
Une grande partie de la presse marocaine est encore sous le coup de la sidération après les déclarations de Massad Boulos, conseiller du président Trump pour les affaires arabes et africaines. Certains analystes et commentateurs marocains, désarçonnés par ses propos, ont commencé à s’en prendre hystériquement au haut représentant américain.
L’entretien accordé par Boulos à France 24 samedi 26 septembre a de quoi refroidir les attentes les plus optimistes de la diplomatie marocaine. L’émissaire de Donald Trump a reconnu qu’aucune solution n’était actuellement en vue.
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Il a surtout qualifié l’Algérie de « très bon partenaire » des États-Unis, tout en soulignant que notre pays ne pouvait pas imposer une solution, la décision finale revenant aux seuls Sahraouis, à travers la libre volonté exprimée par leur représentant, le Front Polisario.
Massad Boulos refroidit les ardeurs marocaines
Dans un précédent papier intitulé « Les quatre phrases qui font mal à Rabat », j’avais déjà souligné l’ampleur de la déconvenue qui se dessinait pour le Maroc. La séquence diplomatique de ce mois de septembre 2026 la confirme aujourd’hui.
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Depuis un an, le Maroc aligne méthodiquement et servilement sa diplomatie sur les priorités de l’administration Trump, parfois au-delà même de ce que son propre appareil diplomatique avait jusque-là accepté.
Rabat n’a cessé de multiplier les gestes en direction de Washington : élévation des bureaux de liaison avec Israël au rang d’ambassades, contribution financière au Conseil de la paix, participation à la Force internationale de stabilisation à Gaza pour mater les Palestiniens qualifiés « d’extrémistes » par Nasser Bourita, ouverture des champs de tir aux industriels américains et israéliens…
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Tout au long de ces dernières années, Rabat avait pourtant lié la normalisation avec Israël à une avancée décisive sur le Sahara occidental. Il a finalement accordé cette normalisation sans obtenir, en retour, d’engagement équivalent et irréversible.
Ici, la logique de la diplomatie marocaine montre ses limites. Une diplomatie fondée sur les gages suppose une réciprocité. Rabat a pourtant consenti des actes difficiles à défaire (sauf si la rue marocaine arrive à faire pression sur le makhzen en échange de déclarations beaucoup plus faciles à réviser.)
Les intérêts américains en Algérie
Dans sa lecture fébrile et triomphaliste, Rabat a sous-estimé que Washington pouvait maintenir son soutien à la position marocaine tout en développant une relation stratégique avec Alger. Rabat y voyait un alignement sur ses positions ; Washington l’inscrit dans une politique où plusieurs intérêts se superposent.
Ces choix ont des raisons concrètes. Depuis le retrait américain du Niger, Washington a perdu une partie de son dispositif au Sahel. L’Algérie conserve une valeur stratégique certaine dans la surveillance des réseaux jihadistes, notamment grâce à sa coopération sécuritaire avec les États-Unis.
À cela s’ajoutent les intérêts énergétiques et miniers. ExxonMobil et Chevron s’intéressent aux bassins gaziers du Sud algérien. Le chinois Sinopec cherche également à y renforcer sa présence. Les ressources de l’Algérie en terres rares intéressent aussi Washington.
L’offre marocaine obéit à une logique différente. Elle repose principalement sur des engagements politiques. Le Maroc ne partage aucune frontière avec le Mali ou le Niger et ne dispose pas du même levier géopolitique que l’Algérie.
Le même décalage apparaît dans le processus de négociation sur le Sahara occidental. Washington a confirmé que les discussions avaient été constructives et productives, mais qu’elles n’avaient débouché sur aucun accord.
Les divergences de fond restent entières, car le diktat de l’autonomie n’est recevable ni sur le fond ni sur la forme. Il faudrait certainement envisager d’autres pistes dans le cadre de l’autodétermination, comme le statut d’État souverain librement associé.
Il existe, dans le Pacifique Sud, des exemples d’États souverains ou autonomes organisés en libre association. Ils disposent de leur propre Constitution, de leurs institutions et, selon les cas, conduisent eux-mêmes leur politique étrangère. Ces modèles ne sont pas transposables tels quels au cas du Sahara occidental, mais ils montrent la diversité et l’étendue des arrangements institutionnels.
Le soutien américain au plan marocain n’est plus exclusif ; il est compatible avec une relation stratégique parallèle avec Alger. Ce que Rabat interprète comme un alignement stratégique peut rester, pour Washington, une position parmi d’autres.
La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine ne transforme pas, à elle seule, cette position en règlement international du différend sahraoui.
Le Maroc a confondu deux objectifs distincts
Dans le même temps, les intérêts américains au Sahel et dans le secteur énergétique renforcent l’importance de la relation avec Alger.
La diplomatie marocaine a confondu deux objectifs : obtenir un soutien et obtenir un résultat. Washington, lui, n’est lié par aucun engagement équivalent.
L’enseignement de la séquence Boulos est sans doute celui-ci : la reconnaissance américaine reste un acquis diplomatique pour Rabat, mais elle ne vaut pas règlement du conflit.
Les États-Unis peuvent soutenir le Maroc sur le Sahara, dialoguer avec le Polisario, travailler en partenaire avec l’Algérie et continuer à rechercher un compromis qui doit absolument être mutuellement acceptable par les deux parties au conflit : le royaume du Maroc et le Front Polisario.
*Ancien ambassadeur d’Algérie