiation. Est-ce une réussite ?

Le panel pour le dialogue et la médiation aurait pu constituer l’instrument d’une solution politique négociée. Il aurait pu constituer un médiateur entre les tenants du pouvoir politiques et les acteurs de l’opposition, s’il avait été autonome, souverain, et doté d’un mandat ouvert.

Le panel n’a finalement pas pu mener cette mission, car ses prérogatives ont été immédiatement limitées à mettre en place les moyens techniques et légaux de l’organisation de l’élection présidentielle. C’est ce qu’il a fait. La nouvelle loi électorale et la loi instituant l’autorité indépendante d’organisation des élections sont les deux seuls résultats concrets du panel. Deux résultats contestés par l’ensemble de l’opposition estimant que ces deux instruments n’étaient pas suffisants pour garantir la transparence d’un scrutin.

L’autre point faible du panel a été son incapacité à obtenir les conditions qu’il avait lui-même jugées indispensable à la tenue d’une élection. Le panel a continué sa mission et rendu son rapport, bien que les mesures d’apaisement et de rétablissement de la confiance n’aient jamais vu le jour.

L’insistance du pouvoir politique à aller vers une élection présidentielle, sans qu’aucune condition essentielle à une élection transparente ne soit concrétisée, peut-il constituer une solution durable ?

Une élection est un acte majeur. Lorsque les citoyens décident de désigner leur représentant, ils lui confient une mission capitale. Ils mettent entre ses mains l’avenir de la nation, car les choix d’un président, quand bien même il ne ferait qu’un seul mandat, aura des conséquences durant des décennies. Or, privés de leur droit de choisir, les Algériens n’ont en revanche pas été épargnés par les conséquences issues d’élections qui étaient en fait des désignations. C’est l’un des messages du 22 février.

Les Algériens veulent avoir le droit de choisir librement, en leur âme et conscience, leurs représentants. Or, la consécration de ce droit a besoin d’un minimum de confiance. Celle-ci nécessite à court terme deux types d’instruments : des mesures d’apaisement qui atténuent les tensions et crée un climat serein ; et l’ouverture d’un dialogue politique qui débouche sur un accord de sortie de crise.

L’élection présidentielle prévue en avril puis en juillet n’ont pas eu lieu parce que les conditions nécessaires au rétablissement de la confiance n’existaient pas.

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